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On pensait bien faire en isolant ces logements neufs de Bordeaux : leurs habitants suffoquent désormais à 35°C dès l’été

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Trente-cinq degrés dans une chambre d’enfant, à Bordeaux, fin juin. Pas dans un logement vétuste ni sous les toits d’un immeuble ancien mal isolé, mais dans un appartement flambant neuf, classé A au diagnostic de performance énergétique, livré il y a quelques années à peine dans l’écoquartier Brazza, sur la rive droite de la métropole. Les habitants de ce nouvel écoquartier appréhendent la vague de chaleur : fin juin, dans leurs logements neufs, pourtant aux normes et classés A, la température a atteint 35°C. France 3 Aquitaine a parlé de « fournaise ». Le mot n’est pas volé.

À retenir

  • Des logements flambant neufs et aux normes atteignent 35°C l’été à Bordeaux
  • Les normes thermiques RT2012 ont été pensées uniquement pour l’hiver, pas pour les canicules
  • Le problème persiste depuis 2022, affectant plusieurs écoquartiers bordelais

Sommaire

  1. Des logements classés A, mais invivables l’été
  2. Le paradoxe d’une isolation pensée pour l’hiver, pas pour l’été
  3. Un problème identifié depuis des années, jamais vraiment corrigé
  4. Repenser la construction avant la prochaine canicule

Des logements classés A, mais invivables l’été

Une troisième vague de chaleur a fait resurgir l’angoisse chez les habitants du quartier Brazza : « C’est ignoble. Chez certains, ça monte à 35 degrés », soupire une résidente. Le témoignage n’est pas isolé. Dans le nouvel écoquartier de Brazza, les habitants suffoquent : « On est à 33, 34 », estime une résidente. Une autre raconte un quotidien organisé entièrement autour de la chaleur : « C’est le troisième été qu’on passe ici, et ça devient compliqué. On vit dans le noir, on ouvre le soir, mais j’ai l’impression que ça ne suffit pas. »

Pour certains foyers, l’absence de volets aggrave tout. « Mon logement n’a pas de volets, ce qui fait que la chaleur rentre très tôt à la maison. Même quand je ferme, j’ai toujours des bouffées de chaleur », explique une mère de famille. D’autres habitants ont dû improviser des parades presque artisanales. Une résidente installée depuis le printemps a végétalisé toute sa terrasse pour tenter de gagner des degrés, avant d’investir dans une climatisation mobile, tout en fermant les fenêtres dès 11 heures pour préserver un peu de fraîcheur. Chaque jour, elle passe la serpillière « pour rafraîchir le parquet qui monte en température », et étend son linge tôt le matin dans l’espoir de grappiller quelques degrés. Un étudiant du quartier, lui, compte littéralement les jours avant de pouvoir déménager, se souvenant de ses révisions en pleine canicule comme d’un mauvais moment.

Le paradoxe d’une isolation pensée pour l’hiver, pas pour l’été

Comment un quartier vendu comme la vitrine écologique de Bordeaux en arrive-t-il là ? Sorti de terre en 2017, l’écoquartier de Brazza portait la promesse d’appartements frais l’été, avec une température maximale de 25 degrés, un projet novateur présenté en grande pompe à l’époque par Alain Juppé, alors maire de la ville. La réalité, une décennie plus tard, contredit frontalement cette promesse.

Les explications avancées par les habitants et les observateurs convergent vers un même diagnostic. Le problème pointé par les habitants tient à plusieurs éléments : absence de volets, protections solaires insuffisantes, murs en béton qui emmagasinent la chaleur, ventilation limitée ou impossibilité de créer de vrais courants d’air. Dans certains studios, une unique fenêtre fixe rend l’évacuation de la chaleur quasiment impossible une fois la journée bien avancée. Le constat qui s’impose est cinglant : la performance énergétique d’un bâtiment ne peut plus être pensée uniquement pour l’hiver.

C’est bien tout le paradoxe de ces constructions récentes. Les normes thermiques françaises, en particulier la RT2012 qui encadrait la construction à l’époque de Brazza, ont été conçues pour limiter les déperditions de chaleur en hiver et réduire les factures de chauffage. Résultat : des murs épais, des ouvertures parfois réduites, une étanchéité à l’air renforcée. Efficace contre le froid. Catastrophique quand le thermomètre grimpe et que rien n’a été prévu pour évacuer la chaleur accumulée dans le béton. Les architectes ont, semble-t-il, sous-estimé l’ampleur du réchauffement climatique à venir sur une ville comme Bordeaux, où les étés à répétition dépassant les 35, 38, 40 degrés sont devenus la norme plutôt que l’exception.

Un problème identifié depuis des années, jamais vraiment corrigé

Le plus troublant, c’est que cette situation n’a rien d’une découverte soudaine. Dès 2022, des habitants d’une résidence de Brazza alertaient déjà sur le même phénomène. Les habitants de plusieurs résidences livrées récemment à Bordeaux, notamment dans les opérations de Brazza et Euratlantique, avaient du mal à faire descendre le thermomètre en dessous des 30°C en intérieur, et certains occupants suspectaient un non-respect de la réglementation thermique, au point d’envisager de se retourner contre les promoteurs. Dans une résidence construite par Cogedim, une locataire évoquait un salon plein sud où « il pouvait y faire jusqu’à 34° », avant de devoir acheter des volets qui se clipsent à l’intérieur des fenêtres, une solution de fortune qui limite les rayons directs mais laisse la chaleur s’accumuler sur le vitrage extérieur.

Brazza n’est d’ailleurs pas un cas isolé à Bordeaux. Le quartier Ginko, autre écoquartier de référence de la métropole, connaît des difficultés similaires, avec une hausse comparable des températures intérieures selon plusieurs témoignages recueillis sur place. À terme, le secteur de Brazza doit accueillir 4 800 logements neufs sur 53 hectares, avec une deuxième phase de construction qui s’étalera jusqu’en 2032. Autant dire que la question du confort d’été ne va pas se refermer d’elle-même : chaque nouvelle tranche de logements livrée reproduit potentiellement les mêmes travers si rien ne change dans la conception.

Repenser la construction avant la prochaine canicule

Le cas bordelais dépasse largement l’anecdote locale. Il montre que l’adaptation d’une métropole aux vagues de chaleur ne se joue pas seulement dans les parcs, les rues ou les points d’eau, mais aussi dans les plans de logements, les façades, les matériaux et les protections extérieures. Un bâtiment récent, bien situé et esthétiquement soigné peut malgré tout devenir un piège thermique dès les premières canicules de juin.

Pour les résidents actuels de Brazza, les solutions restent largement individuelles et coûteuses : climatiseurs mobiles achetés en urgence, volets rapportés à l’intérieur des fenêtres, terrasses végétalisées dont l’effet ne se fera sentir que dans plusieurs années. À l’échelle de la ville, le vrai chantier reste devant nous : imposer des protections solaires efficaces, revoir l’orientation des bâtiments et intégrer, dès la conception, des scénarios de canicule à 40 degrés plutôt que de simples hivers rigoureux. La RE2020, qui a succédé à la RT2012, prend théoriquement mieux en compte le confort d’été. Reste à savoir si les prochaines tranches de Brazza, prévues jusqu’en 2032, en tireront vraiment les leçons.

Sources : france3-regions.franceinfo.fr | jeuxvideo.com

L'équipe Sciencepost

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