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On pensait que l’évaporation rafraîchissait toujours un lac : la mer Morte a déjà pris 3 °C depuis 1979 et pourrait chauffer deux fois plus vite que l’air

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La mer Morte s’est réchauffée d’environ 3 °C sur toute sa colonne d’eau depuis 1979. Un modèle publié le 29 septembre 2026 dans Geophysical Research Letters indique qu’elle pourrait, d’ici 2100, gagner 8 °C quand l’air en prendrait 4. Ce « deux fois plus vite » ne vaut que dans le scénario d’émissions élevées, car dans le scénario bas, le lac prend environ 5 °C.

Le modèle reproduit les 3 °C observés depuis 1979.

Le sel freine l’évaporation, et le lac garde sa chaleur

Souffler sur une soupe la refroidit parce que l’évaporation emporte de la chaleur, et le communiqué de l’université Lyon 1 reprend précisément cette image. Un lac ordinaire obéit à la même règle : plus il s’évapore, plus il se rafraîchit. La mer Morte fait exception, car le sel dissous réduit l’évaporation, et plus le niveau baisse, plus la saumure se concentre.

Les chiffres rapportés par ScienceAlert à partir de l’étude donnent la mesure du phénomène. Entre 1979 et 2019, le niveau a perdu environ 34 m, les eaux profondes ont gagné 2,8 °C et la couche supérieure 1,7 °C. Dans les années 2010, l’air ne se réchauffait que d’environ 1,3 °C, tandis que la baisse du niveau expliquait à elle seule près de 1,5 °C du réchauffement des profondeurs. Le lac chauffe donc davantage que l’atmosphère au-dessus de lui, et la part due à son propre rétrécissement pèse plus lourd que celle du climat.

En été, l’air et l’eau de surface atteignent déjà en moyenne mensuelle environ 34 °C.

Une eau plus chaude que l’air produit un effet retors. Selon ScienceAlert, l’écart de température peut alors entretenir l’évaporation malgré la forte concentration en sel. Emmanuel Guillerm, premier auteur de l’étude, précise que cette part du réchauffement vient du détournement des eaux et s’ajoute à celle causée par le réchauffement de l’air d’origine humaine.

2100 : environ 85 m de moins, de 5 à 8 °C de plus

Le même modèle, projeté jusqu’en 2100, prévoit une baisse d’environ 85 m du niveau, soit la hauteur d’un immeuble d’une trentaine d’étages. Le réchauffement atteindrait de 5 à 8 °C selon les émissions mondiales de CO2. Le haut de la fourchette correspond au scénario chaud, où l’air gagne 4 °C et la mer Morte 8 °C.

Ces valeurs reposent sur des hypothèses précises : des apports d’eau coupés, une extraction industrielle arrêtée et un seul mélange de la colonne d’eau par an. Les simulations imposent aussi un réchauffement de l’air futur tout en gardant l’humidité, le vent et l’ensoleillement sur des cycles saisonniers historiques répétés. On lit donc un scénario cadré, pas une prévision météorologique du lac réel. Cette précaution compte d’autant plus que le texte intégral de l’étude n’était pas accessible lors de la rédaction de cet article : le résumé publié et les comptes rendus du communiqué de Lyon 1 et de ScienceAlert servent de base aux chiffres cités ici.

Dans des simulations plus longues, la concentration croissante de la saumure entretient le réchauffement même quand le réchauffement de l’air imposé s’arrête. Le sel devient alors un moteur à part entière.

Des géants de sel sans climat torride

L’équipe ne s’intéresse pas seulement à l’avenir de la mer Morte. Les « géants de sel » sont de vastes dépôts laissés lorsque des bassins marins se sont retrouvés isolés, et leur mécanisme de formation reste débattu. Parmi les auteurs, deux laboratoires lyonnais : Véronique Gardien, du Laboratoire de géologie de Lyon (LGL-TPE, Lyon 1, ENS de Lyon, CNRS), et Frédéric Caupin, de l’Institut Lumière Matière.

Leur modèle appliqué à une Méditerranée orientale entièrement isolée, sous le climat actuel, donne un résultat vertigineux. En quelques millénaires, l’eau se réchaufferait de 20 °C et le niveau chuterait de 2,5 km. D’après ScienceAlert, la simulation durait environ 8 000 ans, avec une surface de départ à 400 m sous le niveau de la mer et une saumure déjà assez concentrée pour que la halite cristallise.

Une fois isolés, les grands bassins entreraient dans une boucle où le réchauffement et la perte d’eau s’alimentent mutuellement.

Cette boucle ferait précipiter la halite et les sels de potasse sans qu’il faille un climat chaud et aride. Les auteurs en tirent une conséquence pour les géologues : comme le réchauffement de la saumure suit son rétrécissement, les tendances verticales de paléotempérature dans les évaporites pourraient enregistrer la baisse du niveau plutôt que le paléoclimat. Reste une réserve de taille, car l’isolement réel de la Méditerranée pendant la crise messinienne est toujours débattu.

Restaurer les apports d’eau douce : la piste, pas la solution

Guillerm, cité par ScienceAlert, affirme que rétablir les apports historiques d’eau douce arrêterait la baisse du niveau. Le réchauffement lié à la salinité cesserait aussi. Une couche diluée en surface isolerait les eaux profondes du réchauffement atmosphérique, qui se poursuivrait en surface. Il reconnaît pourtant que ce travail ne fournit pas la solution : le modèle décrit un mécanisme physique, pas un plan de gestion de l’eau pour une région où les apports sont détournés.

Un détail de méthode éclaire la portée du résultat. Les simulations ont fait varier le seul réchauffement de l’air, en maintenant humidité, vent et soleil constants d’une année sur l’autre, ce qui isole l’effet de la salinité sur la température du lac.

Source : agupubs.onlinelibrary.wiley.com

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