Un cargo de 1 322 tonnes qui erre seul dans l’Arctique pendant 38 ans, sans équipage, sans capitaine, sans même une lumière allumée à bord. C’est pourtant l’histoire bien réelle du SS Baychimo, ce navire de la Compagnie de la Baie d’Hudson abandonné en 1931 au large de l’Alaska et aperçu pour la dernière fois en 1969, avant de s’évaporer purement et simplement des annales maritimes.
Tout commence en octobre 1931. Le Baychimo, utilisé par la Compagnie de la Baie d’Hudson pour échanger des provisions contre des fourrures dans les villages inuits le long de la côte de l’île Victoria, devient un célèbre navire fantôme le long de la côte de l’Alaska. Le navire, alors chargé de peaux précieuses, se retrouve prisonnier des glaces près de Barrow. En route vers Vancouver, il est surpris par un blizzard près des Sea Horse Islands, non loin de Point Barrow, et l’équipage doit l’ancrer pour affronter la tempête, avant de réaliser que le vapeur est pris dans les glaces et devra hiverner dans l’Arctique. Quinze marins restent alors sur place, construisant un campement de fortune avec des morceaux du navire lui-même, jugé impossible à chauffer durant tout l’hiver.
À retenir
- Un navire abandonné censé couler en quelques mois survit contre toute attente à 38 années de dérive solitaire
- Malgré plus de douze observations au fil des décennies, personne ne parvient à le récupérer ou à expliquer sa survie
- En 1969, le SS Baychimo disparaît complètement : aucune épave, aucun débris, seulement le silence de l’Arctique
Sommaire
- Un naufrage annoncé qui n’a jamais eu lieu
- 1962, 1969 : les derniers regards sur un fantôme
- 2006 : l’Alaska relance la traque, sans succès
Un naufrage annoncé qui n’a jamais eu lieu
Après une violente tempête de neige fin novembre, l’équipage part à la recherche du navire et ne trouve rien. Le verdict semble sans appel : le Baychimo a coulé. Mais une poignée de jours plus tard, un chasseur de phoques inuit annonce l’avoir aperçu à environ 70 kilomètres de là, toujours flottant. Un chasseur de phoques inuit informe l’équipage qu’il a vu le navire à environ 70 kilomètres, et l’équipage, tout excité, le retrouve et monte à bord, mais il est en très mauvais état et sera abandonné là, laissé à son sort. Les marins récupèrent les fourrures les plus précieuses et quittent le bateau pour de bon, convaincus cette fois qu’il ne survivrait pas à l’hiver polaire.
C’est là que l’histoire bascule dans l’invraisemblable. Le Baychimo ne coule pas. Il ne sombre pas davantage l’année suivante, ni celle d’après. En août 1933, la Compagnie de la Baie d’Hudson apprend qu’il est toujours à flot, mais trop loin en mer pour être récupéré ; en juillet 1934, il est abordé par un groupe d’explorateurs à bord d’une goélette ; en septembre 1935, il est repéré au large de la côte alaskienne ; en novembre 1939, le capitaine Hugh Polson tente de le sauver, mais les glaces l’en empêchent. Une tentative de sauvetage, avortée par la banquise elle-même, comme si l’océan refusait qu’on lui reprenne son trophée.
Le phénomène le plus troublant reste la fréquence des rencontres. Étonnamment, le navire ne coule pas, et l’équipage récupère les plus belles fourrures ; il sera ensuite aperçu douze fois supplémentaires au cours des décennies suivantes. Des prospecteurs, des chasseurs inuits, des équipes de traîneaux à chiens : tous croisent, à un moment ou un autre, ce cargo sans âme qui dérive au gré des courants du Beaufort et du Chukchi. Un épisode dépasse même l’entendement : un groupe d’Inuits parvient un jour à monter à bord du navire, mais se retrouve piégé là pendant dix jours à cause d’une tempête. Dix jours coincés sur une épave errante censée avoir coulé des années plus tôt. Difficile de trouver plus ironique.
1962, 1969 : les derniers regards sur un fantôme
Les guerres et les décennies passent, les sightings se raréfient mais ne s’arrêtent jamais totalement. En mars 1962, il est vu dérivant le long de la côte de la mer de Beaufort par un groupe d’Inuits. Sept ans plus tard, un dernier face-à-face scelle définitivement la légende. En 1969, un groupe d’Inupiat sur les côtes nord de l’Alaska, entre Icy Cape et Point Barrow, aperçoit une carcasse rouillée coincée dans la glace. Aucun nom lisible sur la coque, mais un seul navire pouvait correspondre à cette description, trente-huit ans jour pour jour après son abandon.
Et puis, plus rien. Ce fut cependant sa dernière observation. Dans les 54 années qui suivirent, ce vieux vapeur est devenu, selon toute logique, une ruine supplémentaire au fond de l’océan. Mais personne, absolument personne, n’a jamais vu ni photographié cette ruine. Aucune épave n’a été retrouvée. il n’y a pas de corps, seulement l’absence accablante de sa présence.
L’historien Anthony Dalton, qui a consacré un ouvrage entier à ce mystère, avance une explication : le navire aurait dérivé au gré des courants et des vents des mers de Beaufort et de Chukchi, trouvant quelque part dans cette zone son ultime lieu de repos. Une théorie plausible, mais qui n’explique toujours pas l’absence totale de débris. Pas une plaque de tôle, pas une pièce d’hélice, rien qui vienne clore le dossier.
2006 : l’Alaska relance la traque, sans succès
Soixante-quinze ans après l’abandon initial, l’État de l’Alaska décide de reprendre l’enquête. En 2006, le gouvernement alaskien lance une opération pour retrouver et récupérer les navires perdus dans ses eaux, estimés à environ 4 000 épaves disparues au large de ses côtes. Le Baychimo figure évidemment en tête de liste, symbole même de cette hécatombe maritime méconnue. Mais malgré les moyens déployés, contrairement aux épaves de l’Erebus et du Terror de l’expédition Franklin, le navire continue d’échapper aux chercheurs.
Le contraste est frappant : quand des expéditions modernes, dotées de sonars et de drones sous-marins, parviennent à localiser des épaves vieilles de plus d’un siècle et demi dans l’archipel arctique canadien, le Baychimo, lui, reste introuvable. Certains objets ayant appartenu au navire ont toutefois survécu autrement : si sa tombe finale reste inconnue, des reliques du vapeur sont visibles par les Alaskiens, certains objets récupérés ayant été confiés au Museum of the North de l’université d’Alaska à Fairbanks, où ils sont toujours conservés.
Reste une question qui n’a jamais trouvé de réponse définitive : et si le Baychimo n’avait tout simplement jamais coulé de manière brutale, mais s’était lentement désintégré année après année, dispersant ses tôles rouillées sur des centaines de kilomètres de littoral inaccessible ? Dans l’immensité du Beaufort et du Chukchi, où la banquise recouvre et efface tout, un cargo entier a peut-être disparu sans laisser plus de trace qu’un flocon de neige.
Sources : cultofweird.com | manitobamuseum.ca


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