À l’approche de la rentrée, nombreux sont les parents qui, peut-être, songeront à équiper leurs enfants de dispositifs de géolocalisation pour les suivre à la trace sur le chemin de l’école ou de leur cours de sport. Les derniers faits divers en date n’y seront peut-être pas pour rien. Le Progrès a interviewé deux mamans qui ont déjà franchi le cap, mais aussi une psychologue, qui nous donne son point de vue et des conseils pour mieux appréhender ses peurs de parents.

Charlotte Anglade - Hier à 06:00 - Temps de lecture :

Selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l‘énergie (Ademe) publié en septembre 2025, les jeunes enfants se rendent seuls à l’école ou à leurs activités extrascolaires à l’âge de 11,6 ans en moyenne, soit en classe de 6ᵉ.  Photo d’illustration Rémy Perrin Selon un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l‘énergie (Ademe) publié en septembre 2025, les jeunes enfants se rendent seuls à l’école ou à leurs activités extrascolaires à l’âge de 11,6 ans en moyenne, soit en classe de 6ᵉ. Photo d’illustration Rémy Perrin

« Depuis quelques jours, avec les actualités affreuses, je lutte contre moi-même pour ne pas acheter d’AirTag pour pister mes enfants. Aidez-moi. J’ai l’impression de devenir parano. »

Le 9 juin dernier, soit quelques jours après la découverte du corps de Lyhanna dans un silo agricole désaffecté près d’un village du Gers, une maman lyonnaise lançait un appel à l’aide le groupe Facebook Mums in Lyon, dans le but d’être rassurée ou raisonnée.

Mais en réponse, elle a reçu de nombreuses réponses de mamans tout aussi angoissées qu’elles. Certaines, disaient-elles, avaient déjà franchi le cap depuis plusieurs années et équipé leurs enfants de traceurs. Le Progrès a contacté deux d’entre elles pour comprendre leur démarche.

« J’étais terrorisée à l’idée qu’il soit enlevé »

Delphine, mère de deux enfants, est la première à avoir répondu à notre appel à témoignage. En 2017, alors que son fils avait 4 ans, sa famille et elle étaient invitées à un mariage qui se déroulait en lisière de forêt. « Toute la soirée, je le voyais courir partout, parler à tout le monde… J’étais terrorisée à l’idée qu’il soit enlevé, tandis que mon mari me traitait de folle. Finalement, c’est exactement ce soir-là que Maëlys s’est fait enlever lors d’un mariage », raconte cette habitante de la Croix-Rousse pour qui ce drame n’a fait que renforcer et « confirmer » ses inquiétudes.

Dès que son fils a eu 9 ans et qu’il a commencé à sortir seul, pour se rendre à son cours de tennis à quelques rues de son domicile, Delphine l’a équipé d’un traceur. Accroché à son trousseau de clés, il permet à la maman lyonnaise de suivre en temps réel les moindres déplacements de son fils… Ou presque.

« Il y a une année où j’avais donné un traceur à mon fils lorsqu’il est parti en colonie à Londres (Royaume-Uni). Le jour du départ, il l’a oublié sur son lit et j’ai bien cru qu’il n’était pas en route avec le reste du groupe. J’ai eu très peur ! », se souvient-elle. Aujourd’hui, son fils et sa fille sont équipés de montres connectées, plus précises dans leur géolocalisation et surtout moins facilement égarable. 

« Si un jour il est enlevé, je sais que je n’aurai pas de regret »

Lorena a elle aussi équipé son fils cette année. Scolarisé en CM2, il a commencé à se rendre à l’école tout seul. Pour sa mère, la question du traceur ne s’est pas posée. D’origine mexicaine, elle assure que cette mesure de précaution est presque « culturelle ».

« Là-bas, il y a beaucoup de trafic d’organes, d’enlèvements d’enfants et même de femmes. Beaucoup de Mexicains sont équipés de traceurs, qui sont la plupart du temps cachés dans une semelle de chaussure conçue spécialement », rapporte-t-elle, précisant en porter aussi.

