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L'intersyndicale de Radio France a annoncé un préavis de grève pour le dimanche 13 et le lundi 14 septembre, pour dénoncer l'arrivée d'un éditorialiste de Valeurs Actuelles, magazine d'extrême-droite condamné par le passé. La présidente de Radio France Sibyle Veil assume ses choix, malgré la fronde.
La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 21:17 | mis à jour aujourd'hui à 21:22 - Temps de lecture :
La présidente de Radio France Sibyle Veil a assumé ce jeudi donner la parole à « des gens qui ne pensent pas la même chose », comme un responsable du magazine Valeurs actuelles, dont la chronique sur France Inter est à l'origine d'un préavis de grève les dimanche 13 et lundi 14 septembre.
Dans une motion adoptée à l'unanimité mercredi, les personnels du groupe public ont dit leur « refus catégorique » de l'arrivée de Charles Sapin à l'antenne, dont le magazine porte des valeurs non « compatibles » avec celles de Radio France. « Cela pose des problèmes aux auditeurs et aussi à des invités de France Inter », a rapporté jeudi Delphine Merlaud, déléguée Sud, en distribuant avec d'autres salariés cette motion devant l'entrée de la conférence de presse.
« Le service public n'est pas un champ de bataille »
« Je comprends les réactions, les indignations [...] l'émotion sincère car le service public appartient à tout le monde », a lancé la dirigeante en ouvrant la conférence de presse de rentrée du groupe public. « Mais le service public n'est pas un champ de bataille, il n'est pas non plus un champ neutre et aseptisé », a-t-elle ajouté. Et de marteler: « c'est une maison ouverte, indépendante et impartiale, et on fait tenir sur la même antenne des gens qui ne pensent pas la même chose, à l'image de notre pays ». « On ne dirige pas un groupe de radio [...] en cochant des noms sur une liste », a aussi lâché Sibyle Veil, en égrenant les noms d'intervenants dont on lui a « demandé la tête », de Sophia Aram à Charline Vanhoenacker.
France Inter, première radio en audience, est en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée de Charles Sapin, nouveau directeur adjoint de la rédaction du magazine Valeurs actuelles, une décision justifiée par la direction au nom du « pluralisme » alors que s'ouvre une année présidentielle. L'intersyndicale de Radio France a déposé un préavis de grève pour les dimanche 13 et lundi 14 septembre, demandant le retrait de sa chronique hebdomadaire.
De multiples condamnations en justice pour Valeurs Actuelles
La patronne de France Inter Céline Pigalle a rencontré une nouvelle fois dans la matinée les personnels de la station pour les convaincre du bien-fondé de ce recrutement. Elle a affirmé devant la presse vouloir « animer la conversation nationale » en cette année électorale.
Le directeur éditorial de Radio France, Vincent Meslet, a envoyé un message en interne, assurant que « si Valeurs actuelles devait retourner à ses démons, nous en tirerions les conséquences sans délai ». « On ne condamne personne avant qu'il ait parlé. On ne passe rien après », a-t-il ajouté dans ce mail consulté par l'AFP. Valeurs actuelles, magazine qui se revendique conservateur, a été plusieurs fois condamné en justice, notamment en 2021 quand il avait dépeint en esclave l'élue Insoumise à la peau noire Danièle Obono. Il était dirigé à l'époque par Geoffroy Lejeune, passé depuis au Journal du dimanche (JDD).
Sibyle Veil assume d'avoir retiré Thomas Legrand de l'antenne
Sibyle Veil a également tenu à défendre, dans un entretien au Monde, son choix de ne pas faire revenir le journaliste Thomas Legrand à l'antenne. Thomas Legrand avait été accusé il y a un an de connivence avec le Parti socialiste, après la diffusion d'une vidéo filmée à son insu, déclenchant une vaste polémique sur l'impartialité de l'audiovisuel public.
« Dans la vidéo publiée, on entend Thomas Legrand se targuer devant des responsables politiques de pouvoir inviter untel ou untel sur la station, comme s'il y faisait la pluie et le beau temps », a souligné Sibyle Veil dans le quotidien. « C'est faux et cela donne le sentiment inacceptable d'une collusion entre journalistes et politiques dont les Français ne veulent plus », a-t-elle poursuivi.
Le journaliste a de son côté dénoncé son « invisibilisation totale et durable de l'antenne » dans une tribune au Monde fin août, se disant victime d'« une campagne extérieure, mensongère et manipulatrice ». « La présidence de Radio France me semble trop poreuse à ces pressions extérieures », a-t-il aussi déclaré au magazine Télérama.
« Thomas Legrand se fait le martyr de l'indépendance de l'audiovisuel public », a répondu Sibyle Veil jeudi. « La vraie indépendance, c'est l'assurance pour les Français que personne, ni un pouvoir ni un journaliste ni un dirigeant, ne dispose des antennes publiques comme d'un bien propre », a-t-elle ajouté. « Cela explique que nous ne souhaitons pas son retour dans un rendez-vous régulier sur France Inter », a conclu la dirigeante.


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