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On pensait l’ascenseur spatial réservé aux romans de science-fiction : au Japon, le groupe Obayashi a déjà commencé à tester le matériau du câble qui doit y mener d’ici 2050

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Imaginez pouvoir grimper jusqu’à la Station spatiale internationale sans fusée, sans carburant, et pour quelques milliers de dollars seulement. Ce scénario, qui ressemble à s’y méprendre à un chapitre tout droit sorti d’un roman d’Arthur C. Clarke, est pourtant en train de prendre forme très concrètement dans les laboratoires japonais. Le groupe de BTP Obayashi Corporation ne se contente plus de dessiner des schémas ambitieux sur le papier : l’entreprise a commencé à tester en conditions réelles le matériau censé constituer l’épine dorsale de ce projet pharaonique, un ascenseur spatial capable de relier notre planète à l’orbite géostationnaire. Un pari technologique et financier hors norme, chiffré et daté, qui pourrait redéfinir en profondeur notre façon de voyager dans l’espace.

À retenir

  • Le câble de 35 480 km serait composé de nanotubes de carbone et déployé depuis l'orbite géostationnaire sur huit mois
  • Un Earth Port hybride terre-mer serait construit à l'équateur pour ancrer le câble et servir de point de départ des voyages spatiaux
  • Les climbers atteindraient l'ISS en deux heures et demie à 150 km/h, et un trajet vers Mars pourrait être réduit à quarante jours

Un câble capable de résister à l’impossible

Un câble capable de résister à l'impossible Crédit : © Société Obayashi

Au cœur de ce projet trône un câble absolument vertigineux : 35 480 kilomètres de long, soit une distance quasiment inimaginable à l’échelle humaine. Ce ruban géant serait composé de nanotubes de carbone, un matériau réputé pour sa résistance exceptionnelle rapportée à sa masse, et c’est précisément ce composant qu’Obayashi Corporation a récemment commencé à tester en laboratoire. La logique de déploiement est aussi vertigineuse que le câble lui-même : un vaisseau spatial atteindrait d’abord l’orbite géostationnaire, à environ 22 000 miles de la Terre, avant de dérouler progressivement le tube vers le sol, un processus qui s’étalerait sur huit mois.

Une fois cette phase achevée, le vaisseau ne serait pas mis au rebut : il servirait de contrepoids, positionné à 60 000 miles d’altitude, pendant qu’une station en orbite géostationnaire ferait office d’immense panneau solaire pour alimenter l’ensemble du dispositif. Pour supporter les cabines de transport, appelées climbers, capables d’acheminer jusqu’à 100 tonnes de matériaux de construction, le câble devrait être renforcé environ 500 fois par rapport à sa version initiale. Une prouesse d’ingénierie qui donne le vertige, au sens propre comme au figuré.

Un port terrestre à cheval entre terre et mer

Un tel édifice ne pourrait évidemment pas s’ancrer n’importe où. Les ingénieurs d’Obayashi ont prévu de construire un Earth Port, littéralement un port terrestre, positionné stratégiquement à l’équateur. Cette infrastructure hybride comprendrait une section installée sur la terre ferme et une autre en pleine mer, les deux étant reliées par un tunnel sous-marin. Ce choix d’implantation n’a rien d’anecdotique : c’est à l’équateur que les conditions orbitales permettent de maintenir la stabilité nécessaire à un système aussi colossal, dont le moindre déséquilibre pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

Cette base terrestre constituerait le point de départ de tous les voyages vers l’espace, un peu à la manière d’un aéroport, mais où les avions seraient remplacés par des cabines grimpant le long d’un fil interminable. On imagine sans peine la complexité logistique que représente la construction d’une telle installation, capable de gérer à la fois l’ancrage d’un câble soumis à des tensions extrêmes et le flux de passagers ou de marchandises destinés à quitter l’atmosphère terrestre.

Deux heures trente pour atteindre l’ISS, quarante jours pour Mars

C’est sans doute la promesse la plus spectaculaire de ce projet : les climbers grimperaient le long du câble à une vitesse d’environ 150 km/h, ce qui permettrait d’atteindre l’altitude de la Station spatiale internationale en seulement deux heures et demie. À titre de comparaison, les fusées actuelles nécessitent des heures de préparation, des tonnes de carburant et des budgets colossaux pour parvenir au même résultat. Ici, chaque lancement ne coûterait que quelques milliers de dollars, et le système fonctionnerait entièrement à l’énergie solaire, sans une seule goutte de carburant.

Mais l’ambition ne s’arrête pas à notre orbite proche. Selon certaines estimations scientifiques évoquées autour du projet, le trajet vers Mars pourrait être réduit de manière spectaculaire, passant des six à huit mois habituellement nécessaires à seulement quarante jours. Un tel gain de temps changerait radicalement la donne pour l’exploration spatiale habitée, en réduisant l’exposition des équipages aux radiations et en limitant les risques liés aux longs séjours en apesanteur.

Un calendrier repoussé mais un projet toujours vivant

Annoncé en 2012, le projet visait initialement un lancement des travaux de construction en 2025. Mais comme souvent avec des chantiers de cette ampleur, la réalité a rattrapé les ambitions. Yoji Ishikawa, membre du département technologies futures d’Obayashi, a confirmé que la construction ne débutera pas à cette échéance. Un décalage qui n’a rien de surprenant tant les défis techniques restent nombreux, mais qui n’enterre pas pour autant l’idée.

L’entreprise poursuit actuellement ses travaux de recherche et développement, affine ses conceptions préliminaires, noue des partenariats et continue de promouvoir son projet auprès des acteurs concernés. Les récents tests sur les nanotubes de carbone montrent que le dossier avance, même s’il faudra sans doute encore de nombreuses années avant de voir le premier câble se dérouler réellement depuis l’orbite géostationnaire. En ce moment, le chantier reste donc essentiellement scientifique et industriel, loin des images spectaculaires que l’on pourrait attendre, mais bien réel.

Entre un câble long de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, un port hybride terre-mer et des trajets vers l’ISS comptés en heures plutôt qu’en jours, le projet d’ascenseur spatial d’Obayashi Corporation continue de fasciner autant qu’il interroge. Si les délais se sont allongés depuis l’annonce initiale, la persistance des équipes japonaises et les avancées récentes sur les nanotubes de carbone laissent penser que cette vision, longtemps cantonnée aux pages de science-fiction, pourrait bien un jour quitter le domaine du rêve. Reste à savoir combien de décennies encore seront nécessaires avant de voir ce câble géant se déployer réellement au-dessus de nos têtes.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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