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FIGAROVOX/TRIBUNE - Face à la pénurie durable d’enseignants et à la crise d’attractivité du métier, Lisa Hirsig, enseignante, et Romain Dominati, entrepreneur, plaident pour une révolution libérale de l’école, avec notamment la mise en concurrence des établissements.
Lisa Hirsig est enseignante, chroniqueuse et auteur de La Grande garderie (Albin Michel). Romain Dominati est entrepreneur, cofondateur des Mileistes Français.
La France fait face à une pénurie chronique de professeurs. Des milliers de postes restent vacants chaque année, particulièrement dans les matières scientifiques, les zones prioritaires et les territoires ruraux. Les démissions sont dix fois plus nombreuses qu’il y a dix ans. Le statut de fonctionnaire qui pourrait sembler très enviable ne suffit plus à attirer les candidats.
Ceux qui restent se disent souvent démotivés : surchargés par la bureaucratie, mal payés au regard de leurs responsabilités, parfois agressés par les élèves ou leurs parents, ils regrettent leurs conditions de travail. Autrefois, être professeur était une fonction noble, reconnue socialement. Aujourd’hui la fonction est dépréciée, moquée. Pourtant, nous leur confions la prunelle de nos yeux et l’avenir de notre belle France.
Naturellement, les élèves pâtissent directement du statut de sous-fifres de ceux qui sont supposés les guider vers une vie libre et épanouie. Ils quittent le système avec des lacunes croissantes et convaincus qu’il faut se soumettre aux diktats de l’État pour réussir. Les solutions étatistes habituelles, hausse des budgets, recrutements massifs via des concours rigides, ou «plans d’urgence», ont toutes échoué. Elles traitent les symptômes sans toucher à la cause : un monopole public centralisé qui étouffe l’initiative, décourage les vocations et protège l’incompétence. Pourtant une autre approche est possible, fondée sur la liberté individuelle, la concurrence et la responsabilité personnelle.
Le vrai problème est l’absence de choix. Les familles sont captives d’un service public monopolistique qui n’a aucun intérêt à se réformer. Pourquoi changer lorsque le «client» ne peut pas se tourner vers la concurrence ? Les enseignants, eux, sont coincés dans une grille indiciaire unique qui récompense l’ancienneté et le conformisme plutôt que le mérite, le dévouement et l’efficacité.
Les parents, les enseignants et les directeurs d’école sont plus compétents que les bureaucrates pour décider qui doit instruire les enfants et à quel prix.
La mise en place d’un «bon éducation» allouerait à chaque famille une somme équivalente au coût moyen par élève dans le public, soit environ 7.000 € à l’école primaire, 10.000 € par an au collège. Le montant serait ajusté en fonction des localités et du coût de la vie selon les secteurs, afin d’assurer un service partout. Ce bon serait utilisable dans tout établissement remplissant les conditions requises par l’État qui devient garant de normes minimales (santé, sécurité, programme de base, diplômes étapes comme le brevet ou le Bac). Chaque parent pourra dépenser son bon où il le souhaite, les établissements restant libres de demander un complément. Une étude de l’OCDE de 2017 plaide pour la mise en place d’un «bon éducation» : plus on maximise la liberté scolaire, plus on minimise les risques d’échec scolaire.
La mise en concurrence des écoles qui se retrouvent sans d’autre choix que de proposer la meilleure qualité pédagogique possible pour attirer les parents fait rapidement augmenter le niveau moyen. Les programmes sont libres, la carte scolaire disparaît. Flexibilité, méritocratie, qualité des enseignants évaluée et innovation éducative seront les fruits de cette liberté nouvelle.
Les écoles qui attireront les élèves pourront ainsi prospérer, augmenter les salaires afin de recruter les meilleurs enseignants. C’est exactement ce qui se passe aux États-Unis dans les États qui ont généralisé les vouchers (bons éducation), en Floride ou Arizona. Là-bas, le nombre d’enseignants motivés a explosé, les salaires réels ont augmenté dans les bons établissements, et les résultats des élèves se sont améliorés, surtout ceux des élèves dits «défavorisés». Pendant ce temps, la France est épinglée par l’OCDE pour entretenir chèrement un système scolaire reproduisant fortement les inégalités de naissance.
Cela mettrait fin au scandale des «zones d’éducation prioritaires» où personne ne veut enseigner : les écoles concurrentielles y paieraient simplement plus pour compenser des conditions de travail jugées moins favorables. L’ensemble des enseignants retrouveraient ainsi un salaire et un statut social conformes à l’utilité de leur profession.
