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Le musicien de légende s’est éteint « dans sa maison de Woodstock, New York », a annoncé sa page officielle. L’Américain était considéré comme l’un des plus grands saxophonistes du monde.
Par Maxime Dhuin avec AFP

THEO WARGO / Getty Images via AFP
Mort de Sonny Rollins : le « colosse du saxophone », figure de la scène jazz, est décédé à l’âge de 95 ans. (photo d’illustration en octobre 2015)
C’était la dernière figure des grands de l’âge d’or du jazz. Sonny Rollins, le « colosse du saxophone », est mort lundi 25 mai à l’âge de 95 ans, indique sa page officielle. Le musicien américain, connu pour ses œuvres aussi impétueuses que contemplatives, était considéré comme l’un des plus grands saxophonistes au monde, aux côtés de Charlie Parker, Coleman Hawkins ou John Coltrane.
« C’est avec une profonde tristesse et un immense amour que nous annonçons le décès de Sonny Rollins », indique le compte X officiel de l’artiste. Il y est écrit que « le colosse du saxophone est décédé cet après-midi [lundi, ndlr] dans sa maison de Woodstock, New York, à l’âge de 95 ans », sans préciser les causes de la mort.
Surnommé ainsi d’après le titre de son chef-d’œuvre de 1956, l’album « Saxophone Colossus », Sonny Rollins s’est imposé par une puissance novatrice qui s’exprime dans le hard bop, un jazz intense débarrassé des contraintes structurelles du genre. « Quand je joue et j’improvise, je ne réfléchis pas, parce que la musique vient de l’inconscient, d’ailleurs » déclarait-il en 2010 au site The Root.
Reconnaissable ces dernières années à sa barbe et son imposante chevelure blanches, il était considéré comme l’un des plus grands saxophonistes au monde, aux côtés de Charlie Parker, Coleman Hawkins ou John Coltrane. Contrairement à beaucoup d’artistes de cette période du jazz d’après-guerre, disparus prématurément, Sonny Rollins aura connu une carrière longue et prolifique.
Une carrière lancée très jeune et aux côtés des plus grands
L’Américain a travaillé au-delà de ses 80 ans malgré des problèmes respiratoires qui limitaient ses performances. Dans un entretien à l’AFP en 2016, il attribuait sa longévité au yoga – qui l’a préservé de l’alcool et de la drogue – mais aussi et surtout à sa soif de création. « Je suis toujours en vie parce que j’apprends encore », expliquait-il.
Né à New York le 7 septembre 1930, Theodore Walter Rollins grandit à Harlem, épicentre de la culture afro-américaine, où il fait son éducation musicale au célèbre Apollo Theater. Il enregistre pour la première fois en janvier 1949, alors qu’il n’a que 18 ans, et deux ans plus tard, il a déjà joué avec des légendes du jazz comme Charlie Parker, Miles Davis, ou encore Thelonious Monk.
Né de parents originaires des îles Vierges, il intègre son héritage caribéen dans sa musique, comme dans St. Thomas, sans doute son morceau le plus connu, construit sur la base d’un calypso entendu quand il était enfant. En 1959, désireux de fuir une célébrité naissante, il prend ses quartiers sur le pont de Williamsburg qui relie Brooklyn à Manhattan, où il joue jour et nuit pendant trois ans, qu’il pleuve ou qu’il vente. L’expérience lui inspirera The Bridge, sorti en 1962.
En 1966, il s’accorde une nouvelle pause, s’initie à la méditation zen au Japon avant de passer plusieurs années dans un ashram en Inde, où il arrive avec un sac et son saxophone.
Un témoin de son temps
En 1958, en plein mouvement des droits civiques, Sonny Rollins écrit « Freedom Suite », un album qui fait écho à la lutte des Noirs américains pour l’égalité. Si le morceau titre témoigne sur plus de 19 minutes de sa liberté artistique, Rollins l’accompagne d’un message audacieux pour l’époque.
« L’Amérique est profondément enracinée dans la culture nègre : ses expressions familières, son humour, sa musique. Quelle ironie que le nègre, qui, plus que tout autre, peut revendiquer la culture de l’Amérique comme la sienne, soit persécuté et opprimé », écrit-il.
Plusieurs décennies plus tard, Rollins exprimera par son saxophone la douleur des Américains après les attentats du 11-Septembre. Quatre jours après avoir évacué, comme des milliers de New-Yorkais, son immeuble situé non loin du World Trade Center, il donne un concert à Boston, qui deviendra un album live, « Without a song : The 9/11 Concert », à la mémoire des victimes des attentats.
L’album sortira en 2005, un an après le décès de celle qui fut son épouse et manager pendant près de 40 ans, Lucille. « À une époque de ma vie, j’ai pensé que ce monde pouvait changer et devenir plus pacifique, avec plus d’amour entre les gens et de l’espoir », confiait-il en 2016. « Mais j’ai appris et j’ai vécu un peu plus. J’ai compris que ce monde ne changera jamais. Ce monde est destiné à être un lieu de guerres, de tueries, de maladie, de mort. Ça, c’est notre monde. »


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