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«Monsieur le président, que comptez-vous faire pour le Liban ?»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Emmanuel Macron a reçu le premier ministre libanais Nawaf Salam ce 21 avril. En hommage à la relation historique qui unit les deux pays, l’auteure Carine Marret exhorte le président français à s’engager pleinement en faveur du Liban, engagé dans une guerre dont il n’a pas voulu.

Carine Marret est écrivain et collaboratrice du mensuel L’Orient littéraire. Elle a publié dernièrement Les chrétiens d’Orient et la France, mille ans d’une passion tourmentée (Éditions Balland, 2025).


Monsieur le président,

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Que comptez-vous faire pour le Liban ? Que comptez-vous faire pour honorer les liens si profonds qui unissent nos deux peuples depuis 800 ans ? Vous déplorez, condamnez (toujours fermement), dites votre soutien, exprimez votre pleine solidarité, mais ces mots sont usés et vidés de leur sens à force de ne jamais être suivis d’effets. Chercher à donner l’illusion d’agir n’est pas agir. Ces formules finissent par sonner creux et dénient à la France tout honneur et toute légitimité.

Connaissez-vous le Liban ? Vous vous y êtes déjà rendu pourtant. Rappelez-vous ! Il y a cette lumière, dorée, douce ou flamboyante selon les jours, ce ciel immense qui se transforme en œuvre d’art à l’arrivée du soir, qui ne peut qu’émouvoir, qui ne peut qu’émerveiller. Cette lumière engloutie depuis un mois et demi par les nuages de fumée noire, de débris et de cendres.

Le Liban est encore une fois pris en otage, entraîné dans une guerre qu’il n’a pas voulue, qu’il n’a déclaré à personne, qui n’est pas la sienne, une guerre entre l’Iran et Israël sur son petit territoire de 10 452 km² déjà très éprouvé, déjà si souvent martyrisé. Le 2 mars, le Hezbollah, suite à la mort du guide suprême Ali Khamenei, a envoyé une salve de roquettes sur l’État hébreu qui a répliqué par un déluge de feu depuis, atteignant le paroxysme de l’horreur lors de ce mercredi noir du 8 avril.

Ce même jour, sur X, vous avez « redit la nécessité de préserver l’intégrité territoriale du Liban et la détermination de la France à soutenir les efforts des autorités libanaises en faveur de la souveraineté du pays et de la mise en œuvre du plan de désarmement du Hezbollah. » Que comptez-vous faire concrètement pour assister l’armée libanaise dans cette tâche périlleuse dont l’aboutissement et le succès sont indissociables d’un espoir de renaissance pérenne ? Que comptez-vous faire pour préserver l’intégralité territoriale du pays et défendre sa souveraineté ? Car, en effet, c’est bien de cela qu’il s’agit. Un Liban souverain, qui déciderait par et pour lui-même, débarrassé des menaces intérieure et extérieure, qui ne serait plus le théâtre et la victime des conflits entre les autres puissances de la région.

La France peut-elle décemment détourner le regard d’une tragédie dont les répercussions se feront sentir bien au-delà du Moyen-Orient ?

Carine Marret

Lors de l’inauguration de l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » à l’Institut du Monde Arabe le 23 mars, vous avez conclu votre discours par ces mots : « Comptez, en tout cas, sur la France pour être à vos côtés et sur l’amitié indéfectible qui lie la France au Liban. Vive notre amitié ! ». « À vos côtés » ! Comme vous étiez déjà « aux côtés » des Arméniens en 2023 ? Qu’avez-vous fait pendant le blocus de 9 mois qui a privé la population de l’Artsakh (Haut-Karabakh) de nourriture, de chauffage, de médicaments, de tout ? Rien, vous n’avez rien fait. Qu’avez-vous fait lorsque 120 000 Arméniens, pourtant sur leur terre depuis 3000 ans, en ont été chassés pour échapper à la mort ? Rien. Qu’avez-vous fait pour demander justice ? Rien. Aucune sanction contre l’Azerbaïdjan pour les crimes commis.

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Et bis repetita pour le Liban aujourd’hui. Votre seule réponse : l’aide humanitaire. Mais si celle-ci est évidemment nécessaire, fondamentale, elle n’est pas suffisante. Il ne convient pas de se contenter d’alimenter une perfusion, il convient de soigner, il convient de guérir. Traiter les conséquences sans s’attaquer aux causes est un puits sans fond, un gouffre dans lequel risque de sombrer le Liban, qui joue aujourd’hui sa survie. Oui, sa survie. La France peut-elle décemment détourner le regard d’une tragédie dont les répercussions se feront sentir bien au-delà du Moyen-Orient ?

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Je me souviens de Beyrouth un soir d’octobre 2025. Le cessez-le-feu avait à peine un an. Je me souviens des bars ouverts sur la rue. À l’intérieur, sur les trottoirs, ça chantait, ça dansait, ça criait au monde : « Nous sommes vivants, nous sommes debout ». Quel Liban va-t-on laisser à cette jeunesse ? Quel avenir ?

Monsieur le président, il ne faut pas que la résignation l’emporte sous prétexte que les Libanais sont « résilients » (ce mot n’est plus audible). Comme si cela empêchait la peur et l’incertitude. Comme on dit à l’aînée d’une fratrie : « Mais toi, tu es forte ! » Comme si cela pansait les blessures, apaisait le chagrin. Souffre-t-elle moins parce qu’elle ne se plaint pas, parce qu’elle se relève avec dignité ? Sait-on ce que la guerre ravage à l’intérieur ? Les agressions successives n’atténuent pas la violence des coups. Au contraire, elles érodent, elles tuent à petit feu les survivants. Du Liban, je reçois des nouvelles qui se veulent rassurantes, par pudeur, par noblesse oserais-je dire, mais qui révèlent la détresse et l’épuisement pour qui sait lire entre les lignes. Comme un sourire triste qui essaie de faire croire que « tout va bien » mais qui confie en silence « je ne suis que douleur ».

Le temps est à l’urgence. Car la guerre, outre les tourments qu’elle inflige dans les corps et dans les esprits semaine après semaine, met en danger un équilibre déjà fragile. Plus elle dure, plus les tensions s’exacerbent. Plus le ciment de la société libanaise se craquelle et se fragmente. Plus la défiance, l’insécurité grandissent. Plus l’unité est compromise. Et le point de non-retour se rapproche dangereusement.

Monsieur le président, c’est le moment d’entrer dans l’Histoire. C’est le moment de montrer que la France n’a pas renoncé, qu’elle a encore un rôle à jouer sur la scène internationale. C’est le moment de renouer avec une époque où sa parole était entendue, respectée, parce que son action pesait alors sur la destinée du monde. Prouvons au Liban que notre relation pluriséculaire n’appartient pas à un passé révolu. Donnons-lui enfin les moyens de se défendre, de se relever et d’embrasser l’avenir avec confiance, dans la lumière retrouvée de son ciel immense.

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