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«Mon avenir est dans l'UE»: les jeunes Ukrainiens accueillis en Europe ne veulent plus rentrer chez eux

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Lorsqu'il est arrivé dans son nouveau foyer dans un petit village des Alpes italiennes, en mars 2022, Denys, alors âgé de 15 ans, a ressenti le mal du pays. Il avait quitté son orphelinat de Berdiansk, dans l'est de l'Ukraine, en bus de nuit, aux côtés d'une centaine d'enfants. «L'Ukraine était tout ce que je connaissais, se souvient-il. Je n'étais jamais parti de toute ma vie.»

Petit à petit, il s'est intégré, s'est fait des amis sur les bancs de l'école et s'est adapté à la vie italienne. Au point de ne plus vouloir rentrer chez lui. «J'ai commencé à réaliser qu'il existait un autre mode de vie que je pouvais adopter, confie-t-il au Guardian. Un mode de vie sans frappes aériennes ni pauvreté, et qui pourrait m'offrir de meilleures perspectives d'avenir.»

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Des milliers d'orphelins ou d'enfants retirés à leurs parents ont été envoyés à l'étranger après le début de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine, en février 2022. Un déplacement présenté comme temporaire, qui s'est finalement prolongé.

Kiev a déjà rapatrié la plupart de ces enfants, mais plus de 1.500 habitent toujours ailleurs en Europe. Certains, à l'image de Denys, se sont même tournés vers les tribunaux pour pouvoir rester auprès de leur famille d'accueil.

Taux de natalité en berne et enfants déplacés par Moscou

L'Ukraine fait face à un important défi démographique: alors que son taux de natalité a chuté avec la guerre, elle doit composer avec la disparition d'enfants déplacés par Moscou dans les territoires occupés. Dans ce contexte, le fait que certains mineurs refusent de rentrer au pays fait polémique. La situation s'est aggravée en avril, après qu'un garçon de 15 ans a été légalement adopté par sa famille d'accueil italienne –alors même que ses parents et ses deux sœurs, restés en Ukraine, souhaitaient qu'il revienne.

Pour Yuliya Donnichenko, une ressortissante ukrainienne qui habite en Italie et qui a supervisé le rapatriement de nombreux orphelins, le problème dépasse la simple envie de rester de ces jeunes. Selon elle, de nombreux couples sans enfant profitent de la situation pour contourner les règles en matière d'adoption internationale. «Je sais qu'ils avaient les meilleures intentions pour ces enfants, qu'ils s'étaient attachés à eux et voulaient leur offrir le meilleur avenir possible, loin d'un pays déchiré par la guerre. Mais ce qu'ils ne comprennent pas, c'est qu'en cherchant à adopter, ils mettent en péril une situation déjà fragile», détaille-t-elle.

Evelina, 18 ans, est revenue en Ukraine après avoir passé près de deux ans au sein d'une famille d'accueil sicilienne. À son retour chez elle, son téléphone lui a été confisqué pendant plus d'un an par ses parents adoptifs, pour éviter qu'elle ne reste en contact avec sa mère d'accueil italienne. «J'étais confinée à la maison et je n'allais pas à l'école. Je ne quittais ma chambre que pour un cours d'anglais une fois par semaine ou pour aller à l'église le dimanche, se remémore-t-elle. Je me sentais très déprimée. Je ne comprenais pas pourquoi ils m'avaient fait revenir pour vivre ainsi.» Aujourd'hui, la jeune femme souhaite quitter l'Ukraine et retourner dans l'Union européenne.

Diego Mosca, qui a encadré un groupe d'orphelins ukrainiens en Italie, explique que ces enfants ont été «ballottés comme une balle de tennis» par le conflit qui oppose ceux qui défendent le rapatriement à ceux qui souhaitent permettre aux jeunes de rester en Europe. «Cette situation les a traumatisés et laissera à jamais des séquelles psychologiques, conclut-il. Apporter un soutien psychologique à ceux qui sont rentrés devrait être une priorité plutôt que de répondre à des impératifs démographiques.»

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