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« Ça faisait 2 ans que je regardais des locaux. » Assise à une table du 164 rue Perreault Est, à Rouyn-Noranda, Sara Tremblay évoque l’opportunité qui s’est présentée lorsque les propriétaires du restaurant Olive et Basil ont annoncé la fermeture de leur entreprise.
À peine deux mois plus tard, le Olivares & Co accueillait ses premiers clients.
La femme d’affaires s’est lancée avec ses associés dans le feu roulant lié à l’ouverture d’une telle entreprise. Leur restaurant allait remplacer le Olive et Basil qui occupait les lieux depuis 25 ans.
Il y avait quand même beaucoup à faire ici, ça faisait longtemps que c’était ouvert, il y a des trucs qui, veut, veut pas, étaient un peu plus désuets, indique la nouvelle restauratrice.
Les choses se sont passées très vite pour Sara Tremblay et ses associés, Sylvain Desnoyers et Damie Charlebois Olivares, la cheffe cuisinière dont le restaurant porte le nom.
On a un peu viré ça à l’envers finalement, remis ça à notre image, et créé un menu à l’image de notre cheffe cuisinière. Parce que c’est la cuisine qui fait que les gens vont avoir envie de venir, détaille Sara Tremblay.
Radio-Canada a rencontré des restaurateurs de Rouyn-Noranda pour prendre le pouls de l’industrie sur la scène locale et discuter des défis avec lesquels doivent composer ces entrepreneurs en 2026. Ce texte est le premier d’une série de deux sur la restauration.
En ouvrant un restaurant dans ce local chaleureux, face au cinéma Paramount, les copropriétaires conservent la vocation de l’endroit.
[C’est] le genre de rêve qu’on se dit qui n’arrivera peut-être jamais, glisse Sara Tremblay.

L'ouverture du nouveau restaurant Olivares & Co a été rapide.
Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR
On se lance ou on ne se lance pas. On se croise les doigts très fort, mais on fait tout aussi pour que ça fonctionne.
En raison du contexte économique, l’annonce de ce nouveau projet a quelque peu pris par surprise les parents de Sara Tremblay.
Ç’a été un choc! Je ne leur en avais pas tant parlé, donc ils ont eu peur. Mon père, le matin même quand je lui ai annoncé, il avait vu aux nouvelles qu’il y avait des milliers de restaurants qui fermaient au Québec. "Ben voyons! Qu’est-ce que tu fais là?" Mais, maintenant, il voit comment on s’enligne. On sait où on s’en va et ils sont vraiment fiers!
Selon Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, entre 2 et 5 % des restaurants pourraient disparaître en 2026 au Canada.
Après la fermeture de la foire alimentaire des Promenades du cuivre de Rouyn-Noranda en 2023, les propriétaires de la Poutinerie du cuivre étaient déménagés dans les anciens locaux d’un restaurant reconnu pour ses déjeuners. La fermeture de la Poutinerie du cuivre a finalement été annoncée en février dernier.
Réaliser un rêve
Dans la famille de Damie Charlebois Olivares, c’est l’émotion qui a pris le dessus.
[Mes parents] savaient que c’était un rêve que j'avais depuis longtemps, alors ils étaient bien heureux pour nous autres. Mon père, entre autres, vu qu’on a nommé le restaurant avec notre nom de famille, il était très ému de ça, il était fier. Ils sont vraiment fiers de nous, souligne-t-elle.
Parmi les principaux défis qu’anticipent les partenaires d’affaires figurent celui de la main-d'œuvre et de la gestion des coûts.
Avoir des prix qui sont raisonnables, mais aussi, sans avoir un menu qui ne finit plus. Avoir des plats qui sont variés, mais sans avoir de pertes. Le menu est tout réfléchi. Par exemple, notre cheffe cuisinière achète une grosse pièce de viande, autant pour faire sa charcuterie que pour nos paninis. C’est tout fait maison, donc le reste de la viande qu’on a, on peut l’utiliser dans d’autres plats, donne-t-elle en exemple.

Sara Tremblay du nouveau restaurant Olivares & Co.
Photo : Radio-Canada / JEAN-MICHEL COTNOIR
Le souhait de Sara Tremblay pour le Olivares & Co?
Que ça devienne une institution de la ville de Rouyn. Que ce soit connu. Que les gens se sentent chez eux.
Être bien entouré(e)
À un coin de rue plus loin, une autre entreprise a pris la relève d’une institution qui avait pignon sur rue depuis 22 ans.
Depuis son jeune âge, Sarah-Ève Coutu-Godbout baigne dans l’industrie de l’hôtellerie et de la restauration. Au fil des années, sa famille a notamment opéré à Rouyn-Noranda l’Hôtel Albert, le Motel Alpin, le bar Le Loft de même que le restaurant Pub O’toole, qui est aujourd’hui la Cage brasserie sportive.

