Le parti d’extrême droite gagne Nice grâce à son allié Eric Ciotti mais il ne parvient pas à remporter de très grandes villes comme Marseille et Nîmes. Le RN ajoute toutefois dans son escarcelle de nombreuses villes grandes ou moyennes à l’image de Carcassonne ou Montargis.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 08:00 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Marseille reste à gauche et le Rassemblement national (RN) échoue à s’emparer de la deuxième ville de France, malgré une percée inédite de l’extrême droite qui talonnait la liste du maire socialiste sortant Benoît Payan au premier tour. Celui-ci creuse l’écart et l’emporte avec de 53 % à 56,2 % des voix contre de 39,1 % à 41,5 % pour le candidat RN Franck Allisio, un ancien LR, selon les estimations.

L’histoire se répète dans la cité phocéenne où Jean-Marie Le Pen avait pu s’imaginer maire de Marseille après être arrivé en tête à la présidentielle de 1988 à Marseille devant François Mitterrand et Jacques Chirac avant de renoncer en fin de compte à être candidat aux municipales de 1989.

Le RN défait à Toulon, vainqueur par alliance à Nice

Le RN se heurte de nouveau à un plafond de verre dans les très grandes villes. À Toulon (Var), la députée Laure Lavalette, qui était arrivée largement en tête, s’incline face à la maire sortante divers droite Josée Massi réélue avec plus de 52 % des voix après le désistement du candidat LR. Toulon avait pourtant été la première grande ville française gérée par le RN de 1995 à 2001.

Il y a toutefois une exception à Nice. La cinquième ville de France qui a déjà été dirigée par un maire ex-RN de 1995 à 2008 rebascule à l’extrême droite avec la victoire d’Eric Ciotti, le candidat de l’UDR (Union des droites pour la République) allié du RN qui l’emporte avec plus de 47 % des voix et 10 points d’avance sur le maire sortant Horizons Christian Estrosi qui était soutenu par LR. Cette large victoire est surtout celle de l’implantation locale d’Eric Ciotti qui a su faire tourner à son avantage la rivalité entre les deux frères ennemis de la droite sur la Côte d’Azur.

  • Après avoir talonné le maire socialiste sortant Benoît Payan au premier tour, le candidat du RN à Marseille Franck Allisio, un ancien LR, est largement battu au deuxième tour. Photo Sipa/Alain Robert

    Après avoir talonné le maire socialiste sortant Benoît Payan au premier tour, le candidat du RN à Marseille Franck Allisio, un ancien LR, est largement battu au deuxième tour. Photo Sipa/Alain Robert

  • Publicité
  • Eric Ciotti, nouveau maire de Nice, succède à Christian Estrosi. Photo Sipa/Syspeo

    Eric Ciotti, nouveau maire de Nice, succède à Christian Estrosi. Photo Sipa/Syspeo

  • Laure Lavalette a échoué à remporter Toulon (Var). Philippe Magoni/SIPA

    Laure Lavalette a échoué à remporter Toulon (Var). Philippe Magoni/SIPA

L’absence d’alliance avec LR

Jordan Bardella, le président du RN, a rejeté la faute de la victoire de la gauche dans plusieurs mairies de grandes villes sur la droite classique. « En refusant l’alliance à Nîmes ou à Marseille, LR porte la lourde responsabilité de livrer deux grandes villes françaises au désordre de l’extrême gauche », a-t-il déclaré en évoquant « la fin d’un vieux monde à bout de souffle ».

En réalité, à Marseille, le retrait de la candidate de droite Martine Vassal qui avait obtenu 12 % des voix au premier tour, n’aurait probablement rien changé. Un sondage réalisé avant le deuxième tour montrait que moins d’un quart de son électorat avait l’intention de voter pour le RN au deuxième tour contre un tiers qui voulaient faire barrage à l’extrême droite en votant pour le maire socialiste sortant. À Nice en revanche, le refus de Bruno Retailleau, le président de LR, de soutenir Christian Estrosi face à Eric Ciotti a été critiqué à droite car il relance l’idée d’une alliance possible avec l’extrême droite.

Agde, Carcassonne... le RN conforte son implantation locale

Si l’extrême droite ne parvient pas non plus à emporter Nîmes, la plus grande ville gérée par LR qui tombe dans l’escarcelle du Parti communiste, le RN gagne de nombreuses villes grandes ou moyennes. Ces conquêtes un peu partout en France s’ajoutent aux maires sortants qui ont été brillamment réélus dès le premier tour ou au deuxième tour. Le parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen conforte son implantation locale. Il va gérer désormais Agde (Hérault), Carcassonne (Aude), Liévin (Pas-de-Calais), Montargis (Loiret), Orange et Carpentras (Vaucluse), Tarascon (Bouches-du-Rhône), Castres (Tarn), La Flèche (Sarthe), La Seyne-sur-Mer (Var), Saint-Avold (Moselle) et Menton (Alpes-Maritimes) entre autres.

Jordan Bardella y voit « une dynamique chaque jour plus puissante au service de nos idées ». Le président du RN se projette déjà en 2027 pour la présidentielle. « Ces succès aux municipales ne sont pas un aboutissement mais le commencement d’une alternance », veut-il croire.

Avant cela, le parti d’extrême droite se penchera sur les élections sénatoriales de septembre prochain, avec l’objectif de créer un groupe au Sénat. Dès ce lundi matin, le RN va s’employer à compter les voix, dans les mairies, qui pourraient lui permettre d’y parvenir.

Articles les plus lusÉlections