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Life 03/09/2026 19:16
Patrick Bruel est accusé de viol et d’agression sexuelle par des dizaines de femmes. Interrogée par « Le HuffPost », le collectif #NousToutes fustige le discours de certains de ses soutiens.

PATRICK KOVARIK / AFP
Patrick Bruel a construit au début de sa carrière une image de séducteur et était admiré par de nombreuses jeunes femmes ou adolescente (photo au Zénith de Paris en 1990).
EN BREF • Patrick Bruel est accusé de viol et d’agression sexuelle par de nombreuses femmes. Le collectif #NousToutes critique les discours de soutien qui minimisent ces accusations.
• La popularité de Bruel est utilisée pour le défendre, mais ces arguments relèvent de la culture du viol, selon Yéléna M. du collectif #NousToutes.
• La militante souligne que la notoriété peut protéger les agresseurs et que des changements sont nécessaires pour mieux prendre en compte les violences sexuelles.
C’est une petite musique qui monte depuis l’annulation de la tournée de Patrick Bruel prévue cet automne. Sur les plateaux, ses soutiens font mine de s’interroger. La popularité auprès des jeunes femmes ayant atteint des sommets au tournant des années 1980, le chanteur ne serait-il pas, plutôt que l’agresseur sexuel que décrivent des dizaines de femmes, victime d’accusations fantaisistes de la part d’anciennes groupies repenties ?
D’autant que les femmes peuvent être « manipulatrices » voire « menteuses », pointait ces derniers jours le député RN Julien Odoul sur l’antenne de CNews. Et en tant que sex-symbol adulé par toute une génération d’adolescentes et de jeunes adultes, avait-il finalement « besoin » d’agresser sexuellement des victimes, a même insinué la comédienne Mimie Mathy ?
« Patrick, c’est un séducteur. Il a été séducteur. Il a été plus harcelé que harceleur, à mon avis », a-t-elle déclaré sur l’antenne de RTL mercredi 2 septembre. Autant d’arguments « qui relèvent de la culture du viol », fustige auprès du HuffPost Yéléna M., qui s’exprime au nom du collectif #NousToutes, luttant contre les violences sexuelles.
Culture du viol
« L’idée qu’un homme riche, célèbre et séduisant ne pourrait pas être un agresseur est évidemment fausse. C’est même plutôt l’inverse : ces actes sont souvent commis par des personnes qui évoluent dans un système qui les protège et leur permet d'agir de la sorte », analyse la militante féministe. « Le viol n’est jamais une tentative de séduction mais au contraire l’expression d’un pouvoir de contrainte et de domination. »
Pour elle, donc, les arguments avancés par certains défenseurs de Patrick Bruel sont difficilement recevables. « Patrick Bruel avait de la notoriété, donc du pouvoir, et avec lui un système qui permettait l’impunité. » Ces mécanismes expliquent pourquoi, poursuit Yéléna M., les milieux du cinéma, du théâtre ou de la musique sont un terreau pour les violences sexuelles.
Pourtant, dans l’inconscient collectif, « il faudrait qu’un homme n’ait pas de succès auprès des femmes ou qu’il soit déjà connue comme agressif » pour être considéré comme un prédateur sexuel, illustre la militante féministe. Elle souligne au passage que « la théorie selon laquelle les hommes violeraient en raison d’une misère sexuelle, c’est un discours masculiniste ».
Plus largement, souligne Yéléna M., certains arguments utilisés en soutien de Patrick Bruel relèvent de l’éternelle décrédibilisation des victimes. Une remise en cause presque automatique qui explique – en partie – la difficulté de ces dernières à prendre la parole, ainsi que les délais parfois très longs pour le faire.
« Il faudrait de vrais changements politiques »
Du point de vue de la prise en compte des violences sexuelles de la société, beaucoup de travail reste à faire, note en outre la militante de #NousToutes. « Il y a des progrès, avec davantage de mobilisation et le fait que de plus en plus de médias se saisissent de ces questions pour visibiliser les violences sexistes et sexuelles », constate-t-elle.
« Pour le reste de la société, il faudrait de vrais changements politiques », fustige Yéléna M., dont le collectif demande notamment « un vrai travail de prévention à faire en mobilisant les acteurs locaux et les associations ». « Mais le gouvernement n’a cessé de silencier les assos avec la répression de militantes et de militants ou encore le Planning familial en danger dans de nombreux endroits », illustre-t-elle. Au-delà des cas de personnalités, la militante dénonce la lenteur de la machine judiciaire… « lorsque les plaintes sont instruites ».


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