Un logement noté A au diagnostic de performance énergétique, censé être le nec plus ultra du confort thermique, peut se transformer en étuve dès les premiers 30°C venus. Le paradoxe n’en est plus un pour les occupants de maisons construites sous la RT2012 : l’isolation qui les protège si bien du froid hivernal devient, l’été, une prison thermique dont la chaleur ne ressort jamais.
À retenir
- Les maisons classées A au DPE consomment peu en hiver mais accumulent la chaleur en été sans pouvoir s’en échapper
- L’inertie thermique des vieilles pierres offrirait paradoxalement plus de confort qu’une isolation moderne mal pensée
- La RE2020 tente de corriger le tir avec l’indicateur DH, mais les professionnels jugent cette correction encore timide et insuffisante
Sommaire
- La RT2012, championne de l’hiver, oubliée de l’été
- Béton contre pierre : la revanche de l’inertie thermique
- La RE2020, une correction encore timide
La RT2012, championne de l’hiver, oubliée de l’été
Entrée en vigueur en 2013, la réglementation thermique 2012 visait un objectif simple : réduire drastiquement la consommation de chauffage des bâtiments neufs. Mission accomplie. Les maisons construites sous cette réglementation consomment très peu d’énergie pour se chauffer, de l’ordre de 25 euros par mois pour une famille de 4 personnes dans un logement de 110 m². Le problème, c’est que cette prouesse hivernale s’est construite sur un aveuglement estival. Son talon d’Achille est identifié depuis plusieurs années par les professionnels : la RT2012 ne traitait pas suffisamment le risque de surchauffe estivale.
Le mécanisme est presque mécanique, sans mauvais jeu de mots. Une maison bien isolée est, par définition, une maison hermétique. Cette étanchéité à l’air maîtrisée, excellente en hiver, peut se retourner contre le confort en été si l’architecture ne prévoit pas de solutions de rafraîchissement passif. Concrètement : la chaleur pénètre principalement par les vitrages exposés au soleil et s’accumule dans le logement sans pouvoir s’échapper. Une baie vitrée plein sud, très prisée pour ses apports solaires gratuits en hiver, devient en juillet une fenêtre à four.
La ventilation, censée être la soupape de sécurité, joue mal son rôle dans ces logements verrouillés. Les maisons récentes étant bien isolées, elles ont tendance à conserver la chaleur dans votre intérieur, avec une restitution difficile. Pour évacuer la chaleur, il est possible de recourir à la surventilation nocturne, quand la température baisse fortement durant la nuit. Mais sans ouvertures traversantes bien pensées dès la conception, cette astuce reste théorique. Sur les forums de propriétaires, le constat revient sans cesse : seule la climatisation peut être efficace, puisque la ventilation naturelle ne peut pas jouer son rôle quand il y a trop peu de différence entre températures diurne et nocturne. la maison qui devait s’affranchir de la climatisation finit par la rendre indispensable.
Béton contre pierre : la revanche de l’inertie thermique
Voilà l’ironie ultime de cette histoire : la vieille bâtisse en pierre que le DPE classe en F ou G peut se révéler plus vivable en canicule que le pavillon récent classé A. La raison tient en un mot technique, l’inertie thermique. Elle correspond à la capacité d’un matériau à stocker la chaleur puis à la restituer progressivement. Plus un matériau possède une forte inertie thermique, plus il ralentit les variations de température à l’intérieur du logement. Les matériaux lourds comme la pierre, la brique, le béton ou la terre cuite sont particulièrement performants pour stocker la chaleur.
Un mur en pierre épais de 50 ou 60 centimètres agit comme une éponge à chaleur : il absorbe les calories dans la journée et les restitue seulement des heures plus tard, souvent en pleine nuit quand tout le monde dort déjà. Le déphasage va de pair avec l’inertie du bâti : des murs épais en pierre ou en terre cuite stockent la fraîcheur nocturne et la restituent dans la journée, ce qui explique qu’une échoppe ancienne puisse rester plus tempérée qu’une construction légère récente mal protégée du soleil. Une étude a d’ailleurs mis des chiffres sur ce paradoxe : un bâtiment du début du XXe siècle en pierre peut être classé passoire énergétique selon le DPE sans être forcément une bouilloire, notamment s’il dispose de volets et d’une bonne inertie thermique, si bien que seulement 60 % des passoires thermiques sont aussi des bouilloires. Les deux notions, énergie et confort d’été, ne se recoupent que partiellement, ce qui devrait inciter à relativiser la valeur d’un DPE flatteur.
À l’inverse, les logements neufs souffrent souvent d’un déficit de masse. Une étude du cabinet Pouget et IGNES montre que 94 % des logements classés A ayant un confort d’été jugé insuffisant n’ont pas de protections solaires extérieures. L’isolant en laine de verre posé côté intérieur, associé à une ossature légère, n’offre quasiment aucune capacité de stockage. Résultat : la chaleur qui entre reste, sans mur épais pour l’absorber ni volet pour la bloquer en amont.
La RE2020, une correction encore timide
Consciente du problème, la réglementation environnementale 2020 a introduit un nouvel indicateur, le DH (degrés-heures), censé mieux traquer les risques de surchauffe que l’ancien indicateur de la RT2012. La RE2020 introduit l’indicateur DH pour évaluer le confort d’été des bâtiments neufs : un logement est conforme si son DH reste sous 1250, et sous 350 il est considéré comme confortable. Sur le papier, l’avancée est réelle. Dans les faits, les professionnels du secteur restent sceptiques sur son efficacité.
« La réglementation est assez peu contraignante, puisqu’elle prend davantage en compte le confort d’hiver que le confort d’été », résume l’architecte Yann Champion, du cabinet bordelais Hobo Architecture. Un constat que partage un directeur technique bâtiments spécialisé, pour qui on ne devrait plus parler de confort d’été mais d’habitabilité ou de résilience aux fortes chaleurs, l’enjeu dépassant le simple confort quand des écoles ferment ou que des personnes fragiles sont mises en danger par les surchauffes des bâtiments. La méthode de calcul elle-même est critiquée pour son manque de réalisme. La météo de test ignore les surchauffes propres aux centres-villes et suppose des habitants ouvrant volets et fenêtres exactement au bon moment, tandis que la canicule de référence date de 2003, alors que les projections climatiques annoncent des épisodes plus intenses d’ici 2050.
Une étude récente confirme l’ampleur du problème sur le parc existant. Une étude publiée en juin 2026 par Pouget Consultants pour le syndicat IGNES a montré que près d’un logement sur deux serait classé en confort d’été « insuffisant », les auteurs estimant que la méthode de calcul est trop sommaire et appellent à la revoir. Un détail change tout pour les futurs acheteurs : cet indicateur n’a aucune influence sur l’étiquette énergétique de A à G, qui dépend uniquement de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre, si bien qu’un logement peut être très bien classé en énergie et signalé insuffisant en confort d’été. Autant dire qu’un acheteur pressé, focalisé sur la seule lettre du DPE, passe complètement à côté du vrai sujet estival.
La solution la plus efficace reste finalement la plus ancienne : des volets extérieurs qui bloquent le soleil avant qu’il ne traverse la vitre, plutôt que des rideaux intérieurs qui ne font que filtrer une chaleur déjà entrée. Un rapport commandé cet été par le ministère du Logement à un entrepreneur spécialisé dans l’immobilier doit d’ailleurs proposer une révision de cet indicateur DH, preuve que même les pouvoirs publics commencent à prendre la mesure du problème.
Sources : ocordo-travaux.fr | usinenouvelle.com


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