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Minimaisons pour itinérants à Charlesbourg : la recette pour une cohabitation réussie

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Alors que le déploiement d’un deuxième quartier de minimaisons pour personnes en situation d’itinérance est prévu d’ici juin 2027, la question se pose : quelle est la recette pour une cohabitation réussie?

Parfois, les voisinages, au point de départ, peuvent être réticents à l’idée d’un projet comme celui-là, concède Annie Fontaine, professeure titulaire à l’école de travail social et de criminologie de l’Université Laval, ajoutant rapidement que c’est normal que ça se présente comme ça.

C’est important de comprendre que les gens puissent avoir des craintes, de ne pas juger que les gens, a priori, puissent avoir des craintes.

Annie Fontaine.

Annie Fontaine, professeure titulaire à l’école de travail social et de criminologie de l’Université Laval, est spécialisée sur les questions de l'itinérance. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Félix Duchesne

Elle insiste sur l’importance de ne pas tenir pour acquis que les gens vont rester sur ces positions-là.

À travers un travail de consultation, un travail de sensibilisation et, dans la continuité, un travail de médiation, explique-t-elle, on va favoriser que le projet puisse bien s’insérer et que ce soit plus favorable pour les personnes qui y habitent de se sentir reconnues dans le secteur.

Pas seulement un endroit pour caser des gens

Condition importante pour elle : ne pas juste voir ça comme un lieu pour déplacer des gens, caser des gens, mais considérer ces personnes-là aussi comme des citoyens, et donc qu’ils puissent s’insérer dans la communauté.

Ça implique aussi qu’ils puissent être impliqués dans le projet lui-même, dans l’organisation, que leurs voix soient entendues. Ils ont un point de vue qui est important, ils ont une connaissance de leurs réalités, de leurs besoins.

Selon Mme Fontaine, un projet comme celui de Charlesbourg permet par ailleurs de reconnaître que l’itinérance n’est pas concentrée dans les centres-villes urbains, mais que c’est une réalité qu’on voit à travers le Québec, y compris dans les périphéries des grands centres.

Un terrain vague dans le bas de Charlesbourg à la limite de Lairet.

Le site choisi pour ce futur microquartier est situé entre le boulevard Henri Bourassa et la 1re Avenue, à la limite de Lairet et Charlesbourg.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon

Toutefois, à ses yeux, c’est important que ce ne soit pas lancé dans un secteur sans qu’il y ait de consultation du milieu, qu’il y ait de la complicité avec les acteurs, en particulier avec les organismes communautaires locaux, mais aussi l’ensemble de la communauté des citoyens.

La conversation, la consultation, la prise en compte, le contact humain avec les personnes fait souvent tomber ces préjugés, insiste-t-elle. Donc si on s’assure que les personnes qu’on va héberger dans ces lieux-là puissent participer à la vie dans la communauté [...], il peut y avoir un rapprochement.

On demande aux gens de travailler au niveau de leur tolérance

C’est une belle initiative, à Charlesbourg, croit Eric Edström, porte-parole pour le Réseau Solidarité Itinérance du Québec (RSIQ). On va voir comment ça se développe.

Eric Edström.

Eric Edström est chargé des affaires publiques et médiatiques pour le RSIQ. Actif depuis 1998, le RSIQ représente plus de 260 organismes à travers 18 concertations régionales en itinérance au Québec.

Photo : Radio-Canada

On demande aux gens de travailler au niveau de leur tolérance [et on rappelle] que les gens qui sont en situation d’itinérance, il y en a là-dedans qui ont des emplois, il y en a qui ont encore des familles, poursuit-il.

[Et] ce n’est pas la majorité qui consomme, signale-t-il. Ce n’est pas la majorité non plus qui a des enjeux de santé mentale. Mais ils sont tous humains et ont tous droit à la dignité.

Il invite les gens à participer à la Nuit des sans-abri, un événement de sensibilisation qui se tient chaque année le dernier vendredi d’octobre. Ça permet d’avoir un contact des experts de vécu qui sont passés par l’itinérance, qui peuvent expliquer ce qu’il en est, les besoins qu’ils ont eus, les besoins très variés que les personnes peuvent avoir.

C’est certain que l’apparition d’un quartier de minimaisons, il va falloir faire des démarches d’acceptabilité sociale, parler avec les résidents dans les environs.

Rencontrées près du site du site où sera implanté le deuxième quartier, la totalité des personnes questionnées par Radio-Canada à cet effet se sont montrées favorables… pourvu que le tout vienne avec un encadrement.

C’est problématique si on ne trouve pas une solution, fait valoir Yvon Têtu, craignant que, faute de prise en charge, la situation à Québec prenne de l’ampleur comme à Vancouver.

Avec la pénurie de logements abordables qu’on connaît, un projet comme celui-là devrait permettre de décanter la situation, croit pour sa part Rodrigue Fils, résident de Charlesbourg.

Ça prend vraiment un continuum de services

Hormis le déploiement des quartiers de minimaisons, la lutte à l’itinérance, c’est un enjeu qui est complexe, donc ça prend vraiment un continuum de services pour y répondre, selon que les jeux sont plus ou moins désaffiliés, plus ou moins éloignés d’une possibilité résidentielle, selon les besoins qu’ils ont du fait d’être dans la rue, dit Eric Edström.

Il voit d’un bon œil le fait que les séjours dans le quartier de Charlesbourg pourront atteindre de 12 à 18 mois, comparativement à ceux de 30 à 60 jours du côté de Beauport.

Souvent, quand les gens quittent la rue pour se retrouver dans des ressources, les trois premiers mois, ils font à peu près juste manger, dormir, se remettre en condition, parce que la rue ça use.

C’est une solution parmi tant d’autres, souffle néanmoins M. Edström. Ce qu’il va falloir réaliser, c’est que, collectivement, on l’a échappé au niveau de l’itinérance depuis de nombreuses années. Par manque de logements sociaux, par manque de disponibilité, avec la hausse des évictions, avec la hausse du coût de la vie…

Avec les informations de William Gagnon

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