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À travers les meubles, les vêtements et les articles de maison, un nouveau type de petites annonces a commencé à faire son apparition dans les dernières années : des aliments préparés. De quoi causer quelques maux de tête au ministère de l’agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), qui a même récemment renforcé sa réglementation afin de mieux protéger la santé du public.
Plats à base de poulet, repas internationaux, fruits de mer cuisinés, confitures ou gâteaux et desserts sur commande : ces offres sont toutes disponibles en Estrie via la plateforme Marketplace. Mais ce nouveau type de petites annonces est-il légal?
La réponse directe, c’est oui, indique Francis Roberge, conseiller en salubrité des aliments et porte-parole au MAPAQ. Or, plusieurs conditions sont à respecter, précise-t-il.
Premièrement, un permis est requis pour préparer des aliments et ce peu importe le lieu. Ensuite, on demande une formation en hygiène et salubrité alimentaire de six heures. Elle est exigée pour tous les exploitants.
La formation est offerte par différents formateurs certifiés, pour plusieurs dizaines de dollars. En ce qui concerne le permis, celui-ci coûte 360 dollars annuellement.
Pincé sans permis, un traiteur clandestin s'expose à un amende allant de 5000 à 50 000 dollars en vertu de la Loi sur les produits alimentaires.
Même avec un permis, lorsqu’il s’agit d’une cuisine domestique, la vente en gros, soit à un détaillant ou un restaurant est toutefois interdite. Le particulier en question est ainsi restreint à la vente directe au consommateur, en plus d’avoir certaines limites de production mensuelle, rappelle M. Roberge.
Une majorité sans permis dans notre échantillon
Radio-Canada a fait l’exercice d’entrer en contact avec vingt annonceurs alimentaires dans la région. Sur ce nombre, nous avons pu confirmer que seulement trois détenaient un permis pour leur cuisine. Treize ont indiqué qu’ils n’en détenaient pas, et quatre ont cessé de répondre lorsque nous avons abordé le sujet.
Le portrait préoccupe le MAPAQ, dont la mission est notamment de protéger la santé du public. Si bien qu’il a dû changer les règles du jeu récemment.
Il y a eu une modification réglementaire en 2024, pour exiger aux manipulateurs d'aliments qui font de la restauration à domicile un permis. C’est en fonction de cette nouveauté là, de cette émergence de ventes en ligne que le Ministère à du le faire.
En 2025, 26 exploitants sans permis ont été condamnés par le Ministère au Québec. La liste pourrait toutefois s’allonger, précise-t-on, puisque plusieurs cas sont toujours en attente d’un jugement.
Malgré le nombre de vendeurs hors règles notés par Radio-Canada, le MAPAQ assure disposer de tous les outils pour sévir contre les cuisiniers clandestins. Il invite d’ailleurs la population à se montrer vigilante et à lui signaler les contrevenants.
Si vous avez un doute à l'effet que la personne a un permis ou pas, vous pouvez aller vérifier sur nos outils qui sont disponibles sur notre site web et, le cas échéant, vous pouvez faire une plainte au Ministère et elle sera adressée, avance M. Roberge.
Des options existent
Question salubrité, ce ne sont pas toutes les cuisines qui ont le potentiel d’être certifiées facilement. Michelle Gosselin, jeune entrepreneure alimentaire, l’a bien compris lorsqu’elle a étudié ses options.
La propriétaire de Burleigh’s Chow, qui se spécialise dans la production de condiments à base d’oignons et de vinaigre en l’honneur de sa défunte grand-mère, s’est butée à plusieurs obstacles.
Avec des animaux à la maison, c'était pas l'idéal. Puis aussi avec le produit que je fais, avec du vinaigre, les oignons, ça sent quand même assez longtemps dans la maison. Et si j’avais voulu faire mon produit chez quelqu'un d'autre, il aurait fallu que je sois assurée. Et les assurances n'aiment pas ça.
À la fin décembre 2025, elle s’est donc tournée vers la cuisine collective certifiée de chez Croquarium, à Sherbrooke. Une première locataire pour l’organisme installé au couvent Sainte-Famille. En empruntant cette cuisine, pas de soucis de permis : ce sont les installations qui détiennent le permis du MAPAQ.
Prudence et formation
La jeune femme, qui est pour le moment agente de bord à temps plein, n’utilise pas Marketplace pour vendre ses produits et n’envisage pas de le faire. Pour l’instant, elle fait déjà affaire avec la fromagerie La Station qui vendra ses produits.
Je suis d'accord et pas d'accord avec le fait que les gens vendent sur Marketplace, établit-elle. Si tu achètes à quelqu’un sur Marketplace et qu’ils ne sont pas certifiés, tu ne sais pas dans quel état leur cuisine était, s'il y avait un chat sur le comptoir...
De son côté, pour se lancer avec des bases solides et sécuritaires, Mme Gosselin a suivi une formation de 12 heures reconnue par le MAPAQ, qui combine la manipulation d’aliments et la gestion d’établissement alimentaire. Elle a également complété un formation facultative de trois mois en ligne sur le démarrage d’une entreprise de transformation, qui était offerte gratuitement par le gouvernement jusqu’à tout récemment.
Si je m’étais lancée à la maison sans certification et sans m’informer, j’aurais pu contaminer mes aliments et tout ça, conclut celle qui voit d’un œil positif le contrôle effectué par le Ministère.


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