Sarah-Ève Coutu-Godbout, propriétaire du Balthazar Café
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Avant de pouvoir nous accueillir dans son propre restaurant, la trajectoire professionnelle de la jeune femme a fait un crochet par l’Europe.
Excellente joueuse de hockey, Sarah-Ève Coutu-Godbout a gravi les échelons dans son sport jusqu’à évoluer avec le Frölunda HC, en première division suédoise.

L'athlète était l'un des visages du Frölunda HC et apparaissait sur plusieurs affiches promotionnelles. (Photo d’archives)
Photo : Gracieuseté de Fredrik Aremyr (Frölunda HC)
À la fin de sa carrière, de retour en Abitibi-Témiscamingue, elle s’est mise à la recherche d’un défi à la hauteur de ce qu’elle venait de vivre sur le plan sportif.
En raison de l’historique familial, le secteur de la restauration s’est imposé. L’oncle de Sarah-Ève, Paul Coutu, venait tout juste de démarrer le Balthazar Café lorsque sa nièce a fait son retour en ville.
À peu près 9 mois après la fin de ma carrière de hockey, quand je suis revenue ici, mon oncle a dit, pourquoi tu ne reprends pas ça? On s'est assis, on a jasé, puis j'ai dit [que] ça ferait bien du sens, et que j'aimerais ça. Depuis le 1er mai 2025, c'est moi qui a repris ça ici, dit-elle fièrement.
Depuis que je suis jeune, ma famille est dans la restauration. J'ai toujours vu qu’ils ont du succès là-dedans. Alors je me suis dit : Pourquoi pas moi?.
Même si la transition semble naturelle, les défis ne sont pas moins nombreux.
Il n’y a aucune journée qui est pareille. Pour moi, ça vient me stimuler, j'aime ça quand il y a de nouveaux défis tout le temps. Des fois, c'est plus dur, mais j’ai des ressources autour de moi et j'essaie de faire du mieux que je peux pour essayer de surmonter les défis qui se présentent à moi, fait-elle observer, après avoir échangé quelques mots avec une fidèle cliente.

Le Balthazar Café s'est installé dans les locaux où le restaurant St-Honoré a eu pignon sur rue pendant 22 ans.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
De son propre aveu, la restauration est quelque chose qui roule assez vite.
J'ai besoin de ça parce que j'ai quand même beaucoup d'énergie. Pour une personne qui fait du sport, de passer à la restauration, c’est un peu semblable que de jouer pour une équipe et de travailler avec ton équipe, illustre-t-elle.
Questionnée sur les grands défis de la restauration, en région éloignée, en 2026, Sarah-Ève Coutu-Godbout pointe vers l’augmentation des coûts.
Les fournisseurs avec qui on fait affaire pour notre nourriture, ça coûte plus cher. Il faut essayer de trouver des solutions pour ne pas que ça coûte trop cher pour nos clients, dit celle qui est soucieuse d’offrir des produits accessibles.
L’une des principales stratégies pour y parvenir? Adapter le menu.
Pour l'instant, on essaie de garder les recettes simples, mais bonnes, et essayer de trouver des alternatives à des choses qui coûtent plus cher pour ou encore des produits de saison. L'hiver, il y a des choses qui coûtent plus cher qu'à l'été, donc on fait des sandwichs l’été qui ne sont pas nécessairement là l’hiver. On garde nos classiques que les gens aiment et on se pose la question : "Est-ce qu’on va être capable d’en vendre?”.
Outre les coûts, Sarah-Ève Coutu-Godbout évoque aussi le défi de la main-d’œuvre qualifiée.
Présentement je suis vraiment chanceuse. J’ai deux cuisiniers de main-d’œuvre étrangère qui sont là et juste ça, ça vient aider. Ce sont des postes qui ne sont peut-être pas super recherchés au Québec. Sinon, j’ai vraiment du bon monde qui est aussi en arrière en cuisine, qui était là avant même que j’arrive et qui est encore là, dit-elle avec reconnaissance.
Comme ses employés sont des travailleurs étrangers temporaires qui viennent tout juste d’arriver, elle ne craint pas de départs à court terme en raison de la fin du Programme de l’expérience québécoise. Elle se désole toutefois des conséquences qui pourraient survenir à plus long terme.
C’est quand même un peu épeurant de dire que ce sont des gens qui sont qualifiés, qui sont là, tous les jours, qui travaillent fort, et de savoir que peut-être je pourrais les perdre, c’est dur, affirme-t-elle.
Ce qui rend son travail agréable, c’est, en bonne partie, les liens qui se créent avec la clientèle. Voir les gens revenir chaque jour, c’est vraiment ce qui est le plus le fun, ajoute-t-elle.
Pour naviguer les défis que doivent affronter les petits restaurateurs indépendants, Sarah-Ève Coutu-Godbout relève l’importance, voire la nécessité, d’être bien entouré.
C’est vraiment important d’avoir les ressources si jamais j'ai des questions. J'ai ma famille qui est alentour et qui a compris la business pendant longtemps. Sinon, mes employés, d'être proche d'eux et de travailler avec eux, j'aime vraiment ça. Tout ça mis ensemble, ça fait un environnement le fun. On ne dirait pas que je travaille trop, alors c’est bon signe!


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