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Ce samedi 31 octobre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté lors de l'acte III de la colère sociale. Entre fatalisme et pragmatisme, les petits commerces s'adaptent.
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Par Antoine Grotteria Publié le 31 oct. 2026 à 20h46
Une drôle de sensation. Illuminée d’une couleur cuivrée alimentée par un beau soleil automnal, la place de la République navigue entre beauté et pesanteur. Habituellement, l’emblématique lieu de l’est de Paris grouille de monde en plein week-end. Pas ce samedi 31 octobre 2026, jour d’Halloween et de l’acte III de la mobilisation contre la vie chère. Aux quatre coins du rectangle, des patrouilles de CRS contrôlent et fouillent des jeunes. Une dizaine de cars des forces de l’ordre bloquent l’accès à la rue du Temple. Dans cette lourde ambiance, les commerces grimacent.
Encore marqués par les dégradations et les pillages survenus le 17 octobre, ces derniers font preuve d’une vigilance accrue. Entre résignation, pragmatisme et espérance réprimée, actu Paris a pu échanger avec plusieurs d’entre eux.
Des agents de sécurité embauchés en urgence
La géographie des sentiments conjoncturels morose mène naturellement vers le boulevard de Magenta. Le 17 octobre, cette artère menant de République à Barbès avait été particulièrement touchée par les scènes de pillage. Parmi les commerçants concernés, les Fleurs de Magenta. « Ils ont tout cassé en quelques secondes. Ils ont pris des fleurs, des plantes et du mobilier », déplore une vendeuse.
Si la boutique a pu rouvrir le lendemain, « grâce à la solidarité des habitants, notamment », prudence est de mise. Des palissades ont été installées pour conjurer les casses. « On fait un peu plus attention. Si on voit qu’il y a un attroupement, on est prêts à fermer. Mais il ne faut pas non plus céder à la panique », assure un autre vendeur, s’affairant à attacher un bouquet.
Pour d’autres, les moyens ont été encore davantage renforcés. Boulevard Voltaire, sise à la place de la République, la boutique de jeux de cartes TCG a décidé d’embaucher deux agents de sécurité pour surveiller le magasin toute la nuit lors des week-end de manifestation. « Le 17, on est restés jusqu’à 5 heures du matin pour éviter les pillages. Mais on ne peut pas tout le temps faire ça. Regardez autour, c’est triste », regrette l’un des responsables.

Baisse de la fréquentation
Temple de la pop culture, des jeux vidéos et des mangas, la première partie du boulevard Voltaire fait grise mine. Plusieurs magasins, saccagés et dévêtus de leurs produits, ont déjà définitivement fermé. « On est samedi. Il n’y a personne. Ce n’est pas normal. Le chiffre d’affaires pourrait baisser de 80 % si les manifs se poursuivent. Pourtant, c’est censé être notre meilleure partie de l’année avant Noël. On va fermer, c’est sûr », s’alarme David, salarié du Cards and Games, une échoppe attenante au TCG.
Les affaires s’accommodant difficilement d’un climat anxiogène, d’autres commerçants remontent également une baisse de la fréquentation et de la consommation. Près de la place de la Bastille, lieu avorté du départ du cortège de la CGT et des Gilets jaunes, les commerçants de la rue du Faubourg Saint-Antoine ressentent également quelques secousses.
Aurélie, gérante d’une boutique de l’opticien Le Petit Lunetier, s’inquiète du moral individuel et collectif. « Ici, nous n’avons pas eu de casse. Mais on sent que les clients sont moins nombreux. Le samedi, c’est un jour d’intense activité. Là, on a simplement pas mal de monde le matin. L’après-midi, c’est très calme. C’est clairement lié aux manifestations », confie la responsable.
Une mobilisation en légère baisse et toujours haute
Tous les commerçants interrogés affirment avoir une trésorerie « solide ». Pour combien de temps ? Difficile de savoir. Pour aider les sinistrés, 3 millions d’euros ont été mobilisés par la Ville de Paris, ajoutés aux 10 millions de la Région Île-de-France. Cela pourrait représenter 10 000 euros par commerçant.
De leur côté, les manifestants restent déterminés. Selon le ministère de l’Intérieur, 70 000 personnes ont défilé entre la porte de Bagnolet (20e) et la porte de Charenton (12e) samedi. Un chiffre moins élevé que le 24 octobre (110 000 personnes), mais qui reste assez élevé.
Tous les professionnels pointent désormais le rendez-vous de l’intersyndicale, réunissant la CFDT, la CGT et FO, l’Unsa et le FSU, du jeudi 5 novembre 2026. Les organisations syndicales appellent les salariés du privé, du public, les lycéens, étudiants et retraités à défendre « les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie ».
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