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Transports Canada indique que tous les travaux liés à ses projets de nouveaux traversiers interprovinciaux sont en suspens depuis juillet 2025.
Cette annonce touche le projet de construction du NM Jean-Lapierre qui doit relier les îles de la Madeleine à Souris à l’Île-du-Prince-Édouard, de même que le NM Holiday-Island II prévu pour la desserte entre Wood Island à l’Île-du-Prince-Édouard et Caribou en Nouvelle-Écosse.
Le gouvernement du Canada a signé un contrat avec Chantier Davie en 2019 pour la conception et la construction de ces deux traversiers interprovinciaux.
Invité à expliquer la suspension des travaux, Transports Canada a transmis une réponse laconique à Radio-Canada par courriel.
Conformément aux pratiques habituelles du gouvernement en matière de passation de marchés, le projet est géré selon un processus par étapes décisionnelles, ce qui signifie que de nouvelles décisions sont requises avant la reprise des travaux, indique le ministère fédéral.
Transports Canada n’a pas indiqué si l’abandon des projets était considéré.
Chantier Davie se fait aussi avare de commentaires. La directrice des affaires publiques du chantier naval indique par courriel que l'entreprise prévoyait d'abord construire le brise-glace fédéral Polaire Max.
Nous poursuivons notre collaboration étroite avec le gouvernement du Canada, afin de déterminer quel sera le prochain navire que nous construirons après le brise-glace Polaire Max, écrit Catherine W. Audet.
Près de 36 M$ déjà dépensés
À la fin de mars 2025, quelques mois avant la suspension des travaux, Transports Canada indiquait avoir déjà dépensé environ 35,6 millions de dollars pour le projet, dont 24,7 millions de dollars ont été versés au Chantier Davie.

Le chantier naval Chantier Davie a déjà reçu près de 25 M$ pour amorcer la conception des traversiers. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon
En 2025, Transports Canada avait précisé que la conception du NM Jean-Lapierre était suspendue depuis l’été 2023 afin de permettre une analyse technique approfondie sur la largeur du navire.
De son côté, le projet de conception du NM Holiday-Island II était plus avancé.
Le sous-ministre des Transports avait indiqué au comité plénier de la Chambre des communes au printemps 2025 que la conception conceptuelle du remplacement du NM Holiday Island a été finalisée et [que ] la conception préliminaire sera terminée d'ici juillet 2025.
En octobre 2025, Transports Canada avait toutefois indiqué qu’il ne voulait désormais plus s'engager sur une date de livraison du nouveau traversier, bien qu'il ait initialement évoqué 2027, puis 2028.
Acquisition de deux navires entre-temps
Depuis l’octroi des contrats pour la construction de nouveaux traversiers, Ottawa a acheté deux navires qui devaient être utilisés temporairement, avant la livraison des traversiers neufs.
Le fédéral a fait l’acquisition du Madeleine II en 2020 au coût de 155 millions de dollars pour remplacer le Madeleine en fin de vie utile, pour la desserte entre les îles de la Madeleine et l’Île-du-Prince-Édouard.
Pour assurer le lien entre l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse, le gouvernement du Canada a acheté le NM Fanafjord en 2023, depuis rebaptisé le NM Northumberland, pour 38,6 millions de dollars, afin de remplacer le NM Holiday endommagé dans un incendie en 2022.
Des élus qui ne sont pas surpris
La mise sur pause des travaux de conception des traversiers interprovinciaux ne surprend pas le député bloquiste de Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine–Listuguj, Alexis Deschênes.
C’est une annonce qui a été faite par le gouvernement libéral à laquelle ne semblaient pas croire même les membres du gouvernement libéral et encore moins les gens des îles de la Madeleine.
Ce n’est pas très surprenant, renchérit le maire des Îles-de-la-Madeleine, Antonin Valiquette, en indiquant qu’il n’attendait plus le NM Jean-Lapierre.
M. Valiquette souligne que la situation a changé depuis l’octroi du contrat fédéral en 2019, avec l’acquisition et la mise en service du NM Madeleine II.
Le gouvernement fédéral a été plus proactif avec l’acquisition du NM Madeleine II qui fait très bien le travail, dit-il. On a un bateau tout à fait fiable qui est éprouvé. Il navigue depuis cinq ans et répond aux besoins de la population.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Antonin Valiquette, souligne que le NM Jean-Lapierre n'est plus vraiment attendu dans l'archipel. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Aucun représentant de la CTMA, la coopérative qui exploite la traverse entre l’archipel madelinot et l’Île-du-Prince-Édouard, n’était disponible pour réagir jeudi. Dans les dernières années, le directeur général de la CTMA, Emmanuel Aucoin, a remis en question la pertinence de la construction du Jean-Lapierre à plusieurs reprises.

Le Madeleine II n'a aucun navire de relève pour assurer la desserte en cas de bris ou d'arrêt technique. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le maire et le député fédéral des Îles-de-la-Madeleine soulignent tous deux que la priorité actuelle des Madelinots n’est pas la construction d’un nouveau traversier, mais bien l’acquisition rapide d’un navire de relève pour le Madeleine II.
La cale sèche du Madeleine II, qui devait avoir lieu avant le printemps 2026, a été repoussée de deux ans, faute d’un traversier de remplacement, afin d’éviter une rupture du service maritime entre l’archipel madelinot et l’Île-du-Prince-Édouard.
Les temps longs de construction d’un navire rendent impossible la livraison d’un navire à construire d’ici 2028. Ça prend un bateau de relève avant ça, insiste le maire des Îles-de-la-Madeleine.
Lors de l’annonce de la construction des nouveaux traversiers en 2019, le fédéral estimait que le NM Jean-Lapierre serait livré en 2026, mais les retards n’ont cessé de s’accumuler depuis.


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