« Je ne souhaite pas lui donner de téléphone, et il n’en veut pas non plus. Le traceur me permet de savoir qu’il est bien rentré à la maison », assure-t-elle. Et d’ajouter : « Si un jour il est enlevé, je sais que je n’aurai pas le regret de me dire que j’aurais dû lui en acheter un ».

« Toute personne a droit à la vie privée », selon le Code civil

Face à l’augmentation de l’utilisation de traceurs et montres connectées pour géolocaliser les enfants, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) s’est emparée du sujet. En 2025, elle a publié un article dans lequel elle rappelle les points de vigilance pour protéger la vie privée de son enfant.

Car, comme le confirme Me Arnaud Bouton au Progrès, les traceurs et montres connectées touchent bel et bien à la vie privée de l’enfant. « Le Code civil nous dit toute personne a le droit à la vie privée. Cela inclut donc les enfants. »

Obtenir l'accord de son enfant

L’avocat nuance cependant son propos en précisant qu’un parent a aussi l’obligation légale de prendre soin de son enfant. « Est-ce qu’elle induit que je dois le surveiller ? C’est une affaire d’appréciation », déclare-t-il. « Est-ce que vous le surveillez pour son propre bien ? Est-ce que vous le surveillez de manière légitime, proportionnée à ses intérêts ou est-ce que vous le surveillez de manière abusive et intrusive ? »

En 2025, le tribunal administratif de Toulon (83) avait d’ailleurs statué contre l’interdiction qu’avait formulée une école à l’encontre des traceurs, estimant qu’elle ne pouvait pas restreindre une liberté fondamentale. La Cnil suggère en tout cas d’obtenir l’accord de son enfant « dès lors qu’il dispose d’une maturité suffisante pour pouvoir le donner ».

C.A.

Claire Cheung-Montabone, psychologue à Tassin-la-Demi-Lune, conseille la pratique de sports de combat pour que les enfants puissent « apprivoiser le contact physique ».  Audace Studio/Photo Fournie

« Les enfants ont besoin d’être responsabilisés », d'après la psychologue Claire Cheung-Montabone

Contactée par Le Progrès, la psychologue Claire Cheung-Montabone entend bien l’angoisse que peuvent ressentir certains parents face à l’actualité. « L’angoisse, c’est quelque chose qui se déclenche quand on n’a pas de prise sur un risque identifié. Quand on lâche son enfant dans la nature, on sait très bien qu’on ne sera pas là en cas de danger. »

Pour autant, la psychologue, dont le cabinet est basé à Tassin-la-Demi-Lune, appelle les parents à se souvenir qu’ils ne sont pas isolés. « Les parents d’aujourd’hui se sentent assez seuls avec leurs peurs, comme s’il n’y avait pas d’autre relais autour d’eux. Je crois qu’au fond, il y a un manque de sécurité du lien social », analyse-t-elle.

Un risque que « le message à l’enfant [soit] qu’il est en insécurité »

Claire Cheung-Montabone considère malgré tout que l’utilisation d’un traceur pour géolocaliser son enfant peut rassurer les parents les plus angoissés, mais pointe le risque que cette mesure donne « le message à l’enfant qu’il est en insécurité et qu’il n’est pas capable de s’en tirer tout seul ».

« Je crois que les enfants ont besoin d’être responsabilisés, mais aussi qu’on leur fasse confiance sur leurs capacités à se sortir de situations dangereuses », déclare-t-elle, citant l’exemple de cette adolescente qui, en mai dernier, s’était réfugiée dans une boulangerie de Craponne après avoir été suivie par un homme en voiture.

La psychologue estime aussi la pratique de sports de combat intéressante pour les enfants. « Ça leur permet d’apprivoiser le contact physique. Les personnes malintentionnées comptent sur la vulnérabilité de la personne et sur son incapacité à réagir. »

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