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On pensait bien faire en rattrapant son sommeil le week-end : des chercheurs ont montré que la sensibilité à l’insuline baissait quand même de 9 à 27 %

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Le geste semblait raisonnable. Cinq nuits trop courtes, puis deux matins à traîner sous la couette pour éponger la dette. Dans une étude publiée par Current Biology le 28 février 2019, la sensibilité à l’insuline du groupe qui pouvait dormir à volonté le week-end a pourtant reculé d’environ 9 à 27 %, selon qu’on la mesure sur le corps entier, le foie ou le muscle.

À retenir

  • Le groupe qui dormait librement le week-end a vu sa sensibilité à l’insuline reculer de 27 % selon les NIH.
  • L’étude portait sur 36 jeunes adultes observés deux semaines en laboratoire à l’université du Colorado.
  • Le décalage de l’horloge interne a été identifié comme un facteur contribuant à la baisse observée.

Sommaire

  1. 36 volontaires, deux semaines sous surveillance
  2. Ce que les mesures ont montré
  3. 66 minutes de gagnées, et un lundi plus dur
  4. Ce que l’étude ne permet pas d’affirmer

36 volontaires, deux semaines sous surveillance

L’équipe de Kenneth Wright et de Christopher Depner, à l’université du Colorado à Boulder, a voulu simuler ce que vivent beaucoup de salariés. Elle a enrôlé 36 adultes en bonne santé, âgés de 18 à 39 ans, hébergés deux semaines au Clinical Translational Research Center de l’Anschutz Medical Campus, où alimentation, exposition à la lumière et sommeil étaient suivis de près.

Trois groupes ont été constitués. Le premier, témoin, dormait 9 heures par nuit. Le deuxième était limité à 5 heures par nuit, sans interruption. Le troisième enchaînait 5 nuits à 5 heures, un week-end de sommeil libre, puis 2 nouvelles nuits restreintes, et d’après Healio, les deux bras restreints comptaient 14 personnes chacun, ce qui laisse 8 volontaires pour le témoin.

Le troisième groupe mimait donc une semaine de travail suivie d’un week-end de rattrapage.

Ce que les mesures ont montré

Chez les volontaires bloqués à 5 heures par nuit, la sensibilité à l’insuline a baissé de 13 % sur les deux semaines. Dans le groupe week-end, la baisse atteint 27 % selon le résumé des NIH. La fourchette de 9 à 27 % tient au fait que l’on mesure l’effet sur trois niveaux : le corps entier, le foie et le muscle.

Foie et muscle : le groupe week-end s’en sort le moins bien.

La sensibilité à l’insuline désigne la capacité de l’organisme à réguler son taux de sucre dans le sang. Les travaux antérieurs de Wright avaient déjà relié le manque de sommeil à un risque accru d’obésité et de diabète, en partie par cette voie. Pour le foie, la baisse atteint environ 23 %, un résultat à la limite de la significativité dans le modèle complet (p = 0,054). Les auteurs estiment aussi que la prise de poids contribue, en partie, à la baisse de sensibilité du corps entier dans ce groupe.

66 minutes de gagnées, et un lundi plus dur

Autorisés à dormir autant qu’ils le voulaient, les participants du groupe week-end ont cumulé 1,1 heure de sommeil de plus que leur référence. Soit environ 66 minutes, à peine plus qu’un épisode de série. La moyenne cache un écart énorme : environ 2 heures pour les hommes, environ 1 minute pour les femmes.

Le week-end n’a pas été sans effet. Pendant la phase de récupération, la prise alimentaire après le dîner a diminué. Mais les volontaires ont renoué avec le grignotage tardif dès que les nuits courtes ont repris.

L’horloge interne a payé l’addition. Après 2 jours de sommeil libre, le rythme circadien des participants s’était décalé, ce qui augmentait le risque de se réveiller le lundi en pleine nuit biologique. Christopher Depner compare la situation à un travailleur de la côte Est qui s’envolerait pour la côte Ouest le temps d’un week-end, avant de rentrer pour le lundi. Les chercheurs pensent que ce « décalage horaire social » a contribué à la baisse de sensibilité à l’insuline du foie et du muscle.

Côté balance, les deux groupes restreints ont pris environ 1,4 kg.

Ce que l’étude ne permet pas d’affirmer

Les limites sont nettes : 36 adultes, 14 par bras restreint, tous jeunes, observés deux semaines en laboratoire. Rien n’autorise à extrapoler à une vie entière de grasses matinées, ni à des personnes plus âgées ou malades. Il s’agit d’un protocole contrôlé, pas d’un suivi de la vraie vie.

Le message de Kenneth Wright tient en deux mots : « Consistency matters », la régularité compte. Il juge que le sommeil de rattrapage du week-end ne semble pas être une stratégie efficace pour inverser les perturbations métaboliques liées au manque de sommeil. Christopher Depner enfonce le clou : on ne peut pas sacrifier son sommeil sans en payer le prix sur la santé à long terme.

Une nuance de taille vient d’un travail antérieur de la même équipe. Après une semaine simulée à 5 heures par nuit, 3 jours de récupération à 9 heures avaient ramené la sensibilité à l’insuline à son niveau de départ avec des tests oraux de glucose, mais 5 jours ne suffisaient pas avec des tests par voie intraveineuse. La méthode de mesure change donc le verdict, et le débat sur la durée de récupération nécessaire reste ouvert.

Sources : healio.com | colorado.edu | nih.gov

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