Le 18 août 2026 à 23h35 UTC (7h35 du matin le lendemain à Pékin), un cylindre d’acier inoxydable de 66 mètres s’est arraché du désert de Gobi, a largué sa charge utile en orbite, puis a redescendu tranquillement ses quatre pattes métalliques sur un pas de tir situé à 390 kilomètres de son point de départ. Le véhicule de 66 mètres a utilisé ses neuf moteurs Tianque-12A pour une ascension propre, une séparation d’étage et une récupération précise sur des jambes d’atterrissage à environ 390 km du pas de tir. Un an après avoir explosé en pleine tentative d’atterrissage, le premier étage du lanceur chinois Zhuque-3, développé par l’entreprise privée LandSpace, s’est posé debout. Intact.
À retenir
- Un lanceur privé chinois a explosé il y a un an en tentant de se poser — que s’est-il vraiment passé à bord?
- Trois modifications techniques décisives ont transformé un fiasco spectaculaire en réussite éclatante
- Ce succès remettrait-il en question la domination technologique d’une autre puissance spatiale?
Sommaire
- Un atterrissage qui efface l’échec de décembre 2025
- Comment l’étage a retrouvé la verticale
- La Chine rejoint un club très fermé
- Pourquoi ce détail technique change la donne économique
Un atterrissage qui efface l’échec de décembre 2025
Retour en arrière. En décembre 2025, la fusée Zhuque-3 réalisait son vol inaugural. L’étage supérieur avait rejoint l’orbite sans problème, une performance rare pour un premier vol. Mais le premier étage, lui, n’avait pas survécu à sa tentative de retour sur Terre : le premier vol test de la fusée Zhuque-3 de Landspace s’est terminé par une explosion enflammée après avoir atteint l’orbite avec succès. Un fiasco spectaculaire, filmé et diffusé, qui aurait pu décourager n’importe quelle équipe.
LandSpace a préféré en tirer les leçons. Dans son communiqué post-mission, l’entreprise a détaillé les correctifs apportés au véhicule. Les changements techniques effectués après l’échec de la première tentative d’atterrissage incluent un nombre réduit de moteurs utilisés lors de la combustion de freinage, ce qui a simplifié le système et amélioré la fiabilité, l’ajout d’un « point d’atterrissage prédit » au système de contrôle de sécurité autonome embarqué, et une protection thermique améliorée pour encaisser la chaleur extrême de la rentrée atmosphérique. Trois ajustements, trois failles corrigées. Rien de révolutionnaire sur le papier, mais visiblement suffisant pour transformer un feu d’artifice en réussite.
Le déroulé du vol suit une chorégraphie désormais familière aux observateurs du New Space, mais inédite pour la Chine version secteur privé. Environ 137 secondes après le décollage, les étages du lanceur se sont séparés. Le premier étage est ensuite entré dans sa phase de retour préétablie et a effectué une série de manœuvres clés, dont l’ajustement de l’attitude de vol à haute altitude, la décélération propulsive lors de la rentrée et un atterrissage contrôlé sur ses jambes déployables. Concrètement, les moteurs à méthane-oxygène liquide se sont rallumés en pleine chute pour freiner la descente, exactement comme le fait le Falcon 9 de SpaceX depuis 2015.
Le site d’atterrissage n’a rien d’anecdotique : le lanceur a entamé sa descente vers son pas d’atterrissage dédié dans le comté de Minqin, dans la province du Gansu, une zone désertique choisie pour encaisser les échecs sans mettre en danger de vies humaines. Une aire de sécurité providentielle, quand on sait que la première tentative s’était soldée par une boule de feu.
La Chine rejoint un club très fermé
Ce succès place LandSpace dans une catégorie restreinte de constructeurs capables de récupérer un étage orbital de façon propulsive. La fusée rejoint Falcon 9, New Glenn et Chang Zheng 10B parmi les quatre seuls lanceurs orbitaux partiellement réutilisables ayant fait leurs preuves en vol. Pendant une décennie, ce savoir-faire est resté l’apanage exclusif de SpaceX. Pendant une décennie, cette capacité appartenait uniquement à SpaceX ; désormais plusieurs fournisseurs y parviennent tous les quelques mois. Le monopole californien s’effrite, et la Chine y contribue à sa manière.
Ce qui distingue Zhuque-3, c’est la méthode. Un mois plus tôt, en juillet 2026, la fusée d’État Longue Marche 10B avait déjà réalisé une récupération de premier étage, mais avec un système bien différent : le Longue Marche 10B avait bénéficié d’une aide pour revenir sur Terre, se posant en douceur dans un dispositif semblable à un filet fixé sur un navire en mer, tandis que Zhuque-3 s’est posé sur la terre ferme et est resté debout grâce à un jeu de jambes d’atterrissage, à la manière du Falcon 9. Deux philosophies, deux résultats équivalents, mais LandSpace décroche un symbole supplémentaire : la première récupération sur terre ferme, par des jambes, pour un opérateur chinois. Un communiqué de l’entreprise ne s’y est pas trompé, qualifiant l’événement de « première tentative de récupération réussie d’un étage de lanceur orbital utilisant des jambes d’atterrissage, et première récupération d’étage sur terre en Chine ».
Autre chantier chinois en cours, celui de la fusée d’État Chang Zheng 12A, propulsée elle aussi au méthane-oxygène liquide. Elle avait tenté sa propre récupération en décembre 2025, sans succès : son vol inaugural a eu lieu en décembre 2025 et n’a pas non plus réussi son atterrissage, bien que l’écart par rapport à la cible ait été plus important que lors de la première tentative de Zhuque-3. La compétition interne chinoise, entre acteur privé et champions étatiques, s’annonce presque aussi disputée que la rivalité internationale.
Pourquoi ce détail technique change la donne économique
Récupérer un étage n’a d’intérêt que si on peut le réutiliser plusieurs fois sans le reconstruire à chaque vol. C’est là que se joue la vraie bataille. Des experts du secteur, cités par l’agence Xinhua, résument l’enjeu : la validation réussie de l’approche technique de Zhuque-3, combinant propulsion au méthane-oxygène liquide, structure en acier inoxydable et atterrissage vertical avec récupération, contribuera à accélérer le déploiement de la constellation satellitaire chinoise en orbite basse. Le raisonnement est simple : amortir le coût d’un lanceur sur dix ou vingt vols plutôt que sur un seul divise mécaniquement le prix du kilo mis en orbite.
Reste une inconnue de taille, que LandSpace elle-même reconnaît : l’étage récupéré doit maintenant passer sous la loupe des ingénieurs. Des inspections et évaluations sur ses moteurs, sa structure, ses réservoirs de propergol, ses mécanismes d’atterrissage et d’autres segments doivent être menées. La durée de vie restante, les coûts de maintenance et le cycle de réutilisation détermineront directement l’avantage économique réel de l’opération. Se poser debout dans le désert de Gobi, c’était l’étape spectaculaire. Faire revoler ce même étage sans tout démonter, ce sera la vraie démonstration de maturité industrielle, celle que le monde entier surveillera de près lors du prochain lancement de Zhuque-3.
Sources : spacenews.com | spacelaunchlive.com


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