44,5 mètres par seconde, soit environ 160 km/h, trente de plus que la limite sur autoroute en France. Ce chiffre a été mesuré sur une chauve-souris d’environ 12 grammes, à peu près le poids de deux morceaux de sucre. Il dépasse tout ce qui avait été documenté chez une chauve-souris, et il ne vient ni d’une soufflerie ni d’une caméra : un avion a suivi l’animal à la trace.
Les sept individus ont tous dépassé 25 m/s, soit 90 km/h.
À retenir
- Sept chauves-souris ont atteint 44,5 m/s (160 km/h) en vol horizontal, un record absolu pour l’espèce
- Un avion équipé d’un récepteur radio a suivi chaque animal porteur d’un émetteur de 0,5 gramme collé sur son dos
- Le vol plané-battu alternant battements et glissades permet aux chauves-souris d’atteindre ces vitesses extrêmes
Sommaire
Un avion, un émetteur de 0,5 gramme, une chauve-souris par nuit
L’étude, publiée le 9 novembre 2016 dans Royal Society Open Science par Gary McCracken (université du Tennessee) et ses collègues, porte sur sept molosses du Brésil, Tadarida brasiliensis. Les chercheurs les ont capturés à leur sortie nocturne de la grotte de Frio, dans le sud-ouest du Texas. Chaque animal, de 11 à 12 grammes, a reçu sur le dos un émetteur radio de 0,5 gramme collé à la colle chirurgicale. Les relevés datent de juillet 2009, autour de la grotte, près de la ville de Concan.
Un avion suivait un seul animal par nuit, ce qui permettait de reconstituer sa trajectoire complète. L’équipe rapporte que le pilote a eu du mal à garder le contact avec des bêtes aussi rapides.
La méthode change la donne. Jusque-là, les records de vitesse chez les oiseaux reposaient sur de courts segments de vol, captés par radar de poursuite ou par caméra à haute cadence.
160 km/h, mais avec une marge d’erreur
Le maximum mesuré atteint 44,5 m/s. Cinq individus sur sept ont dépassé 30 m/s, soit 108 km/h. Sur un échantillon aussi mince, l’incertitude reste large : l’intervalle de confiance à 95 % de ce maximum court de 38,6 à 54,3 m/s, soit de 139 à 195 km/h environ.
D’où le « près de 160 km/h » : c’est un ordre de grandeur, pas une valeur au dixième près.
Ces vitesses sont des vitesses au sol, donc une combinaison de l’effort de l’animal et de l’air qui le porte ou le freine. Les valeurs antérieures étaient bien plus basses : le radar enregistrait des nuées de chauves-souris quittant leur gîte à 14,7 m/s au plus. Dans les années 1950, des estimations depuis un hélicoptère dépassaient 18 m/s, et des observations depuis le sol évoquaient au moins 26,8 m/s. Ces dernières n’ont jamais été reproduites, mais elles restaient l’estimation la plus haute pour un vol horizontal de chauve-souris.
Côté oiseaux, le martinet noir est crédité d’environ 110 km/h en vol horizontal, selon la presse scientifique qui a relayé l’étude. Comparer les deux reste délicat, car les méthodes de mesure diffèrent : avion d’un côté, radar et vidéo rapide de l’autre.
Le vent ne fait pas tout, les pauses si
Les modèles de vent régionaux montrent que les chauves-souris ralentissaient quand le vent les poussait et accéléraient face aux vents de travers. McCracken y voit le comportement classique des avions et des oiseaux : plus vite avec un vent de face, plus lentement avec un vent arrière. Selon ses modèles, le vent arrière n’a pas gonflé les vitesses relevées.
Le record n’a donc rien d’un coup de pouce du ciel.
L’équipe du Max Planck pour l’ornithologie met aussi en avant un corps très léger et des ailes plus longues que la moyenne. Les détails du mécanisme, reconnaît-elle, restent à préciser.
Le secret tient dans un rythme : plus les chauves-souris vont vite, plus les pauses entre les battements d’ailes se multiplient. Les auteurs en déduisent que le vol plané-battu, qui alterne battements et glissades, les aide à tenir ces vitesses. Il s’agit d’une corrélation observée sur 7 animaux, pas d’une démonstration mécanique.


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