Comment un poisson peut-il regarder à travers son propre crâne ? Au large de la baie de Monterey, une équipe de chercheurs a eu la surprise de croiser le chemin du poisson-baril, cette créature des profondeurs à la tête transparente. Les scientifiques ont été « fascinés » par l’observation de Macropinna microstoma à 600 mètres de profondeur.
À retenir
- Des chercheurs du MBARI ont observé un poisson-baril (Macropinna microstoma) à 600 mètres de profondeur dans la baie de Monterey, lors d’une mission initialement dédiée aux animaux gélatineux.
- Ce poisson possède une tête transparente en forme de dôme abritant deux yeux verts rotatifs, lui permettant d’orienter son regard pour repérer ses proies dans la pénombre des profondeurs.
- L’animal est resté immobile face à la caméra pendant environ 20 minutes, une durée exceptionnelle qui a permis aux scientifiques de le photographier sous tous les angles, alors que le mystère sur la fonction exacte de ses yeux reste entier.
Une tête de verre et des yeux qui pivotent : l’anatomie hors norme du poisson-baril
Crédit : © MBARILe poisson-baril, de son nom scientifique Macropinna microstoma, fait partie de ces animaux qu’on n’oublie pas une fois qu’on les a vus. Sa tête est recouverte d’un dôme transparent, comme une bulle de verre posée sur son crâne. À l’intérieur de cette capsule, deux grands yeux verts et globuleux peuvent pivoter librement.
Cette particularité anatomique lui permettrait d’orienter son regard selon les besoins, une caractéristique qui participe à son aspect singulier parmi les créatures des profondeurs.
L’espèce vit dans la zone crépusculaire, cette tranche d’eau comprise entre 200 et 1 000 mètres de profondeur. Là, la lumière du soleil s’estompe rapidement, laissant place à un univers froid et sombre où chaque adaptation compte pour survivre.
Face à ces conditions extrêmes, Macropinna microstoma a développé des nageoires plates qui lui servent à rester immobile pendant de longues périodes, en attendant qu’une proie passe à portée de ses yeux rotatifs.
Vingt minutes face caméra : la rencontre qui a surpris des chercheurs aguerris
Tout a commencé lors d’une mission consacrée à un tout autre sujet. Des scientifiques de l’aquarium et institut de recherche de la baie de Monterey (MBARI) exploraient les eaux au large à bord du navire de recherche David Packard, pour étudier des animaux gélatineux comme les méduses, les siphonophores et les cténophores.
Cette expédition de huit jours, baptisée « Plongée en profondeur pour les dérivants fragiles », les a menés à environ 90 kilomètres des côtes, avec à leur disposition le véhicule télécommandé Doc Ricketts. L’objectif était de comprendre comment les créatures gélatineuses s’adaptent à la vie en profondeur.
Mais alors que l’équipe s’apprêtait à remonter à la surface, à environ 600 mètres de profondeur, un visage bien différent est apparu devant les caméras du ROV. La nouvelle a pris tout le monde de court, au point que plusieurs membres de l’équipe étaient déjà au laboratoire pour cataloguer leurs échantillons.
« C’est toujours un plaisir de tomber par hasard sur un poisson aussi rare et unique que celui-ci », a déclaré Kyra Schlining, spécialiste de recherche au MBARI, à IFLScience. Elle précise que la dernière observation du genre remontait à 2021, avant que les ROV ne soient équipés de caméras 4K.
Habituellement, ces poissons ne se laissent observer que quelques minutes avant de disparaître dans l’obscurité. Celui-ci est resté près de 20 minutes face à l’objectif, offrant aux chercheurs l’occasion de le photographier sous tous les angles.
Voir sans être vu : le mystère encore non résolu de ses yeux verts fluorescents
La teinte verte si particulière des yeux du poisson-baril intrigue les scientifiques depuis longtemps. L’hypothèse la plus répandue veut qu’elle lui permette de distinguer la lumière naturelle de la lumière bioluminescente, pour mieux repérer ses proies à contre-jour.
Mais pour Steven Haddock, scientifique principal du MBARI, cette explication ne suffit pas à tout expliquer. « Il existe des hypothèses sur la fonction du dôme transparent et de ses yeux tubulaires rotatifs, mais je pense que nous ne savons toujours pas exactement ce qu’il recherche pour détecter sa proie », a-t-il confié à IFLScience.
Il s’interroge aussi sur le rôle précis de la pigmentation verte des lentilles, et formule une question qui résume bien le mystère entourant cette créature : « À quoi ressemble le monde vu de ses yeux ? »
Ce qui a particulièrement marqué Haddock durant cette rencontre, c’est le calme du poisson. « J’adore le calme du poisson, presque comme s’il avait été filmé au ralenti », a-t-il expliqué. Il contraste ce comportement avec celui d’autres prédateurs des profondeurs, comme les poissons-dragons, qui s’immobilisent quelques secondes avant de filer.
Cette fois, les 20 minutes de présence ont permis à l’équipe de tester différents angles d’éclairage, et même de positionner l’animal devant une caméra de réalité virtuelle, un luxe rarement accordé par ce visage fantomatique des grands fonds.
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Source : MBARI


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