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On accusait les 16 000 habitants de l’île de Pâques d’avoir épuisé leur île : vus de l’espace, leurs champs semés de cailloux racontent une autre histoire

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16 000, voire 25 000 : c’est la population que de nombreux modèles prêtaient aux Rapanui, les habitants de Rapa Nui, nom local de l’île de Pâques. Une étude parue le 21 juin 2024 dans Science Advances avance un tout autre ordre de grandeur. Selon ses auteurs, les terres cultivées de l’île pouvaient nourrir environ 3 000 personnes.

Un facteur de 5 à 8 sépare les deux thèses.

L’enjeu dépasse la démographie. Rapa Nui sert depuis des décennies d’exemple de société qui aurait dépassé les limites de son île, jusqu’à un effondrement brutal. Dans ce récit, la montée puis la chute de la population auraient été portées par la construction, puis la surexploitation, de vastes jardins de pierres. L’équipe réunie autour de Dylan Davis, chercheur à l’université Columbia, avec notamment Robert DiNapoli, Gina Pakarati, Terry Hunt et Carl Lipo, a voulu vérifier ce point précis.

À retenir

  • La population maximale de l’île est estimée à environ 3 000 personnes, contre 16 000 à 25 000 auparavant.
  • Les jardins de pierres couvrent moins de 0,5 % de la surface de l’île, bien loin des 19 % annoncés.
  • Des données satellitaires infrarouges et un apprentissage automatique ont servi à cartographier ces parcelles.

Sommaire

  1. Des cailloux semés pour nourrir la terre
  2. L’infrarouge ondes courtes, un détecteur de cailloux
  3. Un chiffre qui rejoint les témoignages européens

Des cailloux semés pour nourrir la terre

Les jardins de pierres, aussi appelés « lithic mulching » par les archéologues, consistent à ajouter des roches sur les zones cultivées. Les cailloux augmentent les nutriments disponibles dans le sol et retiennent son humidité, ce qui améliore la productivité des plantes. La technique existe un peu partout dans le monde, bien au-delà du Pacifique.

Les modèles antérieurs reposaient sur l’étendue de ces jardins. D’anciennes estimations les faisaient couvrir jusqu’à 19 % de l’île, une surface capable de justifier des chiffres allant jusqu’à 16 000 habitants.

Sur le terrain, ces cartes ne tenaient pas.

Les chercheurs ont constaté que de nombreuses zones identifiées comme jardins de pierres auparavant avaient été mal classées. Ils ont donc cherché au sol des exemples sans ambiguïté, c’est-à-dire des parcelles couvertes de pierres dont la présence ne pouvait pas s’expliquer simplement par l’érosion. Ces points de contrôle ont ensuite servi à calibrer l’analyse des images satellites, pour obtenir une estimation fiable de la surface cultivée, donc de la population maximale possible.

L’infrarouge ondes courtes, un détecteur de cailloux

L’équipe a combiné imagerie satellite infrarouge à ondes courtes (SWIR) et apprentissage automatique. Cette gamme de longueurs d’onde sert d’ordinaire à la cartographie géologique, car elle distingue les compositions minérales et la teneur en eau. Selon Dylan Davis, ces signatures font ressortir les jardins de pierres de leur environnement. L’analyse s’appuie sur plusieurs années de données satellitaires à haute résolution, mêlant infrarouge court et proche infrarouge.

Le résultat tient en un chiffre : environ 188 acres de jardins de pierres, soit près de 76 hectares. Cela représente moins de 0,5 % de la surface de l’île. Une centaine de terrains de football, pour toute une civilisation.

Les cultures en jardins de pierres seules auraient nourri autour de 2 000 personnes, d’après plusieurs comptes rendus de l’étude. En ajoutant l’alimentation marine, estimée à 35 à 45 % du régime, l’île pouvait nourrir environ 3 000 personnes. Certains médias relaient une fourchette haute, un peu inférieure à 4 000 habitants, selon les hypothèses retenues pour la pêche et la cueillette.

Ce chiffre est une capacité estimée, pas un recensement.

Un chiffre qui rejoint les témoignages européens

L’étendue des jardins de pierres dans les zones côtières habitées concorde avec les estimations de population tirées des observations des premiers visiteurs européens. les carnets de bord et les cartes satellites racontent la même histoire à plusieurs siècles d’écart. Les auteurs jugent les estimations antérieures 5 à 20 fois trop élevées.

Cette lecture ne dépeint pas pour autant un peuple fragile. Dylan Davis insiste au contraire sur la résilience des habitants, qui ont su transformer leur environnement pour tenir malgré des ressources limitées. Les pierres répandues sur les parcelles en sont la trace visible. Une étude génétique publiée en septembre 2024 conteste elle aussi, par l’ADN ancien, la théorie d’un effondrement démographique.

La question dépasse le cas de Rapa Nui. Les auteurs rappellent que les communautés vivant dans des régions pauvres en ressources reviennent régulièrement dans les débats mondiaux sur l’effondrement des sociétés. Prendre l’île de Pâques comme parabole de la démesure humaine suppose de s’appuyer sur des chiffres solides. Or l’un des piliers de cette parabole, la surface cultivée, semble avoir été largement surestimé.

Reste une précision de méthode. Une capacité de charge indique ce que l’île pouvait nourrir au maximum, pas combien de personnes y ont réellement vécu à chaque époque. Les chercheurs parlent d’ailleurs de population maximale possible, et c’est bien ce plafond, d’environ 3 000 personnes, qui s’éloigne nettement des 16 000 à 25 000 supposés.

Sources : phys.org | yahoo.com

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