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Alors que l’ONU plaide de nouveau pour la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles qui alimentent une crise climatique de plus en plus sévère, le gouvernement Carney refuse de dire si l’expansion de l’industrie pétrolière et gazière au Canada est cohérente avec la volonté de préserver un climat viable pour l’avenir de l’humanité.
À peine plus de 10 après la signature de l’Accord de Paris, une entente mondiale conçue pour mettre en œuvre les mesures nécessaires pour nous éviter le naufrage climatique prédit par la science, les Nations unies ont publié mercredi un rapport qui démontre que la communauté internationale est toujours engagée sur la voie d’un échec cuisant.
L’objectif le plus ambitieux inscrit dans l’accord en décembre 2015, soit limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle (soit avant l’utilisation massive des énergies fossiles) sera bientôt dépassé. Au Québec, la hausse des températures devrait être deux fois plus importante dans les régions du Sud, alors que dans les régions nordiques, cette hausse imputable directement à l’activité humaine sera de trois à quatre fois plus forte.
Les scientifiques affirment qu’un dépassement de 1,5 °C risque d’entraîner des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et de rapprocher la planète de points de basculement, tels que l’effondrement des calottes glaciaires et la disparition des récifs de coraux, qui sont essentiels à la vie dans les océans. « La lutte pour limiter le réchauffement à 1,5 degré, c’est la lutte pour l’humanité », a d’ailleurs résumé mercredi le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.
L’ONU confirme ainsi les constats de plusieurs scientifiques, qui préviennent par ailleurs aujourd’hui que le dérèglement en marche nous conduit vers un réchauffement mondial de plus de 3 °C d’ici les prochaines décennies. Un tel scénario, qui est de plus en plus probable, rendra le monde que « méconnaissable », selon une analyse déjà publiée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Énergies fossiles
En publiant ce rapport en amont de la prochaine conférence climatique annuelle (COP31) des pays signataires de l’Accord de Paris, dont le Canada, l’ONU a réitéré mercredi le besoin d’« accélérer la sortie progressive des combustibles fossiles » pour éviter le pire.
António Guterres a lui-même souligné à plusieurs reprises que la crise climatique est d’abord le fait de notre dépendance aux énergies fossiles, qui produisent pas moins de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). « Les pays qui s’accrochent aux énergies fossiles ne protègent pas leur économie, ils la sabotent », et ces pays « poussent les coûts à la hausse. Ils freinent leur compétitivité. Ils se condamnent à avoir des actifs bloqués », faisait-il notamment valoir l’an dernier.
Le gouvernement de Mark Carney mise néanmoins de plus en plus sur une expansion de l’industrie pétrolière et gazière au Canada. Depuis mai 2025, il a mis de côté différentes mesures destinées à réduire les émissions de GES de l’industrie la plus polluante au pays, dont le plafonnement des émissions. Cette mesure devait permettre de stopper la croissance des émissions, et notamment celles de l’exploitation des sables bitumineux, qui ont augmenté de 529 % depuis 1990.
Le fédéral a aussi promis récemment d’accorder des milliards de dollars de fonds publics pour financer la construction d’un nouveau pipeline vers la côte ouest. Des milliards de dollars seront aussi vraisemblablement accordés par le gouvernement au projet de capture et de stockage des émissions de GES de la production des sables bitumineux.
Est-ce une bonne idée d’augmenter la production d’énergies fossiles pendant plusieurs années dans le contexte climatique actuel ? Le cabinet de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Julie Dabrusin, n’a pas répondu à cette question du Devoir mercredi.
« Le gouvernement fédéral est déterminé à lutter contre les changements climatiques et à atteindre la carboneutralité d’ici 2050 en adoptant une approche pragmatique et durable. Cela passe par la réalisation de grands projets d’énergie propre partout au pays, par l’électrification à grande échelle et par des investissements importants dans l’économie à faibles émissions de carbone », a expliqué le bureau de la ministre, dans une réponse écrite.
« Les changements climatiques constituent un défi mondial. C’est pourquoi la Mise à jour économique du printemps, présentée en avril, a fixé un nouvel objectif : verser 13 milliards de dollars en financement international de la lutte contre les changements climatiques au cours des cinq prochaines années », a-t-on ajouté. « Cela fait du Canada l’un des premiers pays à annoncer son engagement en matière de financement climatique au-delà de 2026, et renforce son rôle de partenaire fiable et crédible en matière d’action climatique. »
« Le gouvernement du Canada agit avec urgence pour lutter contre les changements climatiques, tout en travaillant ensemble pour renforcer la sécurité énergétique, la capacité industrielle et l’autonomie stratégique qui définiront ce siècle pour le Canada », a également rappelé le bureau de la ministre Julie Dabrusin.


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