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À la recherche de solutions concrètes pour l’avenir de l’information de proximité, le Groupe EBRA auquel appartient votre journal, adossé à l’Institut Mutualiste pour l’Environnement et la Solidarité (IMES-Crédit Mutuel), annonce la création de La République des Lecteurs, un laboratoire d’expérimentation dédié à la qualité de l’information, à l’esprit critique et au renforcement du lien social. Il sera scientifiquement présidé par le sociologue Gérald Bronner et dirigé par Sophie Gourmelen (Ebra) et Laurent Berger (IMES). Au côté de Daniel Baal, président du Crédit Mutuel, actionnaire d’Ebra et de l’IMES, ils répondent à nos questions.
Propos recueillis par Fabrice Veysseyre-Redon - Aujourd'hui à 19:00 - Temps de lecture :
Sophie Gourmelen : Parce qu’il y a une forme d’urgence à revaloriser l’information et le métier de journaliste. La place des réseaux sociaux et maintenant de l’IA nous oblige à réagir pour éviter une information fade, parfois fausse et surtout biaisée par des algorithmes qui vous poussent ce que vous avez envie de lire. Et nous savons aussi que l’information vérifiée et produite par des journalistes est en danger car le modèle économique des médias est fragilisé. Avec pour principale conséquence l’affaiblissement des valeurs citoyennes là où les médias locaux reculent.
Sophie Gourmelen : « Nous avons besoin d’étudier concrètement des modèles et de faire des tests »
L’originalité de La République des lecteurs est de permettre à nos journaux et l’Institut mutualiste d’activer des solutions. Nous avons besoin d’étudier concrètement des modèles et de faire des tests.
Pour le présider, Gérald Bronner a été une évidence car il a beaucoup étudié sur l’esprit critique. Il est entouré de chercheurs en géographie, maths, économie pour la démarche scientifique et de personnalités des médias, du monde associatif et ONG pour apporter l’aspect pragmatique et la connaissance des territoires.
Bien sûr il faut attendre les premières propositions du laboratoire d’expérimentation mais je pense d’ores et déjà à l’accélération de notre programme d’Education aux médias dans les écoles mais aussi dans les entreprises et EHPAD ou encore l’organisation de forums où nous pouvons créer les conditions de débats publics éclairés.
Gérald Bronner : « Il faut que les entreprises prennent leurs responsabilités »
Quel est le premier enjeu de ce laboratoire d’expérimentation ?Gérald Bronner : C’est la question de la qualité de l’information dans l’espace public. Et la possibilité de continuer à vivre, disons à la fois dans la même société et dans le même monde. Parce que nous constatons une fragmentation à la fois des faits et de la perception du réel.
C’est une des colonnes fondamentales de la vie démocratique que la presse et la liberté d’interroger le pouvoir politique, juridique… Elle est aujourd’hui mise en danger par la concurrence que lui livrent les réseaux sociaux, et l’intelligence artificielle, qui deviennent une source d’informations pour beaucoup de nos concitoyens. Le risque d’avoir une fausse information sur un média conventionnel est beaucoup plus faible qu’une information prise au hasard sur les réseaux sociaux.
L’idée c’est de produire de la connaissance sur ces questions -car il y a plein de points qui restent encore à élucider- et d’attirer l’attention d’un certain nombre de décideurs, financeurs ou de commentateurs sur la nécessité de maintenir en vie un réseau d’informations locales. Il faut que les entreprises prennent leurs responsabilités notamment par l’achat d’espaces publicitaires dans ces supports qui contribue à financer la qualité de l’information. Si on continue à me faire confiance, j’essaierai d‘être une voix qu’on entend.
Daniel Baal : « L’indépendance éditoriale est indispensable car elle est ce qui permet la confiance »
Dans ce projet vous rappelez votre engagement pour « une presse régionale créatrice de valeur ». A quelle valeur aspirez-vous ?Daniel Baal* : La presse régionale a un rôle démocratique. Elle a également a un rôle essentiel dans la vitalité des territoires en les valorisant et en montrant, par exemple, l’impact local de leurs entreprises sur la création d’emplois, la formation d’apprentis ou l’implantation de sous-traitants.
L’hégémonie des grandes plateformes numériques fait peser le risque de voir des médias disparaître […] et les transformations technologiques ont accéléré la diffusion des fausses informations. Oui, je considère donc qu’il y a urgence à rappeler le rôle des entreprises de médias dans l’exercice de la vie démocratique. Car comment un débat démocratique sain peut-il avoir lieu s’il est fondé sur une perception déformée du réel ? L’augmentation des ingérences étrangères dans l’actualité illustre bien cet enjeu puisqu’elles ont clairement pour objectif de saper notre pays. Pour produire une information de qualité, fondée sur des faits vérifiés et hiérarchisés, il faut des rédactions composées de journalistes professionnels. C’est une condition indispensable pour éclairer les citoyens et permettre l’expression de l’intérêt général.
Grandes plateformes numériques et réseaux sociaux en particulier contribuent à la polarisation des opinions et l’intelligence artificielle générative risque d’amplifier cette tendance. Elles trouvent un intérêt économique à favoriser la visibilité des fausses informations dont l’attrait est probablement renforcé par la crise de confiance qui affecte les médias traditionnels. Face à cela, l’indépendance éditoriale est indispensable car elle est ce qui permet la confiance. Les résultats sont là : les médias régionaux bénéficient d’un taux de confiance de 73 %. Au sein des neufs titres du groupe EBRA, les rôles sont clairs. Les rédactions produisent l’information et notre rôle, en tant qu’actionnaire, consiste à soutenir leur développement et veiller à la qualité des produits fournis.
Qui compose le Conseil scientifique ?
Gérald Bronner, sociologue ; Daniel Baal, président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale ; Christine Balagué, chercheuse et cofondatrice de Good in Tech ; Nadia Bellaoui, présidente de l’Agence du Service Civique ; Françoise Benhamou, professeure émérite à la Sorbonne ; Florian Cafiero, docteur de l’Institut d’études politiques de Paris ; David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS ; Elsa Da Costa, chroniqueuse et directrice générale de l’ONG Ashoka ; Laurent Guez, journaliste ; David Lacombled, président de La villa numeris ; Jacques Levy, chercheur en sciences du social et lauréat du prix international Vautrin-Lud 2018, considéré comme le prix Nobel de géographie ; et Claire Thoury, président du Conseil économique, social et environnemental.


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