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Parler de guerre et de paix

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Andrew Clapham professeur de droit international, Geneva Graduate Institute

Publié le 23 septembre 2026 à 05:00. 4 min. de lecture

Entre guerre et paix, le Geneva Graduate Institute aura 100 ans en 2027

Toute cette semaine, les experts du Graduate analysent dans Le Temps l’affaiblissement de la paix et les désordres qui s'amplifient

Toute cette série est à retrouver ici

Un paradoxe émerge lorsque les dirigeants parlent de guerre aujourd’hui. D’un côté, on s’appuie sur la notion de guerre pour semer la peur dans l’esprit de l’ennemi et pour rallier la population autour d’une nation en temps de crise. Il suffit de penser à la transformation, l’année dernière, du Ministère américain de la défense en Ministère de la guerre, » accompagnée de la déclaration du nouveau secrétaire à la Guerre selon laquelle «nous allons former des guerriers, pas seulement des défenseurs». Mais dans le même temps, les dirigeants doivent éviter de laisser entendre que l’Etat est «en guerre», car cela soulève des questions de responsabilité et de légitimité de l’action militaire. Ainsi, afin d’échapper aux implications de la loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act), le président Trump peut qualifier l’action contre l’Iran d’«excursion», tout en admettant, lorsqu’on le presse de questions, que «pour eux, c’est une guerre». Comme on le sait, on peut être sanctionné à Moscou pour avoir qualifié l’opération militaire spéciale en Ukraine de «guerre». La notion de guerre rappelle trop les mères sacrifiant leurs fils appelés sous les drapeaux et elle suggère un combat entre Etats souverains égaux. Et pourtant, pour ceux qui sont tués de part et d’autre, c’est bien une guerre.

Lorsqu’il s’agit de justifier et d’excuser la mort et la destruction, le langage de la guerre est à nouveau facilement déployé; à maintes reprises, les dirigeants répondent aux questions sur les victimes civiles ou les destructions contestables en invoquant le «brouillard de la guerre». Le président Trump a même averti que des Américains pourraient mourir sur leur propre sol, déclarant simplement: «Quand on part en guerre, certaines personnes vont mourir.» Ce fatalisme face à la guerre a été observé à de nombreuses reprises dans le contexte de Gaza. Le président Biden s’était d’abord montré dédaigneux à l’égard des chiffres palestiniens concernant les morts civiles: «Je suis sûr que des innocents ont été tués, et c’est le prix à payer pour mener une guerre.»

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