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Materialists  (Canal+) : Dakota Johnson, Pedro Pascal et Chris Evans dans un triangle amoureux moderne

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Succès de bouche-à-oreille de l’été dernier, la comédie de mœurs lucide de Celine Song dépeint une entremetteuse new-yorkaise tiraillée entre son ex et un riche client.

À l’heure des applications de rencontre, trouver l’amour est une gageure. À New York, c’est mission impossible, raconte le séduisant et cynique Materialists. Avec 107 millions de dollars de recettes dans le monde, le marivaudage de Celine Song a été un des succès de l’été 2025, porté par un bouche à oreille mérité. Pour ceux qui auraient manqué ce piquant et lucide triangle amoureux en salle, ils peuvent le découvrir ce mardi soir sur Canal+.

Entremetteuse dans une agence matrimoniale haut de gamme de la Grosse Pomme au taux de réussite stratosphérique, Lucy (Dakota Johnson, 50 nuances de Grey) écoute ses clients divas égrener leurs critères exaspérants : taille, âge, poids, calvitie ou non, salaire (de préférence à six chiffres), orientation politique… Tout est motif à un marchandage et à un calcul où la sécurité financière et le paraître devancent les sentiments. Alors qu’elle assiste à un mariage noué par ses soins, Lucy voit sa maîtrise du cours de la séduction mise à l’épreuve.

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Elle recroise son ex, John (Chris Evans, Captain America), acteur raté et serveur à la noce, et subjugue le frère du marié. Cet Harry (Pedro PascalThe Last of Us ) a le profil de la perle rare : il est grand, travaille dans la finance et est propriétaire d’un impressionnant loft à Tribeca. Lucy est flattée et perplexe. De sa beauté à son compte en banque, tout, chez elle, est juste dans la moyenne. Dès lors, à quelle tentation céder : le retour de flamme avec John ou les attentions de Harry, qui sort le grand jeu ?

Une pincée de Jane Austen

Remarquée avec Nos vies d’avant, film nommé aux Oscars et récit des retrouvailles entre une femme mariée et son béguin d’enfance, Celine Song poursuit avec Materialists son exploration sans sentimentalisme du triangle amoureux et des occasions manquées. Avec certes moins de poésie, de silences contemplatifs que dans son premier long-métrage. À l’exception de curieux prologue et épilogue se déroulant entre un homme et une femme des cavernes.

La justesse du propos se niche ailleurs : dans une modernité et une franchise cinglantes. Présenté à la va-vite comme une comédie romantique, Materialists en subvertit les codes avec acidité, malgré un dénouement naïf et précipité. Avec son sens acéré de l’observation, le film tient de la comédie de mœurs, entre la satire joyeuse façon Jane Austen et le fatalisme d’Edith Wharton. Un mélange réjouissant. « Espérer l’amour quand on est un cynique est follement romantique. Quand vous êtes d’une nature déjà romantique rêver du coup de foudre est moins transformateur. New York est une arène passionnante, symbole du rêve américain et en même temps complètement inabordable », analysait Celine Song au Figaro, en juin dernier.

Materialists reflète son expérience. Dans sa vingtaine, la réalisatrice a exercé quelques mois durant, pour des raisons alimentaires, le métier d’entremetteuse. Elle puise dans ce vécu et cite aussi Billy Wilder et James L. Brooks. « Ils parlent d’amour et de ce qui nous tracasse dans celui-ci. Pour décrire le conjoint de nos rêves, nous partons de ce que nous voulons. La stabilité matérielle est parfois bien plus romantique comme idée que l’amour en lui-même », relève Celine Song.

Mais attention aux dérives. « À force de se présenter sous notre jour le plus vendable, nous nous objectivons et nous nous rendons hermétiques au plus ancien et grandiose mystère de tous les temps. En nous déshumanisant, nous risquons de glisser dans la violence », avertit la réalisatrice. D’où le moment de bascule du film : une agression visant une cliente de Lucy. « Cela arrive à un rendez-vous sur trois. Il aurait été malhonnête de le taire », rappelle Celine Song. « Voir dans le dilemme de Lucy un choix entre deux hommes est réducteur. La question est : comment veut-elle vivre et aimer ? Qui est-elle vraiment ? », pose la cinéaste, qui renvoie le spectateur à ses propres valeurs, regrets, blessures. Voire lâchetés.

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