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Culture 04/06/2026 10:04 Actualisé le 04/06/2026 12:40
Derrière l’immense succès de « Persepolis », bande dessinée sur son enfance et sa jeunesse en Iran, l’autrice et réalisatrice de 56 ans disposait d’une riche carrière.

MIGUEL RIOPA / AFP
Marjane Satrapi, ici en 2024 lorsque elle est devenue lauréate du Prix Princesse des Asturies en communication et humanités.
Disparition soudaine. Autrice de la bande dessinée Persepolis et du film d’animation éponyme sorti en 2007 au cinéma, l’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi est décédée, a-t-on appris ce jeudi 4 juin. Elle avait 56 ans.
L’entourage de Marjane Satrapi a dévoilé cette nouvelle assourdissante à l’AFP. « Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie », indique le communiqué de ses proches. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.
Après une jeunesse en Iran, marquée par la Révolution islamique de 1979, la jeune Marjane Satrapi commence à publier dès l’année 2000 le premier tome de ce qui sera sa plus grande œuvre Persepolis, six ans après son arrivée en France, où elle avait rejoint l’Atelier des Vosges, repaire d’artistes de BD à Paris, où évoluait également Joann Sfar.
Un succès fulgurant avec Persepolis
Récit autobiographique, politique et sociétal puissant, les quatre tomes de Persepolis (Éditions L’Association) sont tous sortis entre 2000 et 2003, lui ouvrant les portes du succès en France mais aussi à l’international. La BD, traduite dans plus 20 langues, est un succès rare pour une jeune autrice alors totalement inconnue du grand public.
En noir et blanc, cette bande dessinée primée en 2001 au festival de BD d’Angoulême raconte les différentes étapes de la vie de la petite Marjane. Enfance à Téhéran, révolution islamique, joug des mollahs, adolescence et choc culturel douloureux lors de son arrivée en Europe, à Vienne, Persepolis est un récit marquant, touchant et profondément politique évoquant à la fois l’exil et la quête d’identité. Les quatre tomes de Persepolis sont d’ailleurs interdits en Iran à cause de la critique du régime iranien.

StudioCanal
Série de bande dessinée autobiographique, « Persepolis » a d'abord été publié en quatre tomes avant de devenir un film d’animation à la renommée intenrationale.
Pour Marjane Satrapi, le succès est tel qu’une adaptation en film voit le jour en 2007. Passé par le Festival de Cannes, il obtient le Prix du jury (ex aequo avec Lumière Silencieuse), la Palme Dog (pour Yuki) et se retrouve même dans la course à l’Oscar du meilleur film d’animation mais se heurte au succès de Ratatouille. En France, le film coréalisé avec Vincent Paronnaud décroche les César du meilleur premier film et de la meilleure adaptation en 2008.
Carrière marquante au cinéma
Artiste multicasquette, Marjane Satrapi était aussi réalisatrice de film, scénariste, illustratrice et compositrice. Après Persepolis, sa carrière se poursuit surtout au cinéma, d’abord en tant qu’actrice dans Les Beaux Gosses de Riad Sattouf, où elle incarnait un petit rôle de vendeuse dans un magasin de musique. Par ailleurs, Persepolis est l’arbre qui cache la forêt puisque sur la période de parution et d’écriture des tomes de Persepolis, Marjane Satrapi a également publié d’autres BD, comme Ulysse au pays des fous, Les Monstres n’aiment pas la lune ou encore Broderies.
En 2011, elle passe à la réalisation en prise de vues réelles (toujours en duo avec Vincent Paronnaud) pour Poulet aux prunes. Une autre adaptation de l’une de ses bandes dessinées se déroulant en Iran, où l’on retrouve Édouard Baer, Golshifteh Farahani, Maria de Medeiros et Mathieu Amalric au casting. Deux ans plus tard, elle réalise La Bande des Jotas, où elle occupe d’ailleurs l’un des rôles principaux.

Le Pacte
Plan du tiré du film « Poulet aux prunes » de Marjane Satrapi, avec Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros et Golshifteh Farahani.
Toutefois, sa carrière prend encore une autre ampleur en 2014 avec The Voices, film méconnu mais incontournable de sa carrière. Comédie d’horreur en partie produite aux États-Unis et avec la star Ryan Reynolds dans le rôle principal, The Voices prouve la grande versatilité de Marjane Satrapi sur grand écran avec cette sombre et hilarante histoire d’homme solitaire et schizophrène qui dialogue avec son chien et son chat.
Sa carrière se poursuit au cinéma avec Radioactive, biopic expérimental sorti en 2019 sur la vie et l’œuvre de Marie Curie, incarnée par Rosamund Pike. En parallèle, elle continue sa carrière d’artiste, notamment en peignant de nombreux portraits de femmes. On lui doit aussi une tapisserie olympique, conçue pour les JO de Paris 2024, désormais exposée au Musée du sport de Nice.
Adversaire acharnée du régime de Téhéran
Une carrière riche, également marquée par ses nombreuses prises de position en lien avec la répression du peuple en Iran, son pays d’origine. Car bien que franco-iranienne depuis 2006, Marjane Satrapi n’a jamais oublié de prendre position contre le régime iranien. Après son prix à Cannes pour Persepolis, elle déclarait : « Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens ». Ces dernières années encore, elle dénonçait régulièrement les agissements de la République islamique d’Iran.
Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait d’ailleurs refusé la Légion d’honneur française en 2025 pour dénoncer « l’attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran », qui connaissait alors une nouvelle vague de répression. « Depuis un moment, j’ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l’Iran », avait-elle expliqué dans un post sur Instagram, regrettant que de « jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas ».
En retrait de la vie médiatique depuis la disparition de son mari, l’artiste partageait sur son compte Instagram son chagrin causé par cette immense perte. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi : « I Lost the love of my life » (j’ai perdu l’amour de ma vie).
Ce jeudi, plusieurs auteurs et autrices françaises lui ont immédiatement rendu hommage. Tous « sous le choc ». Comme Riad Sattouf, qui a rappelé sur Instagram que l’œuvre de Marjane Satrapi avait « ouvert une voie que beaucoup ont suivie, et moi le premier ». « J’ai pas les mots, je suis sidérée et très, mais alors très, très, triste », a également écrit Pénélope Bagieu. Joann Sfar a, lui, partagé un dessin de leur « dernière conversation ». « Tu as changé le monde avec des bandes dessinées et tu t’en foutais des bandes dessinées. J’ai perdu ma sœur jumelle », a-t-il écrit.
Le président français Emmanuel Macron a souligné dans un communiqué « une figure de la culture française et une artiste éprise de liberté, dont l’œuvre portait un message universel et lui avait valu une immense notoriété internationale ».


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