Vingt ans de retard sur son propre calendrier. C’est le paradoxe qui résume la carrière de Mir : conçue pour tenir cinq années en orbite, la station soviétique en a finalement tenu quinze, de 1986 à 2001, traversant un incendie, une collision presque fatale et une décennie de crise économique russe sans jamais renoncer. Sa durée de vie sera de quinze ans (1986-2001), alors qu’à l’origine elle était prévue pour cinq années. Un écart de dix ans que personne, pas même ses concepteurs, n’avait anticipé.
À retenir
- Une station censée durer 5 ans qui en a tenu 15 : comment était-ce possible ?
- Le jour où tout aurait pu s’arrêter : incendie et collision quasi-fatale en 1997
- Mir a survécu à l’URSS elle-même et à une décennie de chaos économique russe
Sommaire
- Un module de base qui devient un Meccano de l’espace
- 1997, l’année où tout aurait pu s’arrêter
- Une station qui a survécu à son propre pays
- Un plongeon calculé au millimètre au-dessus du Pacifique
Un module de base qui devient un Meccano de l’espace
Tout commence le 19 février 1986 à Baïkonour. L’élément principal de Mir, d’une masse de 20,1 tonnes, est lancé par un lanceur Proton, d’abord placé sur une orbite à 235 kilomètres d’altitude avant d’être transféré sur une orbite circulaire à 390 kilomètres. Rien, à ce stade, ne laisse deviner l’ampleur que prendra l’édifice. Contrairement aux stations Saliout qui l’ont précédée, cette nouvelle station a été pensée pour recevoir des extensions. Il s’agit en fait d’un Saliout dont l’élément à jonction unique avec les vaisseaux a été remplacé par un autre à jonctions multiples, si bien que cinq autres modules et deux vaisseaux peuvent venir s’y amarrer.
De 1986 à 1996, les Soviétiques puis les Russes empilent les pièces comme on monte un jeu de construction géant. Au module de base viendront s’ajouter cinq autres modules dont la masse unitaire variera entre 11 et 20 tonnes : le module d’astrophysique Kvant en 1987, celui de recherche biologique Kvant-2 en 1989, le module technologique Kristall en 1990, le module de géophysique Spektr en 1995, et celui d’observation de la Terre Priroda en 1996. Résultat de cet assemblage progressif : un ensemble qui finit par peser 127 tonnes, devenant au passage le plus gros satellite artificiel jamais placé en orbite jusqu’à l’arrivée de l’ISS.
1997, l’année où tout aurait pu s’arrêter
Mir aurait pu mourir bien avant l’heure. Le 23 février 1997, un incendie se déclare à bord. Quatre mois plus tard, le 25 juin, un cargo Progress non piloté, engagé dans un test de docking manuel via le système TORU, percute le module Spektr. La collision perce la coque et fait chuter la pression à l’intérieur. Le vaisseau de 7,2 tonnes n’a tout simplement pas répondu correctement aux commandes de freinage avant de heurter un panneau solaire puis de percer le module lui-même.
Dans la panique, l’équipage isole le module endommagé en sectionnant des câbles, un geste qui sauve la station mais l’ampute d’une partie de son énergie. La collision a percé un trou de 3 cm² dans le module ; la pression a chuté, obligeant à l’isoler du reste de la station, et dans la précipitation, des câbles d’alimentation ont été coupés, réduisant la puissance électrique de la station de 40%. Trois heures plus tard, plongée dans le noir, Mir tourne sur elle-même sans que ses panneaux solaires ne soient plus correctement alimentés. Il faudra plusieurs sorties dans le vide, dont l’une réalisée à l’intérieur même du module Spektr dépressurisé, pour rétablir un semblant de fonctionnement normal.
L’incident aurait pu coûter bien plus qu’une panne d’électricité. À bord se trouvait alors l’astronaute américain Michael Foale, embarqué dans le cadre d’un programme de coopération Shuttle-Mir signé pour 400 millions de dollars. Selon SpaceNews, ses deux coéquipiers russes ont choisi de rester à bord pour tenter de sauver la station plutôt que de rejoindre immédiatement le vaisseau de secours. Un choix risqué, mais qui a permis d’éviter l’abandon pur et simple du programme.
Une station qui a survécu à son propre pays
Voilà le détail qui rend l’histoire de Mir presque vertigineuse : elle a survécu à l’URSS qui l’avait mise en orbite. Lancée sous le régime soviétique, elle continue de tourner après la dissolution de l’Union en 1991, traversant la crise économique russe des années 1990 avec un budget de maintenance en chute libre. Par manque d’argent dû à la crise économique traversée par la Russie, et par conséquent par manque de maintenance, la station a lentement commencé à dépérir, donnant lieu à des accidents.
Malgré ces avaries à répétition, la station a accumulé des records d’endurance humaine impressionnants. Au cours de sa durée de vie orbitale de 15 ans, Mir a accueilli 28 expéditions de longue durée, dont les trois plus longs vols spatiaux simples (438, 380 et 366 jours) à ce jour. Quatre cent trente-huit jours d’affilée dans l’espace, c’est plus d’un an sans jamais remettre le pied sur Terre, un record individuel qui n’a toujours pas été battu aujourd’hui. Au total, en quinze ans, se sont succédés à bord 104 astronautes et cosmonautes de 14 nationalités.
Un plongeon calculé au millimètre au-dessus du Pacifique
Face à une corrosion galopante et à des systèmes en fin de course, les autorités russes tranchent : mieux vaut désorbiter Mir dans un cadre maîtrisé que risquer une rentrée atmosphérique incontrôlée. La manœuvre, confiée à un cargo Progress chargé d’abaisser progressivement le point le plus bas de l’orbite, se déroule le 23 mars 2001. La station, dont la masse atteint 125 tonnes, est finalement désorbitée au-dessus du Pacifique le 23 mars 2001. Les débris qui n’ont pas brûlé dans l’atmosphère terminent leur course près des îles Fidji, dans une zone surnommée le cimetière des vaisseaux spatiaux.
L’héritage de Mir ne s’est pas éteint dans le Pacifique Sud ce jour-là. Le programme Shuttle-Mir a servi de répétition générale pour l’assemblage de la Station spatiale internationale, et certaines technologies développées pour la station soviétique ont directement inspiré des modules russes de l’ISS. Quinze ans après sa mise en service, l’ISS elle-même a largement dépassé la longévité de sa lointaine cousine, preuve que le vrai défi n’était pas de construire une station spatiale, mais d’apprendre à la faire durer malgré les pannes, les collisions et les budgets qui fondent plus vite que prévu.
Sources : nimareja.fr | mediascol.ac-clermont.fr


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