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Ce livreur de 42 ans circulait téléphone à l’oreille à scooter. Au cours de son interpellation, il a copieusement insulté les policiers qui ont dû l’amener au sol.
Plus de six ans après la mort de Cédric Chouviat lors d'un contrôle routier qui a dégénéré, trois policiers doivent être jugés à partir de lundi au tribunal de Paris pour l'homicide involontaire de ce livreur de 42 ans. La tenue du procès reste toutefois incertaine : tous les avocats, de la défense comme des parties civiles, vont demander son report. Le 3 janvier 2020, Cédric Chouviat est contrôlé par quatre policiers alors qu'il circule en scooter, téléphone à la main, dans le 7e arrondissement de Paris.
Très vite, le ton monte et la situation s'envenime. Sur les vidéos, dont celle qu'il a lui-même filmée, le père de famille, plaqué au sol sur le ventre, casque sur la tête, répète neuf fois «j'étouffe» pendant 13 secondes, sans être entendu par les policiers. D'abord verbalisé, le livreur très remonté insulte les policiers de «clowns», de «guignols» et de «pauvres types», avant d'être arrêté «pour outrage». «Je vais porter plainte contre vous», répète-t-il, et «je vais gagner mon procès.»
L'un des principaux prévenus, Ludovic F., alors âgé de 23 ans, l'amène au sol après une clé d'étranglement, une technique depuis prohibée. Son souvenir de l'interpellation est «flou», selon l'ordonnance consultée par l'AFP. «On était dans une position tordue. Dans mon souvenir, j'ai passé mon avant-bras droit sous le casque (...) J'ai fait attention à ne pas exercer une pression trop forte sur lui.» Le malaise de Cédric Chouviat, constaté par ses deux collègues après son menottage au sol, l'a plongé dans un état de «sidération».
Tous assurent ne pas avoir entendu ses supplications, qui rappelleraient la mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé par un policier en mai 2020 à Minneapolis. Sa mort avait déclenché d’importantes émeutes, connues sous le nom de «Black Lives Matter». Le décès de Cédric Chouviat est constaté le 5 janvier 2020 à 03h31 à l'hôpital européen Georges-Pompidou, où il avait été transporté en urgence vitale.
«Hérésie juridique»
Les policiers «ont agi dans le cadre d'une interpellation difficile sur un axe de grande circulation», précise à l'AFP Me Pauline Ragot, l'une des avocates des deux autres policiers mis en cause, Mickaël P. et Arnaud B. Cette interpellation était «légitime», selon elle, et «à aucun moment, ils n'ont pu percevoir sa détresse physique ; à défaut, le policier qui tentait de le maîtriser aurait évidemment relâché sa prise».
À l'inverse, la Défenseure des droits avait estimé, dans une décision rendue publique en avril 2026, que les policiers avaient eu un «comportement non adapté, négligent et imprudent». Les avocats de la famille du livreur vont contester la qualification d'«homicide involontaire» retenue par le juge d'instruction et soulever l'incompétence du tribunal dès l'ouverture de l'audience, a expliqué vendredi Me Arié Alimi, l'un des trois avocats de la famille, lors d'une conférence de presse dans les locaux de la Ligue des droits de l'Homme (LDH).
C'est une «hérésie juridique» de considérer que «étrangler debout, étrangler au sol (...) l'entendre dire ’’Je m'étouffe, je m'étouffe’’, continuer à l'étouffer et à l'écraser... C'est quelque chose qui n'est pas volontaire», a-t-il ajouté. «Les parties civiles ont déjà multiplié les incidents (...) pour soulever l'incompétence du tribunal et tenter de monopoliser le débat judiciaire en muselant la défense des policiers», a estimé Me Laurent-Franck Liénard, l'avocat du principal mis en cause, qui compte également demander le renvoi de l'audience «afin que chacun puisse sereinement s'exprimer».
Les avocats de la famille comme ceux de la défense estiment à l'unisson que la durée du procès, prévu sur deux demi-journées, est largement sous-dimensionnée. «J'ai une colère envers ces quatre individus (trois des quatre policiers sur place sont jugés, NDLR). Elle n'engage que moi et elle ne s'arrêtera jamais. Et je mourrai avec», a résumé Christian Chouviat, père de Cédric, dans les locaux de la LDH. Les violences policières se sont reproduites «encore et encore» depuis la mort du livreur, selon la fille du livreur, Sofia, qui espère faire de cette affaire un «symbole de réconciliation».


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