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Presque 100 ans que cela n'était pas arrivé : une épidémie majeure de fièvre jaune a frappé le Brésil en 2017-2018. Et la cause invoquée par des chercheurs de l'université de Princeton (États-Unis) pourrait bien vous surprendre.
La fièvre jaune, c'est une maladie hémorragique virale aiguë qui se transmet par piqûre de moustique. Et les moustiques, nous le savons désormais, ont impérativement besoin d'eau pour se reproduire.
Le moustique tigre est devenu l’ennemi public numéro un de nos étés. Mais que se passe-t-il vraiment dans sa tête lorsqu’il nous traque ? Pour ce premier épisode de notre série de l’été consacrée aux secrets des moustiques, Futura vous propose une expérience inédite : glissez-vous dans la peau d’une femelle Aedes albopictus. Éveillez vos super-sens, déjouez les pièges et tentez de perpétuer votre espèce. Prêt à relever le défi ?... Lire la suite
Pourtant, les modèles développés par l'équipe de Jamie Caldwell, et présentés dans la revue Science Advances, suggèrent aujourd'hui que la sécheresse qui régnait sur la région pourrait avoir favorisé l'épidémie.
Comment ? Notamment en poussant les moustiques forestiers et les primates tels que les ouistitis et les singes hurleurs à se rapprocher des villes - et de leurs habitants humains - pour trouver de l'eau. Ces conditions sèches auraient également pu inciter les moustiques à piquer plus fréquemment pour s'hydrater et éviter la dessiccation.
En quête d’eau, les ouistitis n’hésitent plus à s’aventurer dans les paysages urbains du Brésil. © Anaid Cárdenas-Navarrete, Université de Princeton
Quand le manque d’eau crée un foyer d’infection géant
Surprise, donc ! Alors même que de nombreux parasites et organismes vecteurs de maladies dépendent fortement de l'eau pour survivre, la sécheresse pourrait entraîner une recrudescence de certaines affections. C'est aussi ce que conclut une synthèse publiée dans la revue Trends in Ecology & Evolution : « La sécheresse modifie bien plus que les niveaux d'eau. »
Sur la base d'une centaine d'études, les chercheurs l'université du Colorado à Boulder ont identifié un mécanisme clé. Lorsque la sécheresse met à mal les rivières et les étangs, les animaux sont contraints de se rassembler autour des points d'eau et dans les habitats restants. Ces lieux peuvent devenir des foyers de transmission parasitaire parce que la probabilité que les hôtes nécessaires se côtoient augmente.
Le saviez-vous ?
Sur les 437 parasites connus pour infecter l’Homme, près de 65 % dépendent de l’eau. Et les parasites aquatiques peuvent décimer d’importantes sources de nourriture comme les poissons et les crabes. Ils nuisent également au tourisme et aux loisirs.
Le phénomène a été observé en Californie (États-Unis) en 2014. Une sécheresse sévère a poussé les grenouilles à se concentrer sur certains points d'eau et les taux d'infection par des parasites aquatiques ont explosé, entraînant aussi des infections plus graves.
Cet étang situé à Boulder (Colorado) s’est asséché pour la première fois depuis de nombreuses années au cours de l’été, en raison du manque de neige dans la région l’hiver précédent. © Pieter Johnson, Université de Boulder
Des défenses affaiblies… dans les deux camps
Mais ce n'est pas la seule façon dont les sécheresses modifient la propagation des maladies. Les larves de moustiques qui adorent les eaux stagnantes peu profondes peuvent profiter de la réduction de leurs prédateurs aquatiques pour proliférer.
Un piqueur en série rôde dans le jardin : suivez l’enquête qui démasque le moustique tigre
Après s’être glissé dans la peau d’une femelle Aedes albopictus, place à l’enquête de terrain. Le moustique tigre n’a pas besoin de parcourir des kilomètres pour gâcher vos soirées : il est souvent né à quelques mètres de votre terrasse. Pour ce deuxième épisode de notre série de l’été consacrée aux secrets des moustiques, Futura s’est joint aux experts de la B.R.A.M., la Brigade de Répression des Arthropodes Menaçants. Des coupelles de fleurs aux récupérateurs d’eau en passant par les réseaux de nos villes, passez votre extérieur au peigne fin et découvrez si, sans le savoir, vous n’offrez pas un gîte cinq étoiles au piqueur en série de l’été. Prêt à mener l’enquête ?... Lire la suite
Certains hôtes peuvent devenir plus sensibles aux infections. Comme c'est le cas pour les grenouilles que des étangs secs et chauds rendent plus vulnérables aux infections de type chytridiomycose. Les pénuries d’eau peuvent aussi contraindre les populations à s'approvisionner à des sources non potables. Et d'autres maladies, comme la fièvre de la vallée, se transmettent par le biais de poussières contaminées, dont la présence s'accroît en période de sécheresse.
Certains pathogènes, en revanche, ont tendance à moins bien se propager dans des conditions sèches. Les chercheurs évoquent ainsi les escargots vecteurs de la schistosomiase qui ont souffert d'une sécheresse prolongée au Kenya au début des années 2000.
« Dans un monde qui s'assèche, certaines infections disparaîtront de certains endroits, mais dans d'autres endroits, la transmission pourrait devenir si intense qu'elle compenserait la disparition de l'infection ailleurs », estime Pieter Johnson, professeur émérite au département d'écologie et de biologie évolutive de l'université du Colorado.
Les sécheresses façonnent l’évolution des maladies en modifiant la répartition des hôtes dans le paysage, en affectant la santé des hôtes et des parasites, et en favorisant les espèces tolérantes à la sécheresse. © Johnson et Stewart Merrill, Trends in Ecology and Evolution 2026
Un risque mondial amplifié par le réchauffement climatique
La sécheresse qui a précédé l'épidémie de fièvre jaune de 2017-2018 au Brésil était 9,5 % plus sévère qu'une sécheresse centennale. Avec le réchauffement climatique, les chercheurs s'attendent à une intensification de ces conditions sèches.
Ce n’est pas qu’une impression : des faits scientifiques prouvent que le réchauffement planétaire s’est largement accéléré depuis le début des années 2000, avec comme conséquences des vagues de chaleur et des sécheresses qui ont été multipliées par huit en l’espace de 25 ans.... Lire la suite
Au cours des dernières décennies déjà, plus de 77 % des terres émergées ont connu des conditions plus sèches, selon les Nations unies. Dans l'ouest des États-Unis, la pire « mégasécheresse » depuis 1 200 ans a réduit le niveau de réservoirs cruciaux, comme le lac Mead, à seulement un tiers de leur capacité.
Alors que le réchauffement climatique rend les sécheresses plus fréquentes, plus intenses et plus étendues, il semble désormais crucial de savoir quand, où, pourquoi et comment les parasites risquent de devenir problématiques. Répondre à ces questions pourrait bien nous éviter de futures crises épidémiques.


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