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Souvent redoutées parce qu'elles hébergent des virus susceptibles d'atteindre l'être humain, les chauves-souris ont notamment été soupçonnées d'être à l'origine ancestrale du coronavirus responsable de la Covid-19. Si leur rôle exact dans le déclenchement de la pandémie reste débattu, leur capacité à cohabiter avec certains agents pathogènes sans développer de formes graves intrigue les scientifiques.
Une étude publiée fin juillet 2026 dans Science Advances révèle une particularité génétique qui pourrait apporter une nouvelle pièce au puzzle de leur étonnante immunité.
Un double génome immunitaire jamais vu chez les autres mammifères
Nos anticorps sont produits à partir d'une « boîte à outils » génétique appelée locus de la chaîne lourde des immunoglobulines (locus IgH). Chez l'être humain et tous les autres mammifères connus jusqu'ici, il n'existe qu'un seul locus de ce type.
Google a créé une IA pour aider les chercheurs à décrypter le « génome obscur »
Seulement 2 % de notre ADN codent pour des protéines, les 98 % restants jouent très probablement un rôle dans la régulation de nombreuses fonctions biologiques de l’organisme. Mais lesquelles, précisément ? C’est encore largement un mystère… Pour tenter de percer celui-ci, des ingénieurs de Google ont mis au point une intelligence artificielle capable de prédire les conséquences biologiques des variations de ce « dark genome ». À la clé : une meilleure compréhension des maladies et de possibles nouveaux traitements.... Lire la suite
En analysant les génomes de chauves-souris de la famille des Vespertilionidés, des chercheurs des universités Tulane et Stanford, en collaboration avec les CDC américains, ont découvert une organisation inédite : onze espèces, dont la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus), possèdent deux locus IgH complets et fonctionnels, situés sur des chromosomes différents.
L'équipe a confirmé que les deux systèmes sont réellement utilisés par les cellules immunitaires pour produire des anticorps. Mieux : les cellules semblent privilégier le locus le plus petit et le plus compact. L'utilisation des deux systèmes varie également entre les cellules immunitaires, notamment parmi celles ayant déjà été exposées à un antigène, ce qui laisse entrevoir des fonctions différentes.
« Nous n'avions encore jamais rien observé de tel chez un mammifère », souligne Hannah Frank, coauteure de l'étude et professeure associée à l'Université Tulane.
L’analyse des génomes et des cellules immunitaires de plusieurs espèces permet aux chercheurs de mieux comprendre la résistance particulière des chauves-souris aux infections. Leurs travaux révèlent une diversité du système immunitaire des mammifères jusqu’ici insoupçonnée. © Kenny Lass, Université de Tulane
Peut-on s'inspirer de cette immunité pour mieux nous protéger ?
Cette découverte ne suffit pas à expliquer à elle seule pourquoi certaines chauves-souris tolèrent si bien des virus dangereux pour nous. Mais elle constitue « une pièce importante du puzzle » de leur immunité, selon les auteurs.
Une synthèse publiée en 2021 dans Nature avait déjà montré que leur immunité repose sur un équilibre particulier. Certaines espèces semblent capables de maintenir des défenses antivirales tout en limitant l'inflammation excessive. Chez l'être humain, au contraire, une réaction immunitaire disproportionnée peut endommager les tissus et contribuer à la gravité de certaines infections.
Jusqu'ici, ces mécanismes étaient surtout étudiés du côté de l'immunité innée, la première ligne de défense. Cette nouvelle étude attire l'attention sur l'immunité adaptative, celle qui produit des anticorps ciblés contre chaque agent pathogène.
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Aucun résultat ne permet aujourd'hui d'imaginer reproduire ce double locus chez l'être humain ni d'en tirer un traitement. Comprendre comment ces chauves-souris fabriquent et sélectionnent leurs anticorps pourrait toutefois aider les scientifiques à mieux cerner leur réponse aux infections et, à terme, imaginer de nouvelles stratégies pour mieux cohabiter avec les virus.


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