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On pensait qu’on dansait sur le pont d’Avignon : la chanson que tous les enfants de France connaissent s’est trompée d’un seul mot

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Le pont d’Avignon n’a probablement jamais accueilli la moindre ronde. La version que chantent les enfants dit « sur », une variante plus ancienne dit « sous », et d’après Wikipédia les danses se tenaient à l’origine sur les berges. Un seul mot change, et toute la scène bascule.

Quant au pont, il ne mène plus nulle part depuis 1679.

À retenir

  • Le pont Saint-Bénezet mesurait 920 m pour 4 m de large.
  • La chanson date du XVe siècle et s’est popularisée en 1853.
  • Le pont a été abandonné définitivement en 1679.
  • Il ne subsiste aujourd’hui que quatre arches.

Sommaire

  1. Quatre mètres de large pour une ronde
  2. 1177, 1226, 1679 : trois dates dans la vie du pont
  3. Pourquoi 1679, et pas la grande crue ?
  4. Ce qu’il reste à voir

Quatre mètres de large pour une ronde

Le premier indice tient dans une mesure. Selon l’inventaire du patrimoine de la Région Sud, l’ouvrage faisait 920 m de long pour 4 m de large, alors que Wikipédia retient 900 m. Sur un tablier aussi étroit, on voit mal comment s’organise une ronde où l’on danse « tous en rond », comme le dit le refrain. Les berges offraient la place nécessaire, et c’est là que les danses avaient lieu à l’origine, d’après Wikipédia.

La chanson remonte au XVe siècle, toujours selon Wikipédia. Elle ne devient populaire qu’en 1853, quand Adolphe Adam l’insère dans son opéra comique Le Sourd ou l’Auberge pleine.

La variante « sous le pont » n’a pas disparu pour autant : des anciens la chantent encore ainsi, rapporte la même encyclopédie. Une précision, cependant. L’idée d’une danse sur l’île de la Barthelasse circule volontiers, mais les sources consultées pour cet article ne la confirment pas, même si l’inventaire note qu’à partir du XVIIe siècle le pont franchissait les deux bras du Rhône et cette île.

1177, 1226, 1679 : trois dates dans la vie du pont

Le pont Saint-Bénezet, nom officiel de ce que l’on appelle couramment le pont d’Avignon hors d’Avignon, est édifié par les Frères pontifes de 1177 à 1185 environ. L’inventaire précise qu’il prend la place d’un ancien pont romain. Un certain Bénezet, surtout connu grâce à la légende, aurait dirigé le chantier.

En 1184, une chapelle est aménagée à l’intérieur d’une pile, la troisième en venant d’Avignon, et dédiée à saint Bénezet. Puis vient 1226 : le roi Louis VIII détruit le pont pendant la croisade contre les Albigeois. L’ouvrage est reconstruit rapidement, cette fois en pierre, et c’est lui dont on voit les vestiges aujourd’hui. Sur la chapelle Saint-Bénezet s’élève alors un second édifice, consacré à saint Nicolas, au niveau du tablier.

Ensuite, ce n’est plus qu’un chantier permanent jusqu’en 1679.

Pourquoi 1679, et pas la grande crue ?

Victime des conflits mais plus encore des caprices du fleuve, le pont est abandonné définitivement en 1679, selon l’inventaire de la Région. Un bac à traille, c’est-à-dire un bateau guidé par un câble tendu entre les deux rives, prend alors le relais. D’autres sources, dont Wikipédia, placent le coup fatal dans une crue de 1668 ou 1669. La date de 1679 retenue ici est celle de l’abandon définitif, pas d’un effondrement.

Le flou touche aussi le nombre d’arches d’origine : 23 d’après l’inventaire, 22 d’après Wikipédia et une partie de la presse. Mettez 920 m de pont bout à bout et vous obtenez environ 9 terrains de football, sur lesquels les sources ne s’accordent même pas à une arche près. Le reste, lui, ne fait pas débat : il n’en subsiste que 4.

Le XIXe siècle change le regard porté sur ces ruines. On décide alors de sauvegarder les vestiges du plus ancien pont du Rhône, et des restaurations commencent en octobre 1828, sur des projets de Caristie, ingénieur d’arrondissement, datés de 1825. Ce chantier de sauvetage a donc débuté plus d’un siècle et demi après l’abandon.

Ce qu’il reste à voir

Sur le bras d’Avignon, l’inventaire recense les 4 arches, les deux chapelles superposées sur la troisième pile et la tour du Châtelet, qui surplombe encore ces restes en rive gauche. À l’origine, le pont reliait Avignon (Vaucluse) à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), de l’autre côté du Rhône. Aujourd’hui, il s’interrompt au-dessus du fleuve. Ces quelques arches sont tout ce qui reste d’une traversée de 920 m.

Les enfants, eux, continueront de chanter « sur ». La chanson a fixé ce mot au fil du XIXe siècle, et il n’y a aucune raison qu’il change dans les cours de récréation.

Dernière nuance, administrative celle-là : la notice Mérimée date l’ouvrage du XIIe siècle, indique son classement au titre des monuments historiques en 1840 et précise qu’il appartient à la commune.

Sources : dossiersinventaire.maregionsud.fr | avignon-info.fr

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