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Mémoire et réconciliation : transformer l’ancien pensionnat de Spanish en site historique

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« Ma sœur [Patricia] est allée dans cette école. Elle est décédée aujourd’hui, mais je ne sais vraiment pas quelle vie elle a eue en venant ici, parce qu’elle n’en a jamais parlé », raconte Verna Simpson. Elle se trouvait sur le terrain de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Spanish, accompagnée d’élèves et d’aînés, à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

Photo d'archives des lits dans l’ancien pensionnat pour Autochtones de Spanish.

Capture d'une photo d'archives de lits dans l’ancien pensionnat pour Autochtones de Spanish.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

La propriété pourrait maintenant devenir un lieu historique. Des projets sont à l’étude pour préserver cette histoire et permettre aux prochaines générations de comprendre ce qui s’y est passé.

Une histoire longtemps restée silencieuse

La sœur de Verna Simpson n’a jamais parlé de son passage dans ce pensionnat. Selon Mme Simpson, Patricia y aurait séjourné, probablement dans les années 1940. Elle est décédée il y a une dizaine d’années.

Photo de Verna Simpson à l'emplacement de l’ancien pensionnat de Spanish.

Verna Simpson se recueille à l'emplacement de l’ancien pensionnat de Spanish, où sa sœur Patricia aurait été pensionnaire dans les années 1940.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Pour Verna Simpson, le silence de sa sœur laisse encore des questions sans réponse.

C’est triste. [...] Et je sais que ma sœur avait des problèmes à accepter certaines choses, alors c’est peut-être pour ça qu’elle n’en a jamais parlé, je ne sais pas, dit-elle.

Mme Simpson dit aussi avoir entendu de nombreux récits d’enfants qui tentaient de s’enfuir du pensionnat. En revenant sur les lieux, Verna Simpson dit vouloir se souvenir de ce qui s’y est passé, mais aussi contribuer à transmettre cette histoire aux jeunes.

Peut-être que la pluie aujourd’hui est une bonne chose parce que ce sont les larmes de tous les enfants qui sont ici, qui ne sont jamais rentrés chez eux. [...] C’est triste. Et je suis heureuse de ne pas avoir eu à vivre cette expérience.

Photo de Brittany Laurin lors de la visite du site de l’ancien pensionnat de Spanish.

Brittany Laurin, résidente de Spanish, visite l'emplacement de l’ancien pensionnat pour Autochtones et réfléchit à l’histoire des lieux.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Pour Brittany Laurin, qui habite à Spanish et se présente comme Métisse et alliée, la visite de la propriété fait naître des émotions partagées. Elle dit être passée devant les lieux à de nombreuses reprises sans jamais avoir pu les visiter d’aussi près.

C’est un sentiment bizarre que je ressens, [...] ça me met en colère que cet endroit ait même existé, mais en même temps, c’est de l’histoire, souligne-t-elle.

Le témoignage d’une survivante

Le témoignage de Jeanette Commanda, une survivante d’un autre pensionnat pour Autochtones, donne une autre perspective sur ce que des enfants ont vécu dans ces pensionnats.

La femme de 85 ans se souvient notamment de l’absence de soins et d’affection. Il n’y avait pas de compassion, pas de câlins, rien du tout. Si vous vous faisiez mal, eh bien, vous n’étiez qu’un numéro.

Photo de Jeanette Commanda.

Jeanette Commanda témoigne de son expérience et souhaite que cette histoire soit transmise aux jeunes générations.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Elle raconte aussi que certaines filles étaient emmenées ailleurs pendant la nuit. À leur retour, elles ne parlaient pas de ce qui s’était passé.

Elles ne parlaient pas, même si nous nous levions le matin et demandions : Est-ce que ça va? [...] Elles ne disaient rien.

Aujourd’hui, Mme Commanda souhaite que la préservation des lieux serve aussi à transmettre cette histoire aux jeunes générations.

Pour elle, préserver le site de l’ancien pensionnat de Spanish doit surtout permettre de comprendre qu’ils sont tellement chanceux de vivre comme ils le font aujourd’hui, comparativement à ce que c’était là-bas.

Elle insiste aussi sur le fait que cette histoire n’appartient pas seulement au passé. Des survivants sont toujours vivants.

J’aimerais qu’ils sachent : '' D’accord, c’est de l’histoire, c’est vraiment arrivé. Il y a des gens qui sont encore en vie, peut-être pas exactement ici, en quelque sorte. Ils commencent à oublier certaines choses ou souffrent de démence, parce que nous sommes rendus à cet âge-là maintenant, hein?'', dit-elle.

Préserver la mémoire du lieu

Photo d'Alyssa Traves.

Alyssa Traves travaille à préserver l'histoire du pensionnat au moyen d’outils numériques.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Cette volonté de transmettre l’histoire se retrouve aussi dans le projet envisagé pour la propriété. Pour Alyssa Traves, gestionnaire de projet du site de l’ancien pensionnat de Spanish (nouvelle fenêtre), la préservation des lieux passe notamment par de nouveaux outils de transmission.

Le système des pensionnats n’a pas seulement laissé tomber les peuples autochtones, il a laissé tomber tout le Canada.

L’équipe souhaite créer une ressource numérique qui servirait d’archives vivantes. Avec l’aide de chercheurs de l’Université Western et d’autres universités, l’équipe peut reconstruire numériquement les lieux, même lorsque les bâtiments n’existent plus. Les récits des survivants, leurs voix, des photos et l’histoire des lieux pourraient ensuite être intégrés à ces reconstructions.

La ressource pourrait aussi être accessible directement sur place, notamment au moyen de codes QR et de photos des anciens bâtiments.

Élèves et aînés réunis sur le site de l’ancien pensionnat de Spanish.

Des élèves et des aînés se réunissent sur le terrain de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Spanish.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

L’objectif est d’en faire un outil pédagogique sécuritaire et adapté aux traumatismes, qui pourrait être utilisé dans les écoles et les communautés, notamment à Kitigan Zibi, Kahnawake, Moose Factory et Fort Albany.

Une fois que nous aurons nos reconstructions numériques, nous pourrons intégrer les récits des survivants, leurs voix, des photos, l’histoire et, progressivement, construire cette histoire, dit-elle.

Le projet pourrait ainsi dépasser les limites de Spanish et rejoindre des communautés touchées par l’histoire des pensionnats, même lorsqu’elles ne peuvent pas se déplacer.

Il y a tellement de communautés touchées qui ne pourront peut-être pas nécessairement venir ici pour visiter, conclut-elle.

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