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L’Espagne a construit près de Ciudad Real une piste de quatre kilomètres pour les plus gros avions : quatre ans plus tard, elle fermait

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Une piste de quatre kilomètres capable d’accueillir un Airbus A380, un terminal flambant neuf, une facture d’1,1 milliard d’euros : voilà ce que l’Espagne a construit près de Ciudad Real, à environ 235 kilomètres au sud de Madrid. Cet aéroport est devenu un symbole des dépenses excessives de l’Espagne durant un boom de la construction qui s’est achevé avec la crise financière de 2008, l’année même de son ouverture. Quatre ans plus tard, les portes se refermaient déjà. Retour sur l’un des fiascos immobiliers les plus spectaculaires d’Europe.

À retenir

  • Un aéroport de 1,1 milliard d’euros pensé pour rivaliser avec les grands hubs européens n’a jamais attiré les passagers
  • Fermé après seulement quatre ans d’exploitation, il a fallu des années avant de trouver le moindre acheteur
  • Aujourd’hui transformé en parking d’avions, le site incarne les dérives de la bulle immobilière espagnole du début des années 2000

Sommaire

  1. Une infrastructure taillée pour rivaliser avec Madrid-Barajas
  2. Le trafic n’est jamais venu, la faillite a suivi
  3. Cent millions d’euros de mise à prix, aucun acheteur
  4. Aujourd’hui, un parking géant pour avions

Une infrastructure taillée pour rivaliser avec Madrid-Barajas

Le projet ne manquait pas d’ambition. L’aéroport devait disposer d’une piste de quatre kilomètres, assez longue pour accueillir un Airbus A380, et d’un terminal de 28 000 mètres carrés capable d’accueillir deux millions de passagers par an, extensible jusqu’à neuf millions si besoin. Une démesure totale pour une ville qui, elle, ne comptait qu’une poignée de dizaines de milliers d’habitants. D’ailleurs, le chantier était totalement disproportionné pour une région aussi peu peuplée, la ville de Ciudad Real ne comptant pas plus de 75 000 habitants, et éloignée des centres touristiques majeurs.

Détail amusant : avant de porter son nom actuel, l’aéroport avait d’abord été baptisé Don Quichotte. Certains estiment que la référence littéraire, celle d’un rêveur déconnecté de la réalité, ressemblait un peu trop à la situation réelle du projet. Un clin d’œil qui, avec le recul, sonne presque comme une prophétie.

Le trafic n’est jamais venu, la faillite a suivi

Construit pour 1,1 milliard d’euros, l’aéroport a ouvert ses portes en 2008, devenant le premier aéroport international privé d’Espagne, mais les opérations n’ont duré que trois ans avant que la société gestionnaire ne se déclare en faillite en avril 2012. Le dernier vol commercial, opéré par la compagnie low-cost Vueling, avait déjà quitté la plateforme avant cette fermeture officielle. Entre l’inauguration et l’arrêt, la fréquentation n’a jamais décollé : à peine dix mille passagers ont foulé le sol de cet aéroport flambant neuf durant les premiers mois de son exploitation, selon les chiffres relayés à l’époque.

La chute financière a été brutale. L’opérateur de l’aéroport, CR Aeropuertos, fait faillite en juin 2012 avec des dettes d’environ 300 millions d’euros. Après avoir licencié près de deux cents salariés, la société propriétaire n’en emploie plus qu’une douzaine. Sur le tarmac désormais silencieux, on a peint des croix jaunes géantes pour signaler aux pilotes de ne surtout pas atterrir. Une image qui a valu à l’endroit son surnom d’aéroport fantôme, partagé avec un autre chantier espagnol comparable, celui de Castellón.

Cent millions d’euros de mise à prix, aucun acheteur

La justice espagnole a tenté de récupérer une partie de la mise investie. En août 2013, l’aéroport est mis en vente aux enchères avec un prix de départ de 100 millions d’euros. Personne ne s’est manifesté. Aucune offre n’a été faite, si bien que des prolongations de la période de vente ont été accordées au fil du temps, le tribunal de commerce de Ciudad Real acceptant une septième prolongation en juillet 2014.

Il aura fallu attendre juillet 2015 pour qu’un candidat se présente enfin, avec un prix minimum abaissé à 28 millions d’euros. Mais l’offre reçue a de quoi surprendre : la justice espagnole a écarté une proposition de rachat de 10 000 euros, déposée par un consortium chinois baptisé Tzaneen International, qui espérait transformer le site en porte d’entrée européenne pour des entreprises chinoises. Le tribunal a jugé l’offre trop dérisoire pour être validée, même en l’absence de tout autre candidat.

La vente définitive n’est intervenue qu’un an plus tard, et pour un montant sans commune mesure avec le prix symbolique évoqué en 2015. L’aéroport a finalement été vendu en 2016 à CRIA, CR International Airport, pour 56,2 millions d’euros. Mais entre la signature et l’exécution, il a encore fallu patienter : en raison des difficultés financières et bureaucratiques, la vente n’a été effective qu’en 2018.

Aujourd’hui, un parking géant pour avions

La réouverture officielle a eu lieu en septembre 2019, mais sans le moindre vol commercial programmé. La plateforme aéroportuaire a été rouverte en septembre 2019 et, peu après, la société irlandaise Direct Aero Services y a installé une base de maintenance. Exit les millions de passagers promis à l’origine : l’immense piste de quatre kilomètres sert désormais principalement à faire stationner des appareils cloués au sol, et à en désosser certains pour récupérer des pièces détachées, un usage qui s’est particulièrement développé pendant la crise du transport aérien liée à la pandémie de Covid-19.

Cette reconversion a même connu un épisode inattendu et presque cinématographique : le film Les amants passagers, avec Antonio Banderas et Penélope Cruz, sorti en 2013, a notamment été tourné dans cet aéroport déserté par les vrais voyageurs. Un milliard d’euros de béton, de bitume et d’acier, pensé pour rivaliser avec les plus grands hubs européens, aujourd’hui utile surtout pour entreposer des carcasses d’avions et servir de décor de tournage : l’histoire de Ciudad Real reste l’un des exemples les plus frappants de ce que peut produire un excès de confiance dans la croissance perpétuelle.

Sources : airport-technology.com | francesoir.fr | infos-75.com

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