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On pensait que Christophe Colomb avait découvert l’Amérique : des Vikings y étaient 471 ans avant lui, et on connaît maintenant l’année exacte

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En 1021, quelque part sur la pointe nord de Terre-Neuve, des hommes et des femmes venus de Scandinavie abattent au moins trois arbres. Ils utilisent des outils en fer — des haches et des herminettes que les populations autochtones de la région ne possèdent pas. Ils construisent des maisons de tourbe, un atelier de forge, réparent leurs navires. Puis, au bout de quelques années, ils repartent. Quatre cent soixante-et-onze ans plus tard, Christophe Colomb accoste aux Bahamas et entre dans les livres d’histoire.

Que les Vikings soient arrivés en Amérique avant Colomb, on le sait depuis les années 1960 et la découverte du site de L’Anse aux Meadows par les archéologues norvégiens Helge et Anne Stine Ingstad. Mais jusqu’à récemment, la datation restait floue — une fourchette large entre 970 et 1030, estimée par les sagas islandaises et un carbone 14 imprécis. Personne ne pouvait donner une année.

Une tempête solaire comme horloge

C’est un événement cosmique qui a fourni la solution. En 993, une éruption solaire massive a bombardé la Terre de rayonnements cosmiques, provoquant un pic brutal de carbone 14 dans l’atmosphère. Ce pic s’est retrouvé piégé dans les cernes de croissance de tous les arbres de la planète cette année-là. Les archives dendrochronologiques d’Allemagne, d’Irlande, d’Arizona et du Japon le confirment toutes.

Margot Kuitems et Michael Dee, de l’université de Groningue (Pays-Bas), ont eu une idée simple : trouver ce pic dans le bois trouvé à L’Anse aux Meadows, puis compter les cernes jusqu’à l’écorce. Si l’écorce est encore présente — ce qui signifie que le bois a été coupé, pas charrié par la mer — le nombre de cernes après le pic donne l’année exacte de l’abattage.

Kuitems a fouillé les réserves archéologiques du site, entreposées à Dartmouth en Nouvelle-Écosse. Elle n’a pas choisi les plus belles pièces. Elle cherchait des déchets — copeaux, chutes, rebuts — parce que ce sont eux qui conservent encore leur écorce. Trois morceaux de bois, issus de trois arbres différents (sapin et genévrier), portaient des marques nettes d’outils métalliques. Les populations autochtones n’en utilisaient pas : ces bois étaient bien vikings.

Trois arbres, trois fois la même réponse : 1021

L’analyse, publiée dans Nature en 2022, a trouvé le pic de 993 dans chacun des trois échantillons. À partir de là, il suffisait de compter : 28 cernes supplémentaires. Les trois arbres ont été abattus en 1021. Le fait que trois échantillons indépendants convergent sur la même année écarte la possibilité d’une coïncidence.

C’est la première — et pour l’instant la seule — date exacte jamais obtenue pour une présence européenne en Amérique avant les voyages de Colomb. Et accessoirement, c’est le premier point connu dans l’histoire où des êtres humains ont bouclé le tour de la Terre en se déplaçant d’est en ouest — de l’Afrique à l’Europe, de l’Europe à l’Amérique, tandis que d’autres populations avaient déjà traversé le détroit de Béring des millénaires plus tôt.

Ce qu’on sait — et ce qu’on ne sait pas

Le site de L’Anse aux Meadows abritait jusqu’à une centaine de personnes, hommes et femmes. Les sagas islandaises, rédigées deux siècles plus tard, racontent les voyages de Leif Erikson vers une terre qu’ils appelaient Vinland — « le pays du vin » — parce que la région était assez tempérée pour y trouver des raisins sauvages. Comme Terre-Neuve était trop froide pour la vigne, les Vikings ont probablement exploré des zones plus au sud. Des morceaux de bois exotique retrouvés sur le site le suggèrent.

L’installation n’a pas duré. Les sagas évoquent des conflits avec les populations locales, qu’ils appelaient skræling, et des tensions internes. Les Vikings sont repartis. Le site a été réoccupé par les autochtones, et l’épisode a glissé hors de la mémoire européenne pendant cinq siècles — jusqu’à ce que Colomb reparte de zéro.

Quant à la méthode de datation par pic cosmique, elle n’en est qu’à ses débuts. Un événement similaire a eu lieu en 775. Combinés, ces deux marqueurs permettent de dater n’importe quel bois médiéval à l’année près, partout dans le monde. Les archéologues commencent à peine à en mesurer le potentiel.


Source : Kuitems, M. et al. (2022). « Evidence for European presence in the Americas in AD 1021. » Nature, 601, 388-391. Lien : https://www.nature.com/articles/s41586-021-03972-8

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