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Patinage Canada et Patinage Québec suspendent un programme de sport-études en patinage artistique à Saguenay le temps de mener une enquête sur une situation alléguée d’intimidation, de harcèlement et de menaces. La crise que traverse le club responsable du programme a mené à l’ouverture d’une enquête policière.
La crise frappe Patinage Saguenay Le Fjord, qui est l’organisme responsable de gérer le programme de sport-études en patinage artistique pour le Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay (CSSRS).
Les jeunes du programme fréquentent l’école secondaire de L’Odyssée, à Chicoutimi.
La crise a débuté cet automne, à la suite de l’embauche de deux nouveaux entraîneurs, selon les différents témoignages recueillis par Radio-Canada.
La situation a causé des tensions entre le conseil d’administration du club et des parents. Le conflit a ensuite dégénéré et s’est transposé entre des patineuses, menant à des situations de harcèlement, d’intimidation et même de menaces.
Une enquête indépendante
Patinage Québec, de concert avec Patinage Canada, a décidé mercredi après-midi de suspendre le programme de sport-études le temps de mener une enquête sur la situation. Le programme avait déjà été suspendu une semaine avant les fêtes par le CSSRS.
Conformément à notre politique de sport sécuritaire, une personne indépendante a été nommée par Patinage Canada pour faire enquête à la suite des signalements reçus, indique la directrice générale de Patinage Québec, Any-Claude Dion, dans une déclaration écrite.
La fédération sportive dit suivre la situation de près. Patinage Québec réaffirme son engagement à offrir un environnement sain, respectueux et sécuritaire pour l’ensemble de ses membres, ajoute-t-elle.
Patinage Canada indique pour sa part collaborer dans ce dossier avec Patinage Québec et le programme de sport-études.

Le programme de sport-études en patinage artistique est offert au Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay par l'école secondaire de L'Odyssée, à Chicoutimi.
Photo : Radio-Canada / Steeven Tremblay
Le CSSRS a confirmé mercredi après-midi avoir été informé de la décision de Patinage Québec et de Patinage Canada. Les jeunes seront accompagnés dans cette situation, mentionne-t-on, afin d’assurer leur sécurité et leur bien-être.
Ils devront choisir entre changer de programme ou faire des entraînements hors glace.
Le ministère de l’Éducation est également impliqué dans le dossier. Au moment d’écrire ces lignes, le ministère n’avait pas répondu à la demande de Radio-Canada.
Des patineuses, des parents et l’entraîneuse-chef suspendus
Deux patineuses et trois mères de jeunes du club Patinage Saguenay Le Fjord ont accepté de témoigner à Radio-Canada de la situation vécue dans les derniers mois. Certaines d’entre elles ont demandé à le faire sous le couvert de l’anonymat, par crainte de représailles.
La crise a connu un premier épisode lorsque cinq patineuses ont été suspendues par le club au début du mois de décembre, ainsi que trois parents et l’entraîneuse-chef de l’organisme, la veille d’une compétition.
On était suspendues et on n’avait aucune raison et on ne pouvait pas revenir, déplore une jeune fille. [...] Je capotais un peu, parce que la semaine d'après, je partais en compétition provinciale.
La nouvelle a créé une onde de choc au sein du club, partage une autre patineuse suspendue. Tout le monde pleurait, ça n’avait pas de sens, rapporte-t-elle. Puis, même aujourd'hui, on en a encore qui nous pleurent dans les bras.
Moi, c’était comme ma deuxième maison, l’aréna, puis là, je ne me sens plus tant à l’aise d’y aller. J'ai toujours peur en rentrant dans l'aréna que j'aie des reproches, quelque chose, que je me fasse suspendre. Je ne me sens plus bien là-dedans.
Selon les patineuses, le favoritisme de certains entraîneurs envers des adolescentes aurait alimenté les tensions. L’entraîneuse-chef, qui oeuvrait au sein du club depuis plusieurs années, a finalement été congédiée avant les Fêtes.
Une plainte pour menaces de mort
Pendant la suspension des patineuses, qui a duré environ deux semaines, les tensions entre les jeunes ont atteint un autre niveau, alors que les policiers ont été appelés à intervenir lors d’un entraînement au Pavillon de l’agriculture, à Chicoutimi.
Ils seraient intervenus après l’appel d’un parent, qui aurait rapporté qu’une jeune fille disait ne plus se sentir en sécurité sur la glace en raison de la présence de l’une des patineuses suspendues, qui disait avoir reçu une autorisation pour être présente.

