La cèpe que vous faites revenir à l’ail un soir d’automne est, au sens génétique du terme, bien plus proche de vous que de la salade dans laquelle vous l’avez peut-être mélangé. Ce n’est pas une métaphore : la découverte étonnante que les champignons sont très lointainement reliés aux plantes, mais plus étroitement aux animaux a été rendue possible par le séquençage de leur ADN. Une révolution taxonomique qui remet en question ce que l’on croyait savoir depuis l’école primaire.
À retenir
- Pourquoi les champignons ont-ils longtemps été confondus avec des plantes ?
- Quels secrets biochimiques révèlent la véritable parenté des fungi ?
- Combien de champignons inconnus vivent encore sous nos pieds ?
Sommaire
- Un règne à part entière, pas une plante sans chlorophylle
- Chitine, glycogène, oxygène : la biochimie ne ment pas
- Les Opisthochontes, ou la famille que personne ne vous a présentée
- Ce que l’on voit n’est que la pointe de l’iceberg
Un règne à part entière, pas une plante sans chlorophylle
Les champignons ont été considérés jusqu’au milieu du XXe siècle comme des végétaux, en raison de leur immobilité et de la présence d’une paroi cellulaire épaissie, végétaux dits « cryptogames » car ne produisant pas de fleurs. L’erreur était compréhensible : ils poussent dans la terre, ne courent pas, ne crient pas. Mais l’immobilité n’est pas un critère scientifique fiable. C’est en 1959 que Robert Whittaker découvrit que les champignons constituaient un groupe totalement différent des végétaux, et en 1969 il proposa un système de cinq règnes incluant les Fungi. Depuis, la biologie moléculaire n’a fait que confirmer et approfondir cette séparation.
Pendant longtemps les champignons ont été classés avec les plantes car ils ne bougeaient pas. Or, on sait désormais grâce à l’étude de leur ADN que les fungi sont à part, différents des plantes et des animaux. Leur appartenance à un règne propre, les Mycota, n’est plus discutée. Ce qui l’est encore moins, c’est leur parenté surprenante avec le règne animal.
Chitine, glycogène, oxygène : la biochimie ne ment pas
Trois indices biochimiques suffisent à retourner l’intuition commune. Premier indice : la paroi cellulaire. Les champignons sont considérés comme étant plus proches des animaux et de l’homme que des végétaux à cause d’un certain nombre de caractères cellulaires, comme la possession de glycogène comme réserve d’énergie (contre l’amidon chez les végétaux) et la possession de chitine (comme les carapaces des coléoptères ou crustacés) pour assurer la rigidité des parois (contre la cellulose chez les végétaux). En clair, la matière qui rigidifie un champignon de Paris est la même que celle qui forme la carapace d’un crabe ou l’exosquelette d’une fourmi.
Deuxième indice : le stockage de l’énergie. Les champignons stockent leur énergie sous forme de glycogène, comme les animaux ; chez l’homme par exemple, le glycogène est la réserve de sucre « prête à l’emploi » de l’organisme, stockée dans le foie et les muscles squelettiques. Les végétaux, eux, stockent leur énergie sous forme d’amidon. Troisième indice, et sans doute le plus parlant : comme les animaux, tous les champignons sont dépourvus de chlorophylle et ne peuvent pas réaliser la photosynthèse. Ils respirent de l’oxygène pour produire de l’énergie, exactement comme nous. Ce n’est pas la plante qui vous ressemble dans votre assiette. C’est le champignon.
Les Opisthochontes, ou la famille que personne ne vous a présentée
Sur l’arbre phylogénétique basé sur des analyses génétiques récentes, les champignons et les animaux font partie d’un groupe plus large appelé Opisthochontes, et sont donc plus proches les uns des autres que des plantes. Le nom vient du grec : « opisthō » signifie « derrière », « kontós » désigne un flagelle. Certaines de leurs cellules possèdent des flagelles situés sur l’arrière qui poussent la cellule plutôt que de la tirer. C’est le cas des spermatozoïdes, notamment. Voilà un détail anatomique que l’on partage avec un bolet ou une truffe, et que l’on ne partage pas avec un rosier.
Les premières analyses indiquent qu’Animalia et Fungi sont des groupes frères issus d’un ancêtre protozoaire commun, et que les champignons ont divergé des animaux il y a environ 1,3 milliard d’années. Pour se représenter cette durée : la Terre a 4,5 milliards d’années, les dinosaures ont disparu il y a 66 millions d’années. L’ancêtre commun entre un humain et un champignon de Paris est donc vingt fois plus ancien que le dernier T-Rex. Une branche de l’arbre du vivant qui a eu tout le temps de nous surprendre.
Ce que l’on voit n’est que la pointe de l’iceberg
Quand on parle du champignon, la plupart des gens imaginent le chapeau coloré qui émerge du sol. Pourtant, cette partie visible n’est que la « pointe de l’iceberg ». La véritable essence du champignon se cache sous terre : le mycélium. Ce réseau de filaments microscopiques, invisibles à l’œil nu, constitue la structure principale et durable de l’organisme. Le chapeau que l’on ramasse en forêt est en réalité l’organe reproducteur, l’équivalent d’un fruit. L’organisme lui-même, lui, colonise le sol en silence.
Cette symbiose est si efficace qu’on estime que plus de 90 % des plantes terrestres vivent en association avec des champignons mycorhiziens. Dans les forêts, ces champignons mycorhiziens forment d’immenses réseaux souterrains qui contribuent à la robustesse des écosystèmes. Grâce à cette symbiose, le volume de sol prospecté peut être jusqu’à plusieurs centaines, voire près de mille fois supérieur à celui exploré par les racines d’un arbre seul. la forêt que l’on voit debout tient en grande partie grâce à une infrastructure fongique souterraine invisible. Un organisme qui, génétiquement, partage plus avec vous qu’avec l’arbre qu’il nourrit.
Entre 200 000 et 300 000 espèces de champignons ont déjà été décrites dans le monde, mais leur nombre total est estimé à 1,5 million, soit l’équivalent de toutes les espèces végétales et animales connues réunies, multiplié par deux. Si ce chiffre est accepté, 94 % de tous les champignons existants n’ont pas encore été nommés. La mycologie reste l’une des sciences naturelles les moins avancées, précisément parce qu’on a longtemps regardé les champignons comme de simples appendices du règne végétal. Changer de regard, c’est parfois la condition pour commencer à vraiment voir.
Sources : afas.fr | gerbeaud.com


6 day_ago
60



























.jpg)






French (CA)