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On vit avec cette image depuis l’enfance, mais le flamant rose ne naît pas rose : ce qui le colore n’a rien à voir avec ses gènes

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Un poussin de flamant rose qui vient de naître n’a rien de rose. Blanc crayeux ou gris pâle, il ressemble davantage à une boule de duvet banale qu’à l’icône photographiée sur des millions de cartes postales. La couleur viendra. Mais pas de ses gènes. Elle viendra de ce qu’il mangera pendant les prochaines années de sa vie.

C’est l’une des plus belles impostures visuelles du règne animal : une espèce dont le trait le plus célèbre n’est pas du tout inné. Les flamants ne naissent pas roses. Les poussins éclosent avec un duvet gris clair ou blanc, et les teintes vives des adultes, qui vont du rose bonbon au cramoisi profond, résultent de l’ingestion massive de caroténoïdes. la couleur du flamant est un résumé comestible de son environnement.

À retenir

  • Les poussins de flamant éclosent blanc crayeux, pas roses — leur couleur emblématique se développe graduellement
  • Des pigments invisibles deviennent visibles : comment l’alimentation se transforme en plumage éclatant
  • En captivité, sans supplément alimentaire, les flamants perdent leur rose et blanchissent progressivement

Sommaire

  1. Une chimie venue du fond des eaux salées
  2. L’intensité du rose comme reflet de santé
  3. En captivité, le rose ne va pas de soi

Une chimie venue du fond des eaux salées

Les caroténoïdes sont des pigments organiques produits par des algues microscopiques et des cyanobactéries. Quand les crevettes et autres petits crustacés mangent ces algues, ils concentrent ces pigments dans leurs corps. En consommant à la fois les algues et les crustacés, les flamants exposent ces caroténoïdes aux enzymes de leur foie, qui les décomposent en molécules de pigments roses et rouges, principalement de la canthaxanthine. Ces molécules ne disparaissent pas lors de la digestion : elles sont absorbées par les graisses dans le foie et déposées dans les plumes et la peau.

Le pigment en question, le bêta-carotène, n’est pas exotique. De nombreuses plantes produisent naturellement ces pigments rouges, jaunes ou oranges appelés caroténoïdes. Ce sont eux qui donnent leur couleur orange aux carottes ou qui rendent les tomates mûres rouges. La différence, c’est que le flamant a développé un métabolisme capable d’en stocker des quantités colossales et de les redistribuer jusqu’à la pointe de ses plumes.

Les jeunes flamants affichent un plumage gris ou blanc et ne développent leur teinte rosée qu’en adoptant un régime de crevettes de saumure et d’algues bleu-vert, des aliments qui tueraient probablement la plupart des autres animaux. Ces oiseaux vivent dans des zones humides inhospitalières, des lacs si alcalins que leur pH pourrait brûler la chair humaine. Dans ces eaux pourtant, ils trouvent une ressource alimentaire inexploitée : crustacés, cyanobactéries et algues diatomées. Là où d’autres espèces meurent, le flamant prospère et se colore.

L’intensité du rose comme reflet de santé

Les couleurs des flamants peuvent aller du rose pâle au cramoisi selon la quantité de pigment présente dans leur régime alimentaire. Les niveaux de caroténoïdes dans les algues et les crustacés varient selon les régions du monde : les flamants des Caraïbes sont généralement d’un rouge et d’un orange vifs, tandis que ceux du lac Nakuru, au Kenya, ont tendance à afficher un rose plus pâle. Un même oiseau peut donc changer de nuance au fil des saisons, selon la richesse de son plan d’eau.

Cette variabilité de couleur n’est pas un détail esthétique. La couleur vive est bien plus qu’une décoration : c’est un indicateur de la santé de l’individu et de sa réussite dans la recherche de nourriture. Un flamant plus intensément coloré signale qu’il est bien nourri et vigoureux, ce qui en fait un partenaire plus désirable. La parade nuptiale, chez ces oiseaux, est littéralement une compétition de rose.

Les chercheurs ont même documenté un comportement stupéfiant : les flamants étalent sur leurs plumes un liquide huileux sécrété par une glande située à la base de leur queue, appelée glande uropygienne. Ce liquide contient des caroténoïdes concentrés. En se lissant les plumes avec ce sécrétion, ils se « maquillent » littéralement pour paraître plus roses. C’est l’un des rares exemples de cosmétique animale documentés par la science. Le flamant se prépare à séduire comme un acteur se prépare avant de monter sur scène.

En captivité, le rose ne va pas de soi

Dans les années 1930, les premiers zoos qui ont accueilli des flamants roses ont été confrontés à un problème embarrassant : leurs oiseaux blanchissaient. Privés de leur alimentation naturelle riche en artémias et en algues de saumure, les flamants perdaient progressivement leur teinte. Résultat : des animaux gris, presque méconnaissables, qui désorientaient les visiteurs venus admirer leur rose légendaire.

C’est pourquoi les soigneurs doivent compléter l’alimentation de leurs flamants avec des additifs caroténoïdes comme le bêta-carotène ou la canthaxanthine. Sans ces ingrédients, les nouvelles plumes du flamant captif pousseraient pâles, et sa couleur caractéristique s’estomperait à chaque mue, finissant par le ramener à un blanc ordinaire. Certains zoos ont même eu recours à des colorants alimentaires dans les cas les plus critiques, faute de pouvoir reconstituer un régime suffisamment riche en pigments naturels.

Il faut jusqu’à trois ans à un flamant pour atteindre sa coloration adulte complète. Trois ans d’un régime ininterrompu de crevettes et d’algues microscopiques, filtrées tête à l’envers dans des eaux hostiles. Ce que l’on perçoit comme une couleur fixe, presque définitive, est en réalité un état en perpétuel renouvellement, dépendant du menu du jour.

Le flamant rose partage d’ailleurs ce mécanisme avec d’autres espèces bien moins exotiques. La chair du saumon sauvage est rose pour exactement la même raison : les crevettes et le krill qu’il consomme sont chargés en astaxanthine. Un saumon d’élevage nourri aux granulés sans caroténoïdes produit une chair grisâtre, peu appétissante. Et chez l’humain, une consommation excessive de carottes ou de tomates peut provoquer une caroténodermie : la peau prend une teinte légèrement orangée, surtout sur les paumes des mains et la plante des pieds. C’est totalement inoffensif et réversible dès que la consommation diminue. La différence, c’est que notre métabolisme n’a pas évolué pour concentrer et redistribuer ces pigments à grande échelle, contrairement au flamant, dont toute la biologie semble conçue autour de cette alchimie du rose.

Sources : planeteanimal.com | royaume-flamant-rose.fr

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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