NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Autrice, comédienne et chanteuse diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal il y a un peu plus de quinze ans, Elisabeth Sirois est une bombe d’énergie et de talent dont on s’explique mal qu’elle soit encore un secret si bien gardé. Que le Théâtre de l’Opsis ait l’audace de coproduire sa première véritable pièce, la cinglante Nomme-moé, est une source de réjouissance et d’espoir. Présenté à l’Espace Go, le spectacle mis en scène par Olivier Morin est aussi hilarant qu’irrévérencieux.
Myriam Fournier et Elisabeth Sirois sont Eve et Chloé, de vieilles amies, deux inséparables, presque des sœurs. On les retrouve sur le trottoir alors qu’elles sortent tout juste de leur cours de yoga. Capables de s’adresser les pires vacheries sans jamais prendre la mouche, elles s’expriment de manière tout aussi décomplexée lorsqu’il s’agit de pointer les comportements douteux de leurs contemporains. On sent déjà qu’on va passer un très bon moment avec ces deux-là, qui n’ont pas la langue dans leur poche… mais on n’a encore aucune, mais alors là aucune idée de ce qui nous attend.
Soudain, Eve et Chloé hurlent de frayeur. Un gros camion est passé en trombe. Les aurait-il heurtées ? C’est que les deux femmes semblent étrangement confinées à la plateforme sur laquelle elles se trouvent, une sorte de passerelle qui pourrait bien relier le monde des vivants et celui des morts, comme un pont suspendu entre deux réalités, un tremplin qui s’avancerait vers l’au-delà. Imaginé par Anne-Sara Gendron (scénographie) et Marie-Aube St-Amant Duplessis (lumières), cet espace aux riches perspectives finira par révéler toute son ampleur tragique.
Jeu de vilaines
En observant Eve et Chloé en captivité, on pense nécessairement à En attendant Godot, mais dans une version bien plus abrasive que celle de Beckett. Pour passer le temps, les deux amies jouent à « Nomme-moé ». D’abord inoffensive — « Nomme-moé quatre sortes de pâte à dents » ou « Nomme-moé dix sortes de céréales » —, la partie se corse avec des catégories comme « Nomme-moé cinq auteurs femelles québécoises », ce que Chloé parvient à faire de peine et de misère, et « Nomme-moé cinq exemples d’appropriation culturelle », qui vient donner au petit jeu un caractère plutôt grinçant.
Sous des dehors anecdotiques, l’écriture de Sirois déploie une critique sociale et féministe d’autant plus féroce qu’elle embrasse les paradoxes, se fait un plaisir de mettre en relief les contradictions qui rendent les protagonistes dures à suivre, certes, mais aussi terriblement humaines. Dans cette représentation de la complexité du présent, un monde où les visions les plus irréconciliables s’affrontent sans cesse, où il est possible de s’opposer dur comme fer à un diktat tout en s’y conformant avec allégresse, ce sont toutes les injonctions adressées aux femmes qui sont épinglées, qu’elles concernent le couple, le travail, le comportement ou le corps.
Au moment où débarque Erica, la maquilleuse incarnée par Sharon James, c’est le début d’un tutoriel qui met les zygomatiques à rude épreuve. Lorsque la femme noire réalise qu’elle a oublié sa palette pour femme blanche, elle fait contre mauvaise fortune bon cœur et se lance dans l’exécution d’un blackface pour le moins troublant — d’autant qu’il est retransmis en gros plan sur un écran géant —, mais aussi complètement désopilant, surtout quand on pense que les trois comédiennes étaient de la distribution initiale de SLĀV, le spectacle de Robert Lepage et de Betty Bonifassi.
Soigneusement dirigées par Olivier Morin, les actrices sont d’une formidable rigueur comique. Flirtant avec la caricature sans jamais y sombrer, elles profèrent des énormités avec une conviction inébranlable, plongent dans l’absurde avec délice, mais sans jamais sacrifier la nuance. On vous laisse découvrir de quelle manière un brin surnaturelle se conclut leur aventure, mais on ne peut s’empêcher de vous dire qu’il est question d’estime de soi, de sororité et de cette grande histoire d’amour qu’est parfois l’amitié.


3 month_ago
27



























.jpg)






French (CA)