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Paolo, Singapura, La Rumeur… Nos coups de cœur du Festival de la fiction de La Rochelle 2026

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La 28e édition de la grand-messe rochelaise dédiée à la fiction prendra fin ce samedi soir avec la révélation de son nouveau palmarès. En toute subjectivité, voici ce que nous en avons retenu.

Un jour on fera l’amour, série, Arte

Une belle promesse qui cache une drôle de comédie romantique. Jérôme Bonnell (Les Hautes herbes, À la joie ) a voulu dresser le portrait d’une femme en colère, découvrir ce qui se cachait derrière ses blessures. Il a pris, comme à son habitude des chemins de traverse, orchestrant la rencontre d’Aurore et Noé (Natacha Krief et Édouard Sulpice, bouleversants), deux jeunes gens qui n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est, on le découvrira, un rapport compliqué au père. Le réalisateur rebat les cartes du masculin et du féminin, confronte les générations. Mais, dans cette histoire, il est aussi question d’alcoolisme, de lutte des classes, d’enfants agressés sexuellement, de deuil… Avec l’élégance d’y insuffler, tels des boucliers, de l’humour, de l’amour, de la fantaisie, de la sensualité, du jazz, beaucoup de jazz, l’espoir d’une résilience, d’un possible avenir. Chez lui, un mot, un geste, la douceur rassurante d’une étreinte ou la distance marquée de deux corps en disent beaucoup. Avec une mention spéciale à Laurent Stocker, prodigieux comme toujours mais surtout comme vous ne l’avez jamais vu.

À lire aussi «Vous ne voulez pas que je vous dise la marque de mon slip?!» : Laurent Stocker singe Charles Alloncle aux Molières

Notre fils, unitaire, France Télévisions

D’un côté, Théo (étonnant Mahé Beaudon-Kyriacou), qui du haut de ses 8 ans, se débat pour survivre dans un foyer de l’ASE, s’interrogeant encore et encore sur l’absence de sa maman. De l’autre, Romain (Gil Alma) et Antoine (Benoit Michel), en couple depuis 15 ans, en proie depuis plus de 5 aux difficultés du parcours d’adoption. Leur rencontre sera décisive. Tout comme ce film d’Elsa Blayou, écrit par Vincent Robert d’après son récit autobiographique L’Île aux deux paons. Sans chercher à éreinter les dysfonctionnements de l’aide sociale à l’enfance, exception faite du personnage de la psychologue (Nadia Roz), emmurée dans son rôle de sachante, ce film sociétal en forme de fable de l’intime raconte, au fond, la puissance de l’amour. Un récit structuré, une caméra discrète, quelques scènes bouleversantes, un Gil Alma que l’on découvre enfin et un petit garçon dont la palette de jeu se pose là.

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Paolo, série, HBO Max

Quand les blessures de l’enfance instillent la préparation des prochaines municipales dans une petite ville de province. À sept mois du premier tour de l’élection présidentielle, cette minisérie en sept épisodes, créée, écrite et réalisée par Sébastien Marnier (L’Origine du mal), interroge la notion de transfuge de classe sur fond de politique, de drame psychologique, d’humour noir et de thriller. Une fiction à l’aune des œuvres précédentes du réalisateur, servie par une écriture ciselée, une mise en scène à la fois stylisée, poétique, rythmée, à la limite du gore parfois, et un casting éminemment pluriel, dont Jérôme Niel (Paolo Da Costa) et Yoann Gasiorowski, pensionnaire de la Comédie Française (Téophane Tolbiac), mais aussi Marie Oppert, François Lebrun, Philippe Katerine, Salif Cissé ou encore Zahia Dehar. Disponible le 25 septembre sur HBO Max.

