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L’ancien curé de Saint-Philippe-du-Roule (Paris), révélé au grand public par le film « Sacerdoce », s’est éteint à l’âge de 71 ans. Il laisse le souvenir d’un homme vigoureux qui marquait par sa profonde humanité. Ses obsèques seront célébrées mardi 26 mai à Saint-Sulpice.
Ce prochain mardi, les obsèques d’un prêtre seront célébrées à l’église Saint-Sulpice. La cérémonie sera présidée par l’archevêque du lieu, Mgr Ulrich, et le prêche assuré par l’évêque de Fort-de-France Mgr Macaire. La paroisse Notre-Dame du Travail, où le défunt avait officié, eut été trop exiguë pour accueillir l’assistance qui se pressera cet après-midi, réunie dans l’action de grâce pour la vie du Père Potez et les fruits qu’elle a produits.
Est-ce un prestigieux évêque à qui l’Église s’apprête à dire adieu, un clerc médiatique, un grand théologien ? Non un curé de paroisse, mais dont le rayonnement personnel avait fait, aux yeux de milliers de gens, une boussole précieuse pour les temps présents.
Le père François Potez avait reçu un charisme, celui de l’autorité. Non pas celle du chef qui assène, ni du gourou qui manipule, non : sans jamais se défiler devant les sollicitudes, il était naturellement porteur d’une parole qui aide à discerner et qui fait grandir. Cette autorité, il la devait à sa stature humaine, à son expérience d’une vie riche placée sous le signe des tribulations : qu’on vienne le consulter, il écoutait, réfléchissait, priait en silence ; et sans aucune théâtralité, son propos tombait. Et tombait juste.
Officier de marine
Le père Potez avait été officier de marine, et heureux de l’être ; il avait aimé commander à des hommes sur un bateau, les conduire. Il en avait gardé le charisme naturel du meneur, mais sans en jouer. Il était né en 1955 dans une famille nombreuse du Havre. Il parlait de ses parents avec reconnaissance, notamment de son père dont il confiait qu’il était devenu au fil des ans un véritable « ami » - c’est dire l’importance qu’il attachait à la qualité des relations humaines.
En 1982, il entre dans la communauté Saint-Jean alors en plein essor. Il quittera l’ordre au milieu des années 1990, ayant certainement perçu les carences voire les failles de cette jeune famille spirituelle, notamment dans la formation intellectuelle, spirituelle et humaine de ses membres - les révélations terribles concernant le fondateur ne seront révélées que bien plus tard.
Quand il quitte l’habit gris des frères, il est incardiné à Paris où le cardinal Lustiger n’a pas pu ne pas remarquer cette personnalité forte, rayonnante, et sans cesse positive en dépit d’un parcours apparemment sinueux. Il lui confie la délicate mission d’être curé de Saint-Eugène-Sainte-Cécile (9e arrondissement), paroisse où sont célébrés les deux rites, tridentin et de Paul VI. Une charge requérant souplesse et autorité : « Deux communautés, c’est-à-dire le double de récriminations », résumait-il avec humour.
Il sera ensuite curé de Notre-Dame-du-Travail dans le 14e arrondissement, puis ces dernières années de Saint-Philippe-du-Roule. Paroisse populaire ou des beaux quartiers, partout, il prenait à cœur son rôle de pasteur, se dévouant à ses ouailles, sans rien rogner de son caractère et de sa personnalité.
Un prêtre heureux de l’être
On ne peut évoquer la vie du père Potez sans prononcer un nom : l’Eau vive. Il joua un grand rôle dans cette association catholique d’éducation célèbre pour ses camps en montagne. Il y excella, parlant aux jeunes en vérité, les prenant au sérieux sans craindre de retrouver à leur contact le vocabulaire rugueux du marin. Les mots fusaient, ils faisaient mouche. Les intéressés s’en trouveraient marqués à jamais. Ces jeunes, il les retrouverait souvent, à l’aube de leur vie de couple, préparant d’innombrables fiancés et célébrant leur messe de mariage. La fraîcheur, l’enthousiasme, la foi de la génération montante l’émerveillait. Il leur communiquait le goût de l’engagement, de la ténacité dans l’adversité : « Soyez des saints, le reste on s’en fout. »
Le grand public a certainement remarqué ce prêtre lumineux lors de la sortie du film Sacerdoce (2023) puis de Sacré-Coeur, de Sabrina et Steven Gunnell (2025). Dans l’une et l’autre production, il frappe par son humanité, sa clarté et sa profondeur. C’était un prêtre heureux de l’être, heureux aussi de professer son amitié inaltérable avec le Christ.
Un livre, La Grave Allégresse (Mame), avait levé un coin de voile sur le rôle d’aîné qu’il exerça auprès des jeunes prêtres. Dans des pages admirables, qui valent pour les clercs et les hommes mariés, il détourne le lecteur de la mondanité facile, leur enseigne que la ferveur doit s’accompagner de tempérance et de prudence. Lui que sa personnalité aurait pu faire verser dans le vedettariat, il savait se protéger des « fans ».
Une grave allégresse : c’est certainement l’état d’esprit qui animera ce mardi l’assemblée de Saint-Sulpice, désireuse de dire adieu et surtout merci à un pasteur joyeux et généreux qui servit et donna beaucoup jusqu’à son dernier souffle.


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