Les guêpes indigènes étaient significativement plus abondantes que les abeilles, indigènes comme introduites, et occupaient près de 3/4 des hôtels à abeilles chaque année. Le constat vient d’une équipe de la York University, à Toronto. Elle a suivi près de 600 hôtels pendant 3 ans, dans des jardins, des parcs et sur des toits. Ceux qui les avaient installés pour aider les abeilles sauvages ont donc surtout logé d’autres insectes.
Les guêpes en question sont indigènes, pas des frelons.
À retenir
- Les guêpes indigènes occupaient près de 3/4 des hôtels à abeilles chaque année.
- L’étude a suivi près de 600 hôtels pendant 3 ans à Toronto.
- Plus de 27 000 abeilles et guêpes ont été identifiées, et les parasites étaient présents.
Sommaire
600 hôtels, 3 saisons, plus de 27 000 occupants
L’étude est signée J. Scott MacIvor et Laurence Packer. Elle a été publiée le 18 mars 2015 dans PLOS ONE. Les chercheurs ont suivi environ 200 hôtels par an entre 2011 et 2013, soit 574 hôtels-années au total, avec un échantillonnage de mai à octobre. Chaque hôtel était posé à au moins 250 m des autres, dans des jardins communautaires, des jardins de particuliers, des parcs urbains ou sur des toits.
Le dépouillement a été long. Au mois d’avril suivant, les cellules de couvain étaient transférées dans une chambre d’incubation fermée, maintenue à 26 °C et à 60 % d’humidité jusqu’à l’émergence des adultes. Il restait ensuite à les sexer et à les identifier, un par un, pour arriver à plus de 27 000 individus (27 275 exactement).
Le résultat tient en une ligne. Les guêpes indigènes dominaient nettement, et occupaient près de 3/4 des hôtels chaque année. Un jardinier qui ouvrait ses tubes en fin de saison avait donc plus de chances d’y trouver des cellules de guêpes que des cellules d’abeilles. Cela vaut pour la moyenne des hôtels de Toronto, pas pour chaque nichoir.
Les abeilles indigènes, cibles affichées de l’objet, passaient après les guêpes.
Des abeilles introduites et des parasites en prime
Les abeilles introduites nichaient dans 32,9 % des sites et représentaient 24,6 % des plus de 27 000 abeilles et guêpes recensées. Les abeilles indigènes étaient plus parasitées que les introduites, et les femelles des espèces introduites approvisionnaient leurs nids avec nettement plus de larves femelles chaque année. Les guêpes introduites étaient le seul groupe dont l’abondance relative progressait significativement d’une année sur l’autre. Sur le papier, l’hôtel profitait donc davantage à des espèces qu’on ne cherchait pas à aider.
Le parasitisme est le point qui inquiète le plus. Rassembler des cavités sur quelques dizaines de centimètres, c’est aussi offrir un buffet groupé à ceux qui pondent dans les nids des autres. Les illustrations de l’article montrent une colonie de fourmis qui s’est installée dans un hôtel non entretenu, et une guêpe ichneumonide qui parasite une abeille du genre Osmia à travers un tube en carton.
Un résumé britannique de l’étude, publié par le Wildlife Gardening Forum, va plus loin. Il évoque le risque que les hôtels deviennent un « piège » pour des espèces menacées plutôt qu’un appui à leurs populations. C’est une hypothèse de prudence, pas une mesure de l’étude de Toronto.
Le contexte compte aussi. La plupart des abeilles nichent dans le sol, alors que l’attention s’est concentrée sur les hôtels, qui regroupent les nids des espèces nichant au-dessus du sol. Les auteurs ont d’ailleurs forgé l’expression « bee-washing » pour désigner les promesses trompeuses de certains vendeurs, formulées sans preuve que ces objets soutiennent les abeilles sauvages.
Un « verdict prématuré », pas une condamnation
Le titre de l’article est une mise en garde : A Premature Verdict?. Les auteurs ne disent pas que l’hôtel est inutile, ni qu’il est nuisible. Ils concluent qu’il faut davantage de recherches pour cerner les risques et les bénéfices de ces dispositifs pour les abeilles sauvages indigènes. Ils pointent surtout deux paramètres qui pèsent lourd dans leurs observations, l’entretien des hôtels et le choix des tubes.
Ces deux paramètres se contrôlent à l’échelle d’un jardin. Les modèles de type cartouche, en bois ou en plastique, sont conçus pour être ouverts, inspectés et nettoyés. Un hôtel fermé, jamais ouvert, laisse au contraire parasites et occupants indésirables s’installer sans surveillance.
Cette étude date de 2015.
Elle a été menée au Canada, avec ses espèces et son climat, et personne n’y a mesuré ce qui se passerait dans un jardin français. Les mêmes auteurs ont publié en 2016 un second travail, consacré à l’occupation des nichoirs par les abeilles solitaires. Les résultats de Toronto ne se transposent donc pas tels quels, même s’ils invitent à regarder de près ce qui vit réellement dans nos propres hôtels.
Que faire de l’hôtel déjà planté au fond du jardin
Le plus utile est d’observer avant de jeter. Au fil de la saison, on voit si les entrées sont bouchées de boue, de feuilles ou de matière végétale, et par qui. Les tubes qui peuvent s’ouvrir se contrôlent en fin de saison, et les modèles qui ne le permettent pas se remplacent plutôt que de les laisser vieillir en place, d’après la logique d’entretien défendue par l’étude.
Pour qui veut aider les abeilles sauvages sans dépendre d’un seul objet, il resterait à tenir compte du fait que la majorité d’entre elles nichent dans le sol. Garder un coin de terre nue, non recouverte, pourrait compléter l’hôtel, sans que l’étude de Toronto l’ait testé.
L’histoire de l’objet éclaire le débat. Les premiers hôtels datent des années 1950 : des pailles en papier et des blocs de bois percés servaient à loger la mégachile de la luzerne, dans des conteneurs transportables et empilables. L’outil a été conçu pour un usage agricole, bien avant d’être présenté comme un geste de protection de la nature.
Sources : journals.plos.org | ncbi.nlm.nih.gov


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