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« Je suis extrêmement reconnaissant du chemin que j’ai emprunté pour me rendre ici », confie Kalle Eriksson, membre de l’équipe canadienne paralympique de ski alpin. « Quand on regarde le portrait d’ensemble, si je n’avais pas perdu la vue, je ne serais pas en train de réaliser autant de belles choses. »
Le Britanno-Colombien de 22 ans s’apprête à vivre ses premiers Jeux paralympiques, où il fera office de favori dans la catégorie réservée aux athlètes ayant une déficience visuelle. Il vivra cette grande aventure en compagnie de sa guide Sierra Smith, d’Ottawa.
La meilleure façon de décrire notre fonctionnement, c’est de dire que Sierra est ma paire d’yeux, explique-t-il en entrevue à Radio-Canada Sports. Elle voit tout ce que je ne peux pas voir, et elle me relaie toute l’information pendant qu’on descend les pistes à haute vitesse.
Comment ça fonctionne, c’est qu'en haut de la piste, je suis devant lui. Il va compter 5, 4, 3, 2, 1… et à 3, moi, je pars, et lui, il prend le départ à 1. Puis on se tient généralement à trois mètres l'un de l'autre, indique Sierra Smith en français. Je parle beaucoup! J’essaie de ne pas trop donner d’informations. Je me limite à des informations essentielles sur le parcours, s’il y a un double [fanion], si on approche un changement de terrain. Sinon, gauche, droite…
On dévale la pente à 100 km/h. Tout va très vite, donc il faut des mots simples, faciles à comprendre.
Des indications simples qui nécessitent néanmoins beaucoup d'agilité pour bien les mettre en application. Cette fructueuse collaboration a mené le duo à cinq podiums jusqu’ici cette saison sur le circuit de la Coupe du monde, soit trois 2es places et une 3e.
Aux derniers mondiaux, les deux ont remporté la médaille d’argent en slalom et en slalom géant.
Des performances qui épatent leur ancienne coéquipière Frédérique Turgeon. Celle-ci a côtoyé Eriksson et Smith dans l'équipe nationale, jusqu’à sa retraite l’année dernière.
Il revient aussi d’une blessure, donc c’est impressionnant de le voir. Je pense que, pour lui, à Milan-Cortina, ce sera au moins une médaille. Est-ce que ce sera une médaille en or? Ce n’est pas impossible.
Son père étant son entraîneur, ça aide beaucoup. Il a rapidement progressé. Il a transformé cette tragédie en quelque chose de positif.
Eriksson gravite depuis longtemps autour du monde paralympique en raison de son père, Lasse, qui travaille comme entraîneur pour l’équipe canadienne. Mais il n’aurait jamais pu s’imaginer lui-même sur un podium paralympique jusqu’à récemment.
Au printemps 2021, j’accompagnais mon père sur un glacier dans le nord de la Suède, où il travaillait avec ses athlètes. J’étais là pour faire de petites tâches administratives. Je ne portais pas de lunettes protectrices, et le reflet du soleil sur la neige est venu brûler ma rétine, raconte-t-il. C’est une rare forme de rétinopathie solaire. Habituellement, les gens vont se remettre d’un épisode comme celui-là. Ma rétine a été totalement endommagée. Le soleil a brûlé toutes les cellules dans mon œil.

Kalle Eriksson et Sierra Smith après une compétition
Photo : Gracieuseté : Alpine Canada
Sa vision périphérique est aujourd’hui limitée à 7 %. Placez vos deux poings fermés devant vos yeux, et c’est un peu comme ça que je vois, dit-il de façon imagée.
Imaginez maintenant que vous descendez une pente de ski ainsi.
Je ne pensais pas faire du ski compétitif. Pour moi, c’était du plaisir, puis on m’a approché après ma perte de vision pour voir si j’étais intéressé par la compétition. Je me suis dit : "Pourquoi pas."
Évidemment, il était entre bonnes mains. C’est une situation très ironique. Mon père a travaillé avec des athlètes paralympiques toute ma vie. Je ne pouvais pas tomber sur une meilleure personne après avoir perdu la vue, confie-t-il.
Je connais bien son père, il a été mon entraîneur pendant des années, et il a été mon meilleur entraîneur. Il est entre bonnes mains, mentionne Frédérique Turgeon, qui sera analyste pour Radio-Canada Sports aux Jeux paralympiques. Il a beaucoup d'expérience et d'expertise.
Des podiums payants
Pour la première fois, les para-athlètes canadiens pourront recevoir des primes à la performance.
Les médaillés d’or recevront 20 000 $, ceux d’argent 15 000 $ et ceux de bronze 10 000 $, des montants équivalents à ceux offerts depuis longtemps déjà aux athlètes olympiques. Ces bourses aux médailles ont fait leur apparition il y a moins de deux ans, aux Jeux de Paris.
C’est énorme. Quand j’ai entendu il y a quelques années qu’il n’y avait pas de prime aux Jeux paralympiques, je trouvais ça choquant. C’est vraiment bon pour nous, ça ajoute beaucoup, estime le skieur canadien.
Au moment de discuter avec Eriksson et Smith, les deux ne savaient pas si les guides recevaient aussi une bourse. Vérification faite auprès du Comité paralympique canadien, c’est bel et bien le cas.
De toute façon, on ne fait pas ça pour l’argent, mais pour l’amour du sport, conclut Sierra Smith avec le sourire aux lèvres.
Les Jeux paralympiques de Milan-Cortina seront présentés à Radio-Canada du 6 au 15 mars.


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