Les séances d'entraînement du programme de sport-études en patinage artistique avaient lieu au Pavillon de l'agriculture, à Chicoutimi.
Photo : Radio-Canada / Steeven Tremblay
Un message vocal où cette dernière disait être prête à lui péter la gueule, dans un groupe de discussion, est à l’origine du conflit, rapporte la mère de la patineuse suspendue.
La jeune fille ciblée aurait finalement porté plainte pour menaces de mort et l’enquête du Service de police de Saguenay (SPS) serait toujours en cours.
La mère de famille dit ne pas comprendre que les tensions aient pu atteindre un tel niveau au sein du club.
Je lui ai dit [à ma fille] que ce n'était pas des choses à dire, mais c'était fait. Mais au début, quand on a su que c'était ça, j'ai dit : "Mais tu vas t’excuser, puis ça va finir là, c'est des paroles en l'air, tu le sais très bien." Puis, elle le regrettait. [...] Normalement, ça aurait dû se régler.
Le SPS refuse de commenter la situation en raison de l’implication de mineurs dans le dossier.
Une première suspension avant les Fêtes
Face à la situation, le CSSRS avait déjà décidé de suspendre son programme de sport-études en patinage artistique pendant une semaine, avant les Fêtes.
Les activités régulières avaient repris le 6 janvier. Mardi, une communication a été envoyée aux parents au sujet de l’enquête déclenchée par Patinage Québec.
Dans la lettre dont Radio-Canada a obtenu copie, le directeur général adjoint du CSSRS et la directrice de l’école L’Odyssée parlaient d’un retour très difficile pour les élèves et affirmaient offrir un support quotidien aux jeunes.
Déjà, le CSSRS n’excluait visiblement pas d’évaluer la survie du programme.
Au terme de cette enquête, le Centre de services scolaire pourrait revisiter son positionnement sur le programme sport-études en patinage artistique, peut-on lire dans le document.
Des mesures mises en place
Patinage Saguenay Le Fjord affirme de son côté avoir multiplié les démarches et les interventions depuis le début de la crise, en allant chercher un appui externe.
Le conseil d’administration du club soutient que plusieurs mesures ont été mises en place pour assurer la sécurité des adolescentes.
Une rencontre a été organisée avec les entraîneurs au retour des Fêtes. Le local du sport-études accessible aux jeunes en patinage artistique avait également été fermé, pour éviter que des patineuses ne s’y retrouvent seules, sans supervision. Deux entraîneurs étaient plutôt présents dans un espace ouvert de l’aréna, avant les entraînements.

En raison de la crise, le Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay avait déjà suspendu le programme de sport-études en patinage artistique pendant une semaine, avant les Fêtes.
Photo : Radio-Canada / Steeven Tremblay
Un protocole de restructuration du sport-études avait également été créé afin de mettre en place des mesures visant à réduire immédiatement l’intimidation entre les patineurs, précise-t-on, dans une réponse écrite transmise mardi. Une formation sur l’intimidation auprès des adolescentes était aussi envisagée.
Le conseil d’administration dit avoir l’intention de collaborer avec Patinage Québec et avec Patinage Canada.
Nous demeurons engagés à offrir un environnement respectueux, structuré et sain pour tous nos patineurs.
Les administrateurs refusent sinon de commenter les suspensions survenues en décembre, ainsi que l’intervention des policiers.
Le président de l’association régionale, Patinage Saguenay-Lac-Saint-Jean–Chibougamau, mentionne de son côté que son organisation s’est retirée du dossier, étant donné l’implication de Patinage Québec et de Patinage Canada.
Une intervention de la Ville de Saguenay
Des discussions sont également en cours avec la Ville de Saguenay. La Ville indique être intervenue afin de rappeler à Patinage Saguenay Le Fjord ses obligations, afin de maintenir sa reconnaissance qui lui permet d’obtenir un soutien de la Municipalité.
L’organisation a des obligations en vertu des politiques de reconnaissance et anti-harcèlement, précise son porte-parole, Dominic Arseneau, dans une réponse écrite.
Patinage Saguenay Le Fjord reçoit une aide de 2900 $ par année, notamment en heures de glace gratuites.
Des patineuses se retirent
L’ampleur prise par la crise dans les dernières semaines avait déjà convaincu des patineuses de se retirer du programme de sport-études et du club, dans les derniers jours, avant que Patinage Québec et Patinage Canada ne décident de suspendre le programme.
En quittant le programme, une jeune fille a par exemple fait une croix sur son rêve de participer cette année aux Jeux du Québec.
Elle ne veut plus patiner, pour l’instant, laisse tomber sa mère, lorsque rencontrée mercredi. Elle soutient que sa fille se faisait intimider sur la glace et l’intervention du club a été inadéquate à ses yeux.
J'ai une enfant qui est brisée, puis qui se reconstruit, dans un autre programme, pour l'instant. J'espère qu’à la longue, elle va peut-être vouloir repatiner, mais pour l'instant, je ne le sais pas. Elle ne veut plus, c'est un deuil pour nous aussi. C'est une grosse décision, parce que c'était notre vie.
Une autre mère témoigne que ses trois filles ont également décidé cette semaine de se retirer du patinage artistique. Deux étaient des élèves du sport-études, alors que la troisième fréquentait le club à titre privé.
Ça m'a fait beaucoup de peine parce que ça fait des années qu'elles sont là-dedans. On verra au jour le jour, si ça se replace, si elles veulent reprendre, ou si elles veulent aller ailleurs. Je n’ai aucune idée pour la suite des choses, partage-t-elle.

Audrey Fortin fait partie des parents qui ont été suspendus par Patinage Saguenay Le Fjord en décembre. Sa fille a finalement décidé de quitter le club dans les derniers jours.
Photo : Radio-Canada / Steeven Tremblay
La seule voie de sortie a aussi été de quitter le club pour la fille d’une autre mère, Audrey Fortin, qui faisait partie des parents qui ont été suspendus par le club. Elle a juste dit qu’elle ne voulait pas vivre ça, ça fait qu’elle n’allait pas patiner pendant un certain temps, indique-t-elle.
La décision est difficile pour la famille, alors que ce sport jouait un rôle important pour sa fille qui a des besoins particuliers.
Quand les enfants différents, comme on peut dire, ont un pilier dans quelque chose, puis le perdent, c'est un peu difficile, se désole-t-elle.


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