La Rumeur, unitaire, France Télévisions

Quelques mois après la sortie du film de cinéma L’Abandon, le service public, à son tour, dénonce et rend hommage. La Rumeur, librement adaptée par Alice Géraud (Sambre ) du roman graphique Crayon noir - Samuel Paty - Histoire d’un prof, revient sur les onze journées qui ont précédé la décapitation par un Tchétchène radicalisé du professeur d’histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine pour avoir montré à ses élèves de 4e, dans le cadre d’un cours d’éducation moral et civique sur la liberté d’expression, certaines des caricatures du prophète publiées par Charlie Hebdo . Passé l’air de déjà-vu, le spectateur est happé par un récit qui s’attache, non pas à juger, ni même à expliquer, mais à le mener à réfléchir sur l’atrocité de ce drame, entre ados livrés à eux-mêmes, réseaux sociaux vecteurs de haine, déni de réalité, ostracisation et terrorisme. Le 16 octobre marquera le triste anniversaire du meurtre de Samuel Paty. Avec Julien Gaspar Oliveri, parfait dans le rôle principal, et Cécile Bois, convaincante aussi, dans celui de la proviseure du collège.

À lire aussi La Rumeur (France 2) : sur le tournage de la fiction hommage à Samuel Paty

Singapura, série, Canal +

Parce que le milieu des expatriés intrigue, voire fascine, parce qu’Expats, série avec Nicole Kidman, à Hongkong, était passionnante, on était très curieux de la nouvelle création originale Canal+, Singapura, qui s’attache à la communauté française de cette cité-État insulaire, sur le mode du thriller. Elsa Marpeau (Alexandra Ehle ) s’est inspirée de sa propre expérience d’expatriée pour développer une série chorale qui donne vie à de formidables personnages féminins. Dans les pas de Justine (la gracieuse Naïlia Harzoune – 66.5), journaliste qui a suivi son compagnon, on découvre un microcosme au charme pervers, bientôt perturbé par un meurtre. Singapura possède aussi une dimension sociétale forte, dévoilant le monde des « maids », ces bonnes philippines, la dureté des rapports de classe, de pouvoir. On aime enfin ce réjouissant duo de flics (dont l’un est joué par Soji Arai – Pachinko ), une autre façon de pénétrer la vie locale. Le casting sans stars n’en est pas moins fort séduisant : India Hair (Des gens bien  ), Ariane Labed (L’Opéra)Florence Loiret Caille (Le Bureau des légendes  ), Cédric Kahn, Hippolyte Girardot… Avec Danielle Arbid (66.5) et Lucie Borleteau (Fidelio) à la réalisation. On salue l’originalité, l’ambition, l’atmosphère oppressante, les jeux de miroirs et le dénouement, pour le moins inattendu !

Les Disparus des Argonnes, série, France Télévisions

1981. Gilles Veyrades, en plein service militaire, disparaît lors d’une permission. Convaincue qu’il ne s’agit pas d’une désertion, sa mère (toujours impeccable Alix Poisson) se lance dans une quête insensée pour la vérité. Insensée pas tant que cela. Car au bout du chemin, elle découvre l’horreur et le silence d’une institution supposée irréprochable. En quatre épisodes, ce thriller réalisé, coécrit et cocréé par Safy Nebbou d’après le roman éponyme de Julie Peyre, revient sur la si sordide affaire des disparus de Mourmelon. Filmage resserré, climat tendu, sous-bois sépulcraux, enfermement, percées du ciel, climax, temps long quand il le faut… L’intrigue se déroule au rythme des avancées d’une enquête bâclée en son temps, dont la réouverture, à la faveur des technologies nouvelles, de l’opiniâtreté de cette mère et de l’intérêt populaire pour le fait divers, porté par un animateur de télévision façon Jacques Pradel (Mehdi Nebbou). Les Disparus des Argonnes s’annonce comme l’un des meilleurs thrillers de la saison. C’est aussi la toute première collaboration entre Safy et Mehdi Nebbou (HPI). Les frères, d’ailleurs, l’assurent. Ils réitéreront.

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