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45 membres d’un canal Telegram masculiniste ont été interpellés après une enquête du parquet de Paris. 34 seront jugés notamment pour provocation à la haine envers les femmes.
Par Timothée Barnaud avec AFP

KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP
Le canal Telegram « femmeblancherie » comptait plus de 1 700 abonnés, où s’échangeaient « de nombreux propos à caractère racial, des apologies du terrorisme et de crimes contre l’humanité », selon le parquet de Paris.
C’est une réponse judiciaire d’ampleur à un phénomène sociétal qualifié de « menace réelle » par le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) en début d’année. 34 utilisateurs d’un canal Telegram masculiniste sont convoqués à partir de l’automne devant le tribunal de Paris pour répondre notamment de provocation à la haine envers les femmes, a indiqué ce jeudi 6 août le parquet à l’AFP.
Les gendarmes ont interpellé en juin puis entendu 45 personnes, membres du canal Telegram public « femmeblancherie » (1 758 abonnés principalement francophones), a précisé le parquet, confirmant une information du Figaro.
« Il est rapidement apparu une convergence des discriminations et des haines de la part des membres du canal, avec de nombreux propos à caractère racial, des apologies du terrorisme et de crimes contre l’humanité », a précisé le parquet.
Parmi la « multitude d’infractions » relevées figurent celles de provocation publique à la haine, la violence ou la discrimination ainsi que l’injure publique envers une personne ou un groupe à raison du sexe. Ces délits font encourir un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
Des auteurs qui « apparaissent insérés socialement »
Les principaux auteurs de ces messages répréhensibles viennent de toute la France et « apparaissent insérés socialement ». La plupart travaillent et sont de classes socio-économiques variées, précise le parquet, indiquant que se trouvent parmi eux un infirmier, un agent pénitentiaire ou encore un conducteur de métro.
La plupart « ont reconnu être les auteurs des messages poursuivis, mais ont invoqué un “humour noir” ou “humour beauf”, ou avoir écrit sous l’effet de l’alcool ou de l’agacement », ajoute le parquet.
« L’exploitation de leurs téléphones a révélé une appétence partagée pour les sites d’extrême droite comme “Démocratie participative”, Alain Soral, Vincent Reynouard, eux-mêmes fréquemment condamnés pour des incitations à la haine », poursuit-il.
Au total, 34 personnes doivent être jugées au cours d’audiences entre le 18 novembre 2026 et le 6 janvier 2027. Des procédures simplifiées (ordonnance pénale ou alternatives aux poursuites) ont été choisies pour dix autres, et un dossier d’injures a été classé faute de plainte de la victime.
« Très peu de signalements »
L’enquête a été menée à l’initiative du Pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris. « Le masculinisme est au cœur d’importants débats de société et bénéficie d’une forte couverture médiatique, pour autant nous recevons très peu de signalements relatifs aux discriminations qu’engendre cette mouvance », a expliqué au Figaro un responsable de l’institution.
Un rapport publié par la délégation aux droits des femmes du Sénat en juin dernier alertait aussi sur le fait que « les masculinismes d’aujourd’hui ne sont pas qu’une simple “tendance” sur les réseaux sociaux. Ils constituent un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et, in fine, à démanteler notre socle démocratique ».
« Telegram a répondu à toutes les réquisitions [...] et permis d’identifier un certain nombre de membres, dont l’administrateur du canal », s’est par ailleurs félicité le parquet, qui précise que les investigations ont été menées par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH).
Si le canal « femmeblancherie » a été supprimé au même moment que l’interpellation de plusieurs de ses membres, un nouveau groupe « femmeblancherie2 » a néanmoins très vite pris sa succession. Consulté par Le Figaro, celui-ci se présente comme un « canal humoristique et satirique », visant à « étudier le “problème femme” ». Le signe que cette réponse judiciaire est loin d’avoir totalement dissuadé certains de ses membres.


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