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Pour chaque Gilgamesh, Thor ou roi Arthur, plusieurs autres héros inconnus ont sans doute existé et ne seront jamais découverts. C'est ce que révèle l'historien Jean-Baptiste Camps, qui s'appuie sur une nouvelle méthode qu'il vient de mettre au point pour retrouver la trace des textes anciens.
Les noms communément associés aux contes épiques ne sont pas les seuls héros d'antan: ils sont en revanche les seuls qui ont survécu dans le temps, relate The Debrief. Baptiste Camps et ses collègues ont mis au jour une approche scientifique qui a permis d'estimer le volume de littérature ancienne perdue. Comment? En analysant les références des textes connus, souvent des textes chevaleresques datant du XIIᵉ siècle.
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Les conclusions de l'équipe sont sidérantes: selon leurs simulations, 60% des œuvres écrites à cette époque auraient totalement disparu. Et parmi les œuvres qui nous sont parvenues, plus de 95% des exemplaires manuscrits qui ont un jour existé auraient eux aussi été perdus à jamais.
Avant l'invention de l'imprimerie, les textes devaient être copiés à la main, avec leur lot d'erreurs et d'incohérences. Ce sont justement ces petites variations, d'une copie à l'autre, qui permettent aux chercheurs de reconstituer un outil appelé «stemma»: une sorte d'arbre généalogique du texte, qui retrace quelle copie provient de quelle autre.
Arbre généalogique
Mais ces arbres généalogiques ont une limite: ils ne peuvent évidemment être reconstitués qu'à partir des copies qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui. Toutes les versions intermédiaires, aujourd'hui disparues sans laisser de trace, restent invisibles. Contenaient-elles des informations essentielles pour comprendre les récits? Nous ne le saurons jamais.
De toute évidence, moins un texte est copié, moins il a de chances de nous parvenir. S'il ne reste aucune copie de l'œuvre originale, tous les dérivés qui ont survécu sont alors une branche secondaire de l'arbre généalogique de ce manuscrit. De quoi donner du fil à retordre aux spécialistes du langage par l'analyse des textes, appelés philologues, qui cherchent à savoir comment préserver le savoir issu des temps anciens.
Prenons l'exemple de la Chanson de Roland, ce récit du XIᵉ siècle, que nous avons pour beaucoup étudié au collège, relatant les exploits d'un chef militaire en 778 après J.-C.: il s'agit de la plus ancienne œuvre de la littérature française qui nous soit parvenue. La version du héros la plus connue nous provient de plusieurs copies manuscrites différentes faites au cours du temps. On peut en déduire qu'il s'agissait d'un récit très populaire, mais cela signifie aussi que ses versions les plus anciennes, celles d'origine, nous sont probablement inconnues aujourd'hui.
Comment un tel savoir a-t-il pu autant se perdre au fil du temps? Cela provient-il d'un accident majeur, comme l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie? Ou de toute une série de facteurs s'étalant sur une longue période qui ont conduit à la perte de cette connaissance ancienne?
Toute une série d'autres cas impliquant des événements aléatoires, des accidents et des catastrophes naturelles mettent en évidence d'autres raisons expliquant la fragilité du savoir. L'une d'entre elles, soulignée par Camps et ses collègues, est évidente: la peste noire qui, en plus de ravager l'Europe et de décimer les populations, a probablement aussi contribué de manière significative à la destruction de manuscrits antiques.





























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