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Le président américain a tout fait pour empêcher une vague bleue démocrate aux élections de mi-mandat. Mais ça pourrait ne pas suffire, explique au HuffPost la spécialiste Ludivine Gilli.

CHIP SOMODEVILLA / Getty Images via AFP
Donald Trump, ici le 21 mai 2026, a ordonné aux Etats de modifier les cartes électorales pour limiter les défaites républicaines aux midterms.
Un nouveau coup de la salamandre. Sur ordre de Donald Trump, les élus républicains de nombreux États se sont lancés dans un charcutage des circonscriptions électorales en vue des élections de mi-mandat du 3 novembre prochain, afin d’empêcher la victoire annoncée des démocrates. Mais si le président a bel et bien remporté la « bataille » du redécoupage électoral, selon la politiste Ludivine Gilli interrogée par le HuffPost, il n’a pas encore gagné la guerre des midterms.
Aux États-Unis, le redécoupage électoral – ou « redistricting », qui devrait avoir lieu chaque début de décennie après le recensement de la population – est un véritable sport politique, aussi populaire que contesté. Il a même été affublé d’un surnom coquet : le « gerrymandering ». Ce terme vient d’une caricature publiée par le quotidien Boston Gazette en 1812, dénonçant le gouverneur du Massachusetts qui avait accepté de redessiner les contours des districts de l’État pour favoriser la victoire de son camp. « Gerrymandering » est la contraction du nom du gouverneur, Elbridge Gerry, et de « salamandre », tiré de la forme biscornue des circonscriptions.

Boston Gazette
Le caricature publiée dans la « Boston Gazette » en 1812.
Cette pratique démocratiquement douteuse est utilisée par les partis pour noyer l’électorat rival dans une circonscription afin de remporter un maximum de sièges, notamment à la Chambre des Représentants du Congrès. « Dans les années 1990, il y a eu un mouvement pour limiter le redécoupage électoral, débuté par les démocrates et suivi parfois par les républicains. On a vu quelques initiatives pour remettre le “redistricting” non pas entre les mains des chambres législatives des États, mais dans celles de commissions bipartisanes voire apolitiques », explique Ludivine Gilli, directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la fondation Jean-Jaurès. Un effort balayé l’été dernier par la « bataille du redécoupage lancée par les républicains, sur demande expresse de Donald Trump », ajoute-t-elle.
La Californie et le Texas se rendent coup pour coup
Le président américain veut en fait limiter la casse aux élections de mi-mandat, traditionnellement marquées par la défaite du parti au pouvoir. L’enjeu est d’autant plus important avec la majorité républicaine qui ne tient qu’à un fil à la Chambre des Représentants : sur les 435 sièges (la répartition par État est définie en fonction de la population), 218 sont occupés par les républicains, 212 par les démocrates, et 5 sont vacants. C’est dans ce contexte que le Texas a voté dès fin août 2025 une nouvelle carte électorale très favorable au parti républicain, qui pourrait renverser 3 à 5 sièges actuellement démocrates. En représailles, la Californie a mis en place son propre plan pour modifier les contours des circonscriptions. Un prêté pour un rendu : les démocrates californiens pourraient récupérer 3 à 5 sièges républicains en novembre.
Ces derniers mois, près d’une vingtaine d’Etats sont entrés dans cette course de longue haleine. Ce vendredi 5 juin, dix États ont adopté une nouvelle carte : Texas, Floride, Ohio, Alabama, Missouri, Louisiane, Tennessee et Caroline du Nord côté républicain ; Californie et Utah côté démocrate. Pour les autres, des actions en justice ont mis temporairement ou définitivement fin aux tentatives de gerrymandering. C’est le cas en Virginie, où un référendum organisé fin avril pour faire valider la nouvelle carte électorale (permettant d’obtenir jusqu’à 4 sièges démocrates) avait récolté 51 % de « oui ». Deux jours plus tard, une cour a invalidé ce scrutin qui avait été qualifié par Donald Trump de « truqué ». Le dossier est même arrivé sur le bureau de la Cour suprême ultraconservatrice, qui s’est rangée du côté des républicains.

Cook Political Report
Les Etats qui ont voté une nouvelle loi électorale en 2026. En bleu les Etats démocrates, en rouges les Etats républicains. En blanc, la Virginie où la carte a été invalidée par la justice.
À la même période, la Cour suprême a fait couler beaucoup d’encre dans une autre affaire. Une nouvelle carte avait été dessinée en Louisiane afin de permettre – en vertu du Voting Rights Act de 1965 – de créer une deuxième circonscription à majorité noire, pour mieux représenter cette communauté qui constitue un tiers de la population de l’État. Dans un arrêt faisant réagir jusqu’à Barack Obama, la Cour suprême a jugé inconstitutionnel ce redécoupage déterminé par la race. Une énorme victoire pour les républicains, les minorités étant plus susceptibles de voter démocrate. C’est avec ce même argument que le Tennessee a, dans la foulée, aussi changé les frontières de ses circonscriptions.
Les républicains gagnants, mais…
Désormais, « c’est sûr, on peut dire que les républicains ont gagné la bataille du redécoupage », affirme Ludivine Gilli au HuffPost. Selon les projections, les républicains peuvent en théorie remporter jusqu’à 16 sièges contre 6 pour les démocrates, soit un gain net de 10 sièges pour le parti de l’éléphant. Mais la spécialiste des États-Unis reste prudente. « Tout reste incertain. Dans un certain nombre de circonscriptions qui auraient dû être compétitives, les républicains ont un avantage renforcé. Mais Donald Trump reste très impopulaire », rappelle Ludivine Gilli. Dans des circonscriptions où l’avantage républicain est moins fort, les démocrates pourraient donc sortir vainqueurs.
Autrement dit, poursuit Ludivine Gilli, « avant le redécoupage, il y avait une forte chance que les démocrates remportent la Chambre. Après le redécoupage, la marche est plus haute, car le nombre de circonscriptions contestables s’est réduit. Avec un tsunami bleu ils pourront l’emporter, mais une vague bleue moyenne ne suffira pas. » Tout dépendra, selon elle, du taux de participation : « Une forte participation démocrate face à une participation déprimée, voire dépressive, des républicains peut suffire à inverser les rapports de force. »
La date des midterms approchant, la bataille du redécoupage électoral pour la saison 2026 touche à sa fin. Mais ce n’est que le début. Ce processus – « totalement antidémocratique » selon Ludivine Gilli – devient presque une bataille pour la survie, surtout pour le parti démocrate. « Le défi qui nous attend est de garantir une réponse décisive et massive avant 2028, parce que les efforts des républicains pour manipuler le découpage des circonscriptions électorales nationales ne vont pas s’arrêter », a prévenu le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries. L’heure de la revanche a sonné.


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