À retenir
- La première boîte de conserve date de 1813 en Grande-Bretagne, l’ouvre-boîte est breveté en 1855.
- Pendant 42 ans, les étiquettes conseillaient d’ouvrir les conserves au burin et au marteau.
- La molette rotative, version moderne de l’ouvre-boîte, apparaît en 1870.
Sommaire
Une boîte née sans mode d’ouverture
Il traîne dans presque tous les tiroirs de cuisine, entre l’économe et le tire-bouchon. L’ouvre-boîte a si bien l’air d’aller de pair avec la conserve qu’on le croit né le même jour, pour la même mission. Le calendrier raconte pourtant autre chose : pendant plus de 40 ans, l’étiquette elle-même conseillait un burin et un marteau.
Il faut attendre 1855 pour qu’un ouvre-boîte soit breveté.
Tout commence en 1810, avec le brevet du Britannique Peter Durand, qui protège l’idée de conserver des aliments dans une boîte métallique. Deux ans plus tard, en 1812, Bryan Donkin rachète ce brevet. Il ne traîne pas : en 1813, il met en route à Londres la première conserverie au monde. L’industrie de la conserve dispose donc d’un site de production avant que quiconque ait songé à l’outil qui servira à l’ouvrir.
La boîte s’impose vite. Vers 1820, elle est courante en Grande-Bretagne et en France, et 1822 la voit s’installer aux États-Unis.
Ces premiers contenants avaient pourtant de quoi décourager. Les premières boîtes, très épaisses, pesaient plus lourd que leur contenu. C’est l’inverse d’une conserve actuelle, dont la fine paroi ne compte presque pour rien face à la nourriture qu’elle renferme, et un simple couteau de table n’aurait sans doute pas suffi à entamer un tel blindage.
Le fabricant avait prévu la parade, imprimée sur la boîte.
Burin, marteau et consigne imprimée
La consigne demandait de découper le couvercle près du bord, au burin et au marteau. Aucune astuce de bricoleur transmise de bouche à oreille : une instruction portée par l’emballage lui-même. L’équivalent moderne serait une boîte de petits pois dont l’étiquette réclamerait de passer d’abord par la caisse à outils.
Burin et marteau appartiennent à l’atelier bien plus qu’à la cuisine. Le geste supposait de frapper le métal par petits coups, en suivant le contour du couvercle. Couper près du bord laissait sans doute la plus grande ouverture possible, au prix d’une arête de métal à manipuler avec prudence. La solution avait un avantage évident pour les fabricants : aucun outil nouveau à concevoir.
Cette situation a duré longtemps. Entre la première conserverie de Londres, en 1813, et le premier brevet d’ouvre-boîte, en 1855, il s’écoule 42 ans. C’est l’écart qui sépare 1984 de l’année en cours, soit plus d’une génération entière à ouvrir ses conserves à coups de marteau.
1855, 1858, 1870 : l’outil arrive enfin
Ce brevet de 1855 est anglais. Celui de 1858, signé Ezra Warner à Waterbury, dans le Connecticut, est américain.
L’appareil de Warner repose sur une lame en faucille, qui entame le couvercle comme on scierait une planche. L’armée américaine l’adopte. À ses débuts, l’ouvre-boîte trouve donc sa place chez les militaires, avant d’atterrir dans les tiroirs des civils.
La molette rotative arrive en 1870.
Entre la lame en faucille et la molette, il s’est écoulé 12 ans. Entre la molette et le premier brevet anglais, 15 ans. Ces écarts paraissent courts à côté des quatre décennies passées à brandir un burin, et ils montrent qu’une fois l’idée lancée, les inventeurs se sont succédé à vive allure.
Ce que dit le calendrier
Cette chronologie bouscule une intuition tenace : on croit les inventions livrées avec leur mode d’emploi. Ici, la boîte arrive avec une usine à Londres en 1813, un usage courant en Grande-Bretagne et en France vers 1820, puis aux États-Unis en 1822. L’outil dédié ne suit qu’en 1855. À mon sens, l’objet le plus banal de votre tiroir est un correctif, la réparation tardive d’un oubli de conception.
De la première conserverie de 1813 à la molette rotative de 1870, le compte monte à 57 ans. C’est le temps qu’il a fallu pour passer du burin à la roue qui tourne sur le rebord d’une boîte.
Source : todayincthistory.com


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