Aujourd’hui, pour enseigner dans le public, il faut passer le CAPES, l’agrégation ou le CRPE : des concours sélectifs qui filtrent les candidats en fonction de critères plus que discutables et notamment sur leur conformisme idéologique. Lors des dernières sessions de recrutement des professeurs des écoles, il était presque impossible de ne pas être questionné sur l’empathie, la lutte contre le sexisme ou le changement climatique. Les sujets n’invitaient pas à un examen critique mais à la confirmation de la bien-pensance des candidats. Résultat : des milliers de bons professeurs potentiels sont exclus parce qu’ils n’ont pas le bon profil ou refusent de passer des années à préparer des épreuves inutiles et arbitraires.
Un excellent professeur ne gagne pas plus qu’un mauvais, même après trente ans de carrière.
Toute personne majeure titulaire d’un diplôme de valeur dans sa discipline ou d’une expérience professionnelle probante, devrait pouvoir postuler librement dans l’école de son choix et être recrutée sur entretien et essai. Les parents et les chefs d’établissement, directement concernés, sont de meilleurs juges de la compétence d’un candidat qu’un jury qui ne sert que son propre intérêt, ses rentes, ses privilèges et son immobilisme. Les écoles privées dites hors contrat le font déjà avec succès : elles recrutent des ingénieurs, des artisans ou des retraités passionnés. Ceux-ci peuvent ensuite décider de se spécialiser, d’enseigner au long cours ou d’alterner des périodes d’enseignement avec des périodes où ils exercent d’autres métiers. Élargissons ce modèle à tout le système. La concurrence fera le tri : les mauvais enseignants partiront d’eux-mêmes, faute d’élèves.
Dans La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire, Chantal Delsol écrit : «lorsque le mérite ne compte pas, la dégradation du travail est une sorte de destin grec». Les enseignants fonctionnaires sont payés selon une grille unique, coincés par des statuts inamovibles. Ils se croient protégés par des syndicats qui en réalité bloquent toute évaluation réelle : un excellent professeur ne gagne pas plus qu’un mauvais, même après trente ans de carrière.
Il faut au contraire permettre à tous les établissements de signer des contrats de droit privé avec leurs enseignants : salaires librement négociés, primes au mérite, primes de zone, parts variables liées à la satisfaction des parents et aux progrès des élèves, ceux-ci pouvant être mesurés par des évaluations indépendantes en début d’année puis en fin d’année. Permettons aussi aux professeurs qui veulent enseigner 25 heures au lieu de 18 de le faire et d’être mieux payés.
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Dans les dernières décennies, des dizaines de milliers de familles ont fui le système public pour l’instruction en famille ou les petites structures alternatives. L’État a répondu en 2021 par l’instauration d’un régime d’autorisation (en lieu et place du régime de déclaration) et des contrôles tatillons. Des centaines de familles se voient retirer brutalement le droit d’instruire leurs propres enfants dès l’âge de 3 ans. Sous couvert de la lutte contre l’islamisme (qui n’est pas plus efficace à l’école publique !) la volonté de recentralisation est manifeste.
Il faut restaurer la liberté d’instruire en famille et reconnaître pleinement les micro-écoles. L’instruction à la maison, beaucoup plus fréquente aux États-Unis (homeschooling) y fait l’objet de nombreuses études qui montrent les bons résultats de cette pratique y compris dans les compétences dites psychosociales. Un parent qui embauche un professeur particulier ou qui s’associe avec d’autres familles pour créer une classe doit pouvoir le faire librement, dans le respect de l’ordre public bien sûr et en acceptant les contrôles réguliers et les évaluations nationales.
Les individus – parents, enseignants, directeurs d’école – sont plus compétents que les bureaucrates pour décider qui doit instruire les enfants et à quel prix. La concurrence, la responsabilité et le choix produisent naturellement plus d’enseignants, mieux payés et plus motivés. La France a besoin d’une révolution copernicienne : passer d’un système où l’État décide pour les familles à un système où les familles décident, secondées par l’État. L’éducation n’est pas un service public sacré. C’est un marché de la connaissance. Libérons-le ! Les élèves, les parents et les enseignants accablés n’attendent que ça. C’est ainsi que l’on reverra devant chaque élève français, non pas un fonctionnaire épuisé, mais un professeur passionné, libre et reconnu à sa juste valeur.


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