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Perdre un match de série à cause d’une maudite porte

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Mardi soir, les Sabres de Buffalo ont entrepris le quatrième match de la série qui les oppose au Canadien comme si leur vie en dépendait. C’était fort approprié parce que c’était exactement la situation dans laquelle ils se trouvaient. S’ils étaient rentrés dans leur splendide cité avec un recul de 1-3, leurs chances de passer au tour suivant se seraient affaissées à seulement 11,5 %.

Les hommes de Lindy Ruff étaient méconnaissables au début de la rencontre.

Intenses en échec avant, acharnés sur les replis défensifs, toujours bien positionnés pour éviter que le CH se retrouve en situation de surnombre.

Nous avons connu un départ formidable. Ce sont les huit meilleures minutes de hockey que nous avons disputées dans cette série, analysait d’ailleurs l’entraîneur des Sabres après la rencontre.

C’était à ce point formidable qu’on commençait à se dire que la véritable opposition du Canadien venait de sortir de sa tanière et que la série semblait soudainement changer de poil.

Les Sabres détenaient déjà une avance de 1-0 quand, au début de la neuvième minute de jeu, Jakub Dobes a semblé commettre un vol contre Jack Quinn. L’attaquant des Sabres s’est emparé d’un retour près du demi-cercle du gardien du CH et l’a soulevé du revers, mais Dobes l’a capté de sa mitaine malgré le fait qu’il se trouvait dans une position inconfortable.

La LNH a ensuite procédé à une révision du jeu qui a duré une éternité, et au terme de laquelle il a été déterminé que la mitaine de Dobes (et la rondelle qu’elle contenait) avait franchi la ligne des buts. 2-0 Buffalo.

Martin St-Louis a toutefois répliqué avec une contestation de son cru en arguant que Dobes avait été victime d’obstruction de la part des Sabres. Konsta Helenius avait traversé son demi-cercle une seconde avant le but et Quinn avait lui-même projeté la mitaine du gardien dans le but après avoir tiré. Au bout du compte, St-Louis a eu gain de cause.

En tout, il aura donc fallu 10 bonnes minutes pour en venir à la conclusion que le bon pointage était 1-0 Buffalo.


À partir de là, les Sabres ont perdu l’irrésistible rythme qui leur avait permis de dominer le CH. Et ils sont un peu redevenus ce qu’ils étaient lors des premiers matchs de la série.

Peu de temps après cette interminable pause, on a successivement vu Mike Matheson s’avancer dans le haut de l’enclave et heurter le poteau d’un vigoureux tir. Jake Evans a ensuite été oublié seul devant le filet de Ukko-Pekka Luukkonen, qu’il a presque failli déjouer.

La défense des Sabres a ensuite permis à Evans de récupérer la rondelle derrière de filet pour la remettre à Alex Newhook dans l’enclave. Ce dernier, qui marche sur les eaux depuis 10 jours, en a profité pour inscrire son 6e but des séries.

Peu satisfaits de leur soudain affaissement, les Sabres en ont remis une couche en se remettant à pécher par indiscipline. Et ce n’est pas parce que leur entraîneur ne les avait pas implorés de faire preuve de retenue et de respecter le Canadien.

Le capitaine Rasmus Dahlin, qui connaît une série fort ordinaire, a annulé un avantage numérique de son équipe en commettant une obstruction inutile en zone offensive. Jason Zucker s’est retrouvé au cachot après avoir inutilement rudoyé le 12e attaquant du Canadien, Joe Veleno.

Puis, la cerise sur le sundae : Tage Thompson qui a été puni avec 41 secondes à faire en première période parce que, pour se faire plaisir, il a servi un double échec à Kaiden Guhle près du filet du Canadien.

N’est stupide que la stupidité, comme disait la mère de Forrest Gump.

Les 41 secondes d’avantage numérique qui restaient à jouer avant de rentrer au vestiaire ont permis à Cole Caufield de lancer le CH en avant 2-1.

Comme des cancres, les Sabres ont continué de fréquenter le cachot en masse en deuxième. Si bien que le Canadien a profité de 11 min 6 s d’avantage numérique lors des 42 premières minutes de jeu. Mais à la fin des émissions, malgré une tonne de chances de marquer, le CH n’a réussi à percer la muraille de Luukkonen qu’une seule fois en sept supériorités numériques.

Nous avions beaucoup insisté sur l’importance de faire preuve de discipline. Et nous n’avons pas réussi cet examen, a franchement reconnu Lindy Ruff.


Quant à Tage Thompson, les dieux du hockey ont été très bons pour lui.

Magnanimes, même.

En deuxième période, pendant un avantage numérique, l’invisible meilleur buteur des Sabres a tiré la rondelle dans la baie vitrée surplombant les portes par lesquelles les surfaceuses accèdent à la patinoire. Au lieu de longer la bande, la rondelle a heurté un séparateur en métal pour dévier directement vers Dobes. Ce dernier était resté devant son filet. Surpris, le jeune gardien du CH a vu la rondelle le heurter avant de tomber derrière la ligne rouge.

Égalité 2-2.

Saison après saison, ce recoin de la patinoire du Centre Bell est constamment le théâtre de bonds et déviations farfelus durant le calendrier. À un tel point que les entraîneurs du CH demandent à leurs gardiens de ne pas s’aventurer derrière leur filet quand une rondelle est projetée dans cette direction. On veut ainsi éviter qu’un mauvais bond survienne et qu’un joueur adverse se retrouve avec le disque devant une cage vide.

Ce soir, par contre, si Dobes avait quitté son filet, la rondelle n’aurait probablement pas abouti dans le filet, s’est désolé Martin St-Louis.

Mais cette situation relevait-elle uniquement du hasard? Comment se fait-il qu’on puisse envoyer des véhicules d’exploration sur Mars et que des astronautes puissent faire le tour de la Lune, mais que les gestionnaires du plus célèbre amphithéâtre de hockey au monde soient incapables de dénicher des portes vitrées dont le relief s’apparente davantage à ce qu’on voit partout autour de la patinoire?

Y a-t-il un ingénieur dans la salle?


Au bout du compte, les Sabres ont été dominés 15-10 au chapitre des chances de marquer de qualité. Et ils ont probablement terminé la soirée avec des trous dans les pieds tellement ils ont tiré dedans.

Mais leur meilleur joueur depuis le début de la série, le jeune Zach Benson (20 ans), s’est encore levé, et juste au bon moment.

En début de troisième, durant le quatrième et dernier avantage numérique obtenu par les Sabres, Benson a été brièvement laissé seul dans l’enclave. Il a capté une passe et a eu le temps de servir une feinte magistrale à Dobes avant de loger la rondelle du revers dans la partie supérieure du filet.

Sentant probablement que les dieux du hockey n’allaient plus intercéder davantage en leur faveur, les Sabres se sont débattus comme des diables pendant les 15 minutes restantes pour protéger leur mince avance. Ils ont bloqué une multitude de tirs et ont limité le Canadien à deux maigres chances de marquer.

La série est donc égale, 2-2. Après la rencontre, les joueurs des Sabres étaient plus triomphants que soulagés. Ils semblaient croire qu’ils étaient redevenus eux-mêmes et que le vent venait de virer de bord.

Est-ce que seulement huit minutes d’excellent hockey et le relief inorthodoxe d’une porte de surfaceuse peuvent suffire à changer l’allure d’une série?

Avec les dieux du hockey, on ne sait jamais.

 Tellement hockey

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