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Route 66, le pouls de l’Amérique
L’épisode 4 sera disponible prochainement.
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Reportage« Sur la Route 66, pouls de l’Amérique » (3/6). Entre un Oklahoma ultraconservateur hanté par le racisme et un Nouveau-Mexique où une Amérindienne pourrait être élue gouverneure de l’Etat, de nombreuses voix s’élèvent pour ne jamais oublier un passé que l’Amérique blanche préfère encore largement ignorer.
Ils furent les effacés de la Route 66. Dans Les Raisins de la colère, qui raconte l’exode de métayers de l’Oklahoma ruinés par les tempêtes de poussière vers la Californie, John Steinbeck les mentionne à peine. « Pour cette terre, mon grand-père a tué les Indiens et mon père a tué les serpents », écrivait en 1939 le futur Prix Nobel de littérature. Quant aux Afro-Américains, ils ne sont évoqués qu’à propos d’une « bonne femme », qui, « un jour, sans prévenir, voilà qu’elle a accouché d’un petit Noir. Jamais on l’a attrapé, le Nègre ». En ce centenaire, les souvenirs sont amers sur la portion de route qui va de Tulsa (Oklahoma) à Santa Fe, capitale historique du Nouveau-Mexique.
« Nous n’avions même pas le droit – ma communauté, mon peuple, les Noirs – de fréquenter les commerces et les établissements situés le long de la Route 66, en raison de la ségrégation. C’est pour cela qu’il y avait le Green Book [guide pour les Afro-Américains qui indiquait les villes et pompes à essence qui toléraient les Noirs] », peste Vanessa Hall Harper, représentante au conseil municipal du quartier noir de Tulsa, qui fut l’objet d’un massacre raciste en 1921, effacé pendant un siècle. « Lorsqu’on parle de la Route 66, on n’en évoque pas toute l’histoire. C’est une manière d’en occulter les aspects sombres », accuse-t-elle.
Quant aux Amérindiens, leur regard est d’une ironie cruelle, comme en témoigne, 1 000 kilomètres plus à l’ouest sur la route, l’artiste Robert King. Ce métis de la nation Choctaw nous reçoit dans sa galerie à Galisteo, un village au sud de Santa Fe, qui fut au cœur de la révolte des Pueblos en 1680 – la seule révolte amérindienne qui réussit à chasser les Espagnols pendant douze ans. « Le parcours de ma vie a, d’une certaine manière, suivi la Route 66 », explique l’homme, qui a passé son enfance dans une réserve de l’Oklahoma. « Mais nous existions bien avant la Route 66, depuis un millier de générations », précise-t